Le Blog d’Homère…

Ah, si Homère était là…

Les polémiques entre autonomistes

Pourtant, chaque incident sera l’occasion de remettre en cause les accords passés. Ainsi, lorsque le 7 janvier 1933, l’ELZ publie un article qui critique l’attitude atone des députés alsaciens, leur reprochant de ne pas défendre assez énergiquement le Volkstum, une violente polémique avec l’Elsässer s’engage alors, ce qui aggrave la césure entre les deux partis. De fait, l’Elsässer publie, les 10 et 12 janvier, deux articles très virulents et très critiques à l’égard des autonomistes, ce qui conduit la Fortschrittspartei et la Landespartei à protester dans lettre[1] adressée au président de l’UPR, dans laquelle les deux partis se demandent si « l’UPR souhaite la dissolution de la communauté de travail ». Ce débat rebondit lorsque, le 22 janvier, l’ELZ publie un article du docteur Brumder, militant autonomiste, intitulé « Notre volonté ». L’auteur affirme que les droits de l’Alsace ont été violés par la France, et que la province a le droit, si ce n’est le devoir, d’en référer à la Société des Nations. Il ajoute que les Alsaciens qui font preuve de loyalisme et « de sentiment » français ne sont, à son avis, qu’une minorité manipulée par la propagande française. Il critique à nouveau l’attitude des parlementaires alsaciens : « nos parlementaires n’osent même plus faire valoir à Paris la volonté de notre peuple, ils omettent de le faire afin d’obtenir en échange pour leurs électeurs des avantages matériels secondaires ». L’Elsässer riposte à nouveau, en disant que les députés alsaciens font leur devoir[2] et qu’il est ici question non de bonheur absolu, «  mais de la joie et de la satisfaction du fait que nous sommes débarrassés de la tyrannie germano-prusienne. Les gens qui ne sont pas de notre espèce ne peuvent évidemment comprendre cela, même s’ils ont été naturalisés ; ils n’ont le droit ni la qualification pour participer à la conduite politique de notre peuple. Les Alsaciens s’en chargeront eux-mêmes. Ils n’ont pas besoin de tuteurs ». Ils visent ici le Dr Brumder. Celui-ci réplique qu’il n’est pas naturalisé, et, refusant le débat, affirme seulement qu’il a autant le droit qu’un autre à diriger le peuple alsacien. C’est Joseph Kaestlé, rédacteur en chef de l’Elsässer, qui répond: « le droit de conduire le peuple alsacien, nous le confions à ceux qui ne doutent pas du fait que le retour de l’Alsace et de la Lorraine à la France a été la conséquence logique de la guerre mondiale et la réparation de l’injustice criante de 1871 ». Le ton est ferme, et c’est la première fois que le journal affiche aussi clairement son intention de défendre une politique alsacienne dans le cadre de la France. L’ELZ[3] aura beau souligner qu’en agissant ainsi, l’Elsässer et l’UPR mettent en péril le Heimatfront, le journal ne change rien à son attitude. Mais il faut noter l’absence de réaction de l’Elsässer Kurier qui reste plus conciliant à l’égard de la Landespartei. Ce qui contribue à l’aggravation des tensions au sein de l’UPR.

Cette polémique avec l’ELZ et la volonté de trouver un terrain d’entente avec l’APNA, vont conduire le courant hostile au Volksfront tout faire pour provoquer la rupture. D’ailleurs, le 7 janvier, le Comité directeur de l’UPR est déjà divisé sur l’attitude à adopter à l’égard de l’ELZ. Didio, Seltz, Meck et, plus important Walter, qui devient d’ailleurs une cible privilégiée du journal depuis les législatives, sont pour une réplique énergique, tandis que Gromer, Keppi et Rossé prêchent la modération, et ce dans le but de préserver la « communauté de travail »[4]. Malgré ces dissensions, le 30 janvier 1933, le bureau de la section UPR de Strasbourg se prononce à l’unanimité pour la continuation de la « communauté de travail »[5].

Le 22 mai 1933[6], pourtant, une nouvelle épreuve de force s’engage. Le comité directeur de l’UPR consacre une séance entière à la question de la « communauté de travail » avec les autonomistes et les communistes. Plusieurs problèmes sont soulevés, comme les relations avec l’Etat français et les revendications religieuses et les hésitations sont grandes. Pour Brom, par exemple, s’il est vrai qu’il faut marquer un plus grand attachement vis-à-vis de la France, si le parti adopte l’Etat français, les revendications religieuses sont menacées. Les avis sont très partagés. Lorsque Didio prend la parole, il fait de prime abord un long exposé de la situation politique en Alsace, avant de conclure en déclarant que si « la communauté de travail » avec les autonomistes et les communistes était justifiée en 1929, à présent les choses ont changé. Il exprime plusieurs appréhensions : il regrette tout d’abord l’isolement des Alsaciens, et souligne que les catholiques doivent accomplir leurs devoirs à l’égard de l’Etat, car pour lui le pire danger serait que les catholiques français ne s’éloignent des Alsaciens, s’ils en venaient à croire que la politique de l’UPR est dirigée contre la France. De plus, il craint que l’on assimile l’UPR aux autonomistes, et il termine en mettant en avant le fait que les autonomistes ont radicalisé leurs positions, et que leur politique se révèle trop hostile à l’Etat français et par conséquent, qu’elle est injustifiable. L’UPR se doit donc de changer de tactique à cause de cette attitude extrémiste des partis autonomistes.

Plusieurs autres membres du comité directeur sont également de l’avis d’abandonner le Volksfront. Ainsi Meck, qui met en avant le risque de rebuter une jeunesse catholique qui hésite à s’engager politiquement, parce qu’elle n’est pas en accord avec l’attitude jugée anti française du parti, et qu’elle ne fait pas confiance à l’APNA pour la défense des intérêts religieux. Sa grande peur serait de les voir se détourner vers les ligues. Gromer lui écrira par la suite une lettre, jamais envoyée, qui souligne que les Jeunesse-UPR rencontrent un grand succès et qu’elles sont à même de répondre aux craintes de Meck[7]. Enfin, soulignons l’attitude de Seltz, qui estime qu’il faut dès à présent mettre de côté l’aspect régional et insister sur l’implication de l’UPR dans la nation. A l’opposé, Rossé, Gromer et le curé Jérôme de Molsheim se prononcent pour la continuation de l’actuelle politique. Michel Walter, dont l’avis était attendu, décide… de ne rien décider : il ne prend pas nettement parti. De fait, aucune décision d’importance ne sera prise, mais on ne peut manquer de constater que l’épreuve de force entre les deux tendances tourne, une fois encore, à l’avantage des partisans du Volksfront.

Ceux-ci ne manquent en effet pas d’atouts. On a déjà vu le rôle qu’ont Rossé et Gromer dans les Jeunesses-UPR. Mais il en est un plus important. En fait, depuis la mort d’Haegy en mai 1932, Rossé, qui ne souffre d’aucun « contre pouvoir » au sein de l’UPR du Haut Rhin, a la main mise sur le groupe de presse du département. Et au cours de la réunion, lui et Gromer menacent de créer une édition strasbourgeoise de l’Elsässer Kurier pour imposer leurs idées politiques. Leur permettant ainsi de développer plus librement leur influence sur le Bas-Rhin et de convaincre par ce biais les Alsaciens du bien-fondé de la politique du Volksfront ; de fait, ils ne sont pas satisfaits de l’Elsässer, qu’ils jugent trop mou. Ils constatent ainsi que la ligne éditoriale du journal ne leur est pas favorable, et s’inquiètent de voir que dans le Bas-Rhin, le manque d’un organe de presse qui relaie leurs idées politiques leur fait gravement défaut. La démission de Didio du comité directeur en mai 1933 met en lumière leur succès. Cette démission était par ailleurs prévisible, car il ne s’entendait guère avec Walter : il s’est à plusieurs reprises plaint à Muller des méthodes de direction de celui-ci[8].


[1] 6519/49  Lettre d’accompagnement, signée de Paul Schall, pour la lettre adressée par la Landespartei à l’U.P.R. 1933.

[2] Elsässer, 24 janvier 1933. Voir pour cette question DREYFUS, op. cit., p 199.

[3] ELZ, 29 janvier 1933.

[4] ADBR AL 98, p. 674 n° 79.

[5] 6524/5  Correspondance Populaire. Année 1933.

-          Suite complète.

Cette information est contenue dans  les C.P. du 10 février 1933.

[6] 6518/1DossierdeGromer sur le comité directeur de l’U.P.R.
- 1 chemise.

Voir également BAECHLER, op. cit., p 456 sqq. et les ADBR AL 98, p. 674 n°79. Les Archives de l’UPR permettent d’avoir un bon aperçu également.

[7] 6518/1  Dossier de Gromer sur le comité directeur de l’U.P.R.
- 1 chemise.

Une lettre non datée, probablement de la semaine qui suit, dans laquelle il est très sarcastique.

[8] Cf. lettre de Didio à Muller du 14 mars 1932.

8 juillet 2009 Posté par Homere | Actualités, Histoire, Histoire D'Alsace, Société | , , , , , , , , , | Pas encore de commentaires

La crise du Volksfront et les débuts de la propagande nazie en Alsace

Il faut remarquer en premier lieu le développement de la propagande allemande[1] en Alsace, développement qui inquiète les milieux de l’UPR, notamment parce que cette propagande trouve parfois des oreilles attentives chez leurs alliés autonomistes.

En effet, l’Allemagne intensifie sensiblement sa propagande en Alsace. Tout au long de l’année 1932, le « Verein für das Deutschtum im Ausland », reprend ses actions et vise particulièrement l’Alsace. Dans sa revue Der Auslanddeutsche, en avril 1932, elle lance un appel aux Allemands pour qu’ils n’oublient pas l’Alsace-Lorraine. Elle critique vertement l’action de l’Etat français dans la province, et met en avant la politique française qui, selon elle,  prive le peuple alsacien-lorrain de se Muttersprache.

Ajoutons à ces éléments que lors du soixantième anniversaire de la fondation de l’Université Kaiser Wilhem de Strasbourg, une série de manifestations à la gloire de l’œuvre accomplie par le Reich ont lieu un peu partout en Allemagne. On cherche par le biais de l’Alsace à montrer la grandeur du Reich et les journaux allemands se font fort, par exemple, de démontrer que le niveau scientifique de l’Université de Strasbourg a baissé depuis qu’elle est redevenue française. Le gouvernement français tente de réagir, mais le président Herriot commet l’erreur de laisser à penser qu’il va reprendre la politique d’assimilation. De fait, lors de l’inauguration du barrage de Kembs, Herriot parle longuement des provocations allemandes, et rappelle qu’il ne tolérerait jamais qu’une atteinte puisse être portée à l’unité de la France. Par ailleurs, l’ELZ rappelle, le 10 octobre, le passage du discours selon lequel l’Alsace se trouve à l’extrême limite de la France[2]. Les journaux autonomistes réagissent vivement, mais ils sont également soutenus par la Germania et bientôt par l’ensemble de la presse allemande.

Mais cette propagande allemande a des effets contraires à ceux escomptés : ainsi, les Alsaciens autonomisants ont une attitude bien moins nette qu’auparavant et souvent se  détachent de l’influence allemande. L’attitude de Camille Dahlet[3] est remarquable : il est certes toujours très mécontent de l’administration française, mais il reconnaît, chose nouvelle, que les choses n’allaient pas mieux sous l’administration allemande. Plusieurs autres autonomistes vont ainsi marquer leur refus de réintégrer le Reich. Le télégramme envoyé au président du Conseil le 1er janvier 1933 par Michel Walter, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Gambetta, est plus étonnant, mais va dans le même sens : « Le conseil général du Bas-Rhin, en ce jour de cinquantenaire, rend hommage à Léon Gambetta, représentant du département à l’Assemblée nationale à Bordeaux en 1871, s’incline devant le souvenir de l’homme qui demeure aux yeux de l’Alsace le symbole de la fidélité loyale et sincère ».

Comment comprendre cette attitude de Walter ? Comment concilier ses charges de député d’un parti catholique, président du Conseil régional grâce notamment à son alliance avec les autonomistes (dont certains sont très germanophiles), avec cet hommage appuyé à celui dont on a surtout retenu la fameuse phrase : « le cléricalisme, voilà l’ennemi » ? A nouveau, il semble bel et bien que l’on assiste à une nouvelle orientation de Walter, qui, bien qu’il s’en défende dans un article de l’Elsässer du 14 janvier, amorce un rapprochement avec Paris. Si pendant longtemps l’Allemagne a joui d’une forte sympathie dans les milieux catholiques alsaciens, notamment parce que le Centre y était au pouvoir, et qu’il permettait à la pensée chrétienne de se développer largement, à présent cet attrait de la culture allemand tend à disparaître. Car de l’Allemagne, on ne retient que la victoire d’un anticléricalisme violent. Les liens avec les autonomistes / séparatistes vont donc dès lors se distendre, puisqu’ils conservent une d’entente avec l’Allemagne.

En effet, les dirigeants de la Landespartei sont bien moins catégoriques dans leurs critiques à l’égard de l’Allemagne, et c’est un euphémisme ! Ils vont tenter de profiter de chaque incident, (qu’il soit secondaire ou non) pour augmenter leur influence en Alsace. Ainsi, en février 1933, lorsqu’à la Faculté de médecine de Strasbourg, deux postes de chef de clinique sont attribués à deux anciens internes de Paris alors que dans les autres universités françaises ces postes sont réservés aux étudiants de la Faculté, l’ELZ déclare : « Nous protestons contre les tentatives de réduire le droit d’existence des indigènes […] Nous protestons contre les tentatives de présenter l’accroissement de l’emprise des étrangers comme quelque chose de naturel et d’inévitable ». Toute cette affaire est, bien entendu, très accessoire, mais elle permet à la Landespartei de profiter du mécontentement de la bourgeoisie moyenne alsacienne[4]. Le 19 mars, le parti tient son congrès, au cours duquel Roos tient un discours qui apparaît très vite comme un argumentaire pour défendre les idées national-socialistes[5]. Il y regrette également que l’UPR ne fasse pas preuve de plus de dynamisme pour défendre les droits de l’Alsace à sa langue et son régime scolaire. Il demande clairement à l’UPR de se déclarer plus nettement en faveur de l’autonomisme. La réponse viendra en plusieurs étapes.

Au sein de l’UPR, en effet, plusieurs tendances s’affrontent. A cause de l’ambiance générale, mais également en raison des enseignements que l’on tire de la victoire électorale de 1932,  la tendance hostile à la politique du Volksfront se renforce au sein de l’UPR. Sous la direction de Didio, les opposants vont peu à peu arriver à convaincre que l’opposition systématique telle que la pratiquent les communistes et les autonomistes conduit à une impasse. Pour autant, les meneurs du Volksfront que sont Gromer et Keppi vont tenter jusqu’aux derniers instants de conserver la ligne politique de 1928.

Lorsque Michel Walter a déclaré lors de la discussion du budget au conseil municipal de Strasbourg, qu’il n’y avait pas de Volksfront mais une « communauté de travail », les dirigeants de la Landespartei ont surtout retenu l’affirmation faite du caractère purement local et conjoncturel de celle-ci, et l’insistance de Walter sur le fait qu’il n’y a pas d’alliance ou d’accord de parti à parti. Aussi se sont-ils inquiétés des tractations pré-électorales qui ont eu lieu entre l’UPR et l’APNA. C’est donc une Landespartei fort mécontente qui a discuté avec l’UPR des possibles désistements dans les circonscriptions de Strasbourg I et Strasbourg-campagne. Walter appelle Gromer pour mener les discussions avec les dirigeants de la Landespartei. Ce dernier va demander à Schall et Roos de retirer leurs candidatures, dans le but de ne pas favoriser un candidat socialiste. Mais ils refusent catégoriquement, comme le montre la correspondance entre Heil, conseiller général et membre du parti autonomiste, et Gromer[6].

C’est donc le candidat socialiste Weill qui sera élu[7]. Cette affaire est révélatrice des tensions qui peuvent exister entre les partis autonomistes et l’UPR. Pour Gromer, il s’agit là d’un problème de personnes, et il n’est guère tendre avec Roos et Schall : il considère que ce dernier est un « cas pathologique », une personne qui se prend « pour un demi dieu », tandis qu’il reproche à Roos son manque de discernement et son incapacité à surmonter ses rancœurs et antipathies, particulièrement à l’égard de Walter. Il paraît dès lors évident qu’un changement de tactique s’imposera à plus ou moins brève échéance. Pourtant, la Landespartei décide, lors de ses assises du 29 mai 1932, de se maintenir dans le Volksfront. Et lors de la session d’automne du Conseil général du Bas-Rhin, l’UPR et le parti autonomiste trouvent un accord pour l’élection du bureau. Mais celui-ci est trouvé dans la douleur[8].


[1] Cf. Eccard (Frédéric) «  la propagande allemande », Revue des deux mondes, mars 1932, pp. 44 sqq et LEVY (Paul), Le germanisme à l’étranger, Strasbourg 1933.

[2] Cf. DREYFUS, op. cit., p. 196 sqq. Pour plus de détails.

[3] Cf. biographie en annexe.

[4] Cf. DREYFUS, op. cit., p. 201.

[5] ELZ du 20 mars 1933.

[6] Fonds Gromer, 6519/24  Echange de correspondance entre Charles Philippe Heil et Gromer. 1928-1937.

-         18 lettres, 2 impr

Lettre du 14 mai 1932.

[7] Elsässer du 8 septembre 1932 : « c’est grâce à l’attitude des autonomistes que ce fanatique le plus enragé de l’assimilation et cet ennemi de le plus haineux de l’Eglise a été élu ».

[8] 6518/7 b  Lettre de la Landespartei (Ross certainement) à Gromer : refus d’accord pour l’élection d’un président. 16.09.1932. Notes peu amènes  de Gromer sur la lettre.

8 juillet 2009 Posté par Homere | Histoire, Histoire D'Alsace, Politique, Société | , , , , , , , | Pas encore de commentaires

Les jeunesses catholiques en Alsace

1) L’abbé Gromer dans la ville de Haguenau

Comme nous l’avons vu, la ville de Haguenau reste profondément attachée à la politique menée par l’abbé Gromer et Walter, qu’elle vient de réélire. Pourtant à Haguenau, les tensions nées du Heimatbund, si elles se sont un temps apaisées, commencent à se raviver à partir de 1932. Et l’opposition retrouve de la voix et recommence à critiquer le rôle de Jean Keppi et de l’abbé Gromer dans la ville.

Cette critique de l’hégémonie de l’UPR se fait à travers les articles de Désiré Brumbt dans la page locale des Neueste Nachrichten (Dernières nouvelles). S’il est évident que l’opposition n’était pas en reste pour tenter de contrer l’UPR dans la ville, l’élément nouveau est que l’Unterländer, journal UPR de la ville, met, cette fois-ci, une attention particulière à répondre aux Neueste Nachichten, qui attaquent principalement l’action et la gestion de la municipalité. C’est que l’affaire est d’importance.

Il y a tout d’abord une polémique financière. En effet, la ville connaît en 1932 un déficit budgétaire de plus d’un million et demi de francs. Ce déficit est principalement lié à la chute des prix du bois et, en pleine période de crise et de ralentissement économique, ne paraît somme toute pas si extraordinaire si on le compare à celui d’autres villes. Pourtant, Désiré Brumbt saisit cette occasion pour remettre en cause la gestion de la municipalité et plus particulièrement l’action de Keppi, qu’il accuse de mener une politique de luxe en cette période économique difficile, ce qui conduit à une augmentation des impôts locaux. Il a beau jeu d’exposer l’exemple de l’ancien maire Nessel, maire de 1870 à 1902, qu’il présente comme un champion de l’économie et de la gestion municipale. Jean Keppi lui répondra en quatre « épisodes », par le biais de l’Unterländer[1], dans lesquels il fait le choix de manier ironie et sérieux. Ironie, car il se moque de Brumbt, qu’il ne « savait pas doué en économie » et le titre qu’il choisit « Herr Brumbt als lokaler Finanzhistoriker » ne manque pas de piquant. Mais il essaie également d’y démontrer que l’administration municipale actuelle ne mène pas une politique de luxe et que pour équilibrer le budget, elle a simplement vendu quelques titres, un terrain et augmenté légèrement les impôts ; actions somme toute assez légères si on les compare à l’ampleur de la crise. Mais en plus il s’ingénie à démontrer que, contrairement à ce qu’affirme Brumbt, Nessel n’était pas un aussi bon gestionnaire que cela, puisqu’il avait lui aussi utilisé les mêmes procédés et cela dans une part bien plus large alors que les problèmes économiques étaient moins importants alors. La polémique entre les deux hommes enflent, mais tous deux resteront sur leurs positions, ayant acquis une haine tenace l’un pour l’autre.

Ce qui est intéressant dans ce débat, ce n’est évidemment pas de savoir qui a raison, mais de constater que ce n’est pas le chargé du budget de la municipalité qui répond, mais le secrétaire de mairie, Jean Keppi. Il mène seul une campagne de contre-attaque très bien informée et à aucun moment le maire, ou les conseillers municipaux, n’interviennent (si ce n’est pour calmer les deux protagonistes), alors qu’eux aussi sont visés par les accusations. On a donc la confirmation que c’est bel et bien Jean Keppi qui a la main mise sur les finances de la ville. Puisque, certes le secrétaire de mairie présente le budget, mais il ne devrait pas en être le seul architecte. Et il semble bien que cela soit le cas dans la ville.

C’est aussi la première fois que l’opposition tente une manœuvre de discrédit d’une telle ampleur contre l’UPR. Les Neueste Nachrichten se présentent comme un journal neutre, mais sont tout de même très proches des milieux de l’APNA et démocrates, aux côtés desquels elles se présentent aux municipales de 1935. Cette polémique n’est bien entendu qu’un petit exemple des nombreuses querelles qui opposent les deux factions. Mais l’on voit peu à peu apparaître une nouvelle donnée de la vie municipale, à savoir l’accroissement de l’influence des Neueste Nachrichten. Le fait que l’Unterländer, qui auparavant ne prenait pas la peine de répondre aux traits lancés par les NN, y réponde cette fois-ci, laisse à pense que l’opposition commence à bénéficier d’une audience non négligeable. Elle semble ainsi petit à petit se structurer autour d’un homme, Désiré Brumbt, qui en tant que rédacteur dans les NN dispose de ces pages comme tribune pour les futures élections.

La création d’une section locale des Jeunesse-UPR[2]

En 1928, on assiste à Colmar à la création du premier groupe de « Jeunes-UPR », de tendance plutôt régionaliste. Il voit le jour au moment même ou Mgr Ruch interdit aux cercles de jeunes gens catholiques de se mêler de politique, ce qui n’est bien évidemment pas un hasard. Dès l’origine, ce mouvement affirme « son appartenance à l’UPR »[3] et son soutien à son programme, mais prend bien soin d’insister tout particulièrement sur les problèmes de défense de la Heimat. Jusqu’en 1931, le développement de ces groupes est relativement lent : pas plus d’une centaine de jeunes dans la région de Colmar, par exemple[4]. Mais le 16 août 1931, lors de la première assemblée régionale qui a lieu près de Ribeauvillé, on décide de créer une fédération, qui sera provisoirement présidée par Rossé, et de publier un organe, qui paraîtra une à deux fois par mois dans les journaux catholiques comme l’Unterländer, à partir de 1932. C’est le point de départ d’une croissance rapide, la publicité offerte par ces journaux permettant de faire connaître le mouvement jusque dans les campagnes les plus reculées. Les Jeunesses UPR sont ouvertes aux jeunes de 16 à 28 ans, mais le Comité directeur insère un article qui précise qu’à partir de 21 ans, les jeunes UPR sont automatiquement inscrits dans le parti. Il s’agit par cette manœuvre de signifier la dépendance du mouvement et d’éviter qu’une organisation autonome ne se développe à l’intérieur même du parti. De plus, les JUPR sont organisées en sections locales, regroupées en régions (au nombre de onze en 1938) avec à leur tête une fédération ; l’adhésion se fait par recommandation, cooptation et paiement d’une cotisation mensuelle.

La création de la section haguenovienne est assez tardive[5]. La réunion constitutive, à laquelle vont participer de nombreuses personnalités de premier plan de la section UPR locale, dont Keppi, le maire Weiss et Gromer, a lieu le 2 juillet 1932 au restaurant « Au Raisin » et le rédacteur de l’édition locale de l’Unterländer, Ritter, est élu président du groupe. Lors de son discours d’intronisation, il rappelle les buts des Jeunesses UPR, (qui seront par ailleurs définitivement définis par le comité directeur du parti le 13 octobre 1933 :

1)      Former les jeunes à la politique et les diriger dans l’étude des problèmes qui touchent la Heimat alsacienne.

2)      Les intégrer dans l’organisation politique de l’UPR

3)      développer chez les jeunes l’esprit de solidarité et de camaraderie, ainsi que le combat au service de la Heimat.

Puis il appelle les jeunes à s’investir dans la propagation des idéaux de l’UPR, par la distribution de tracts ou le porte-à-porte.

Il faut toutefois noter l’absence de renseignements sur le nombre des membres qui constituent la section ainsi que leur âge ou origine sociale. Mais la forte activité de la section pendant les années (multiples réunions, foule nombreuse…) qui suivent laisse à penser que le groupe est relativement bien étoffé, et surtout extrêmement dynamique.

Conformément aux buts fixés, les activités consistent en des exposés suivis de débats sur des questions d’actualité telles que le particularisme alsacien, les méfaits qu’occasionnerait une nouvelle guerre, la situation politique alsacienne, française, etc… Ces allocutions sont très souvent faites par des personnages de premier plan de la vie haguenovienne. Ainsi Keppi et le maire Weiss sont présents à de nombreuses réunions, auxquelles participent également l’adjoint Pfister et bien entendu Ritter comme président de la section. L’abbé Gromer, quant à lui, est quasiment tout le temps présent, ses exposés sont fréquents dès 1932 et vont se faire encore plus nombreux par après. Gromer trouve auprès de ces jeunes une tribune très favorable à sa politique du Volksfront[6], et ses discours font une forte impression sur ces jeunes. Car, en effet, il devient très vite évident que les JUPR sont très favorables à l’accentuation de certains aspects du programme de l’UPR, notamment les revendications régionales et le pacifisme. Sur le plan alsacien par exemple, elles vont préconiser, à la suite de leur président Rossé et avec l’appui de Gromer, jusqu’en 1938, la constitution d’un large front alsacien. Il faut également souligner les revendications constantes pour la paix et le rapprochement franco-allemand, dont il sera par ailleurs question à l’assemblée d’Hirsingue en 1933[7]. Enfin, les JUPR ont également pour mission de diffuser la presse catholique, en l’occurrence l’Unterländer, et chaque année un prix est remis à la section qui a apporté le plus grand nombre de nouveaux lecteurs.

Mais en ce qui concerne les activités, il faut également parler des rassemblements régionaux des JUPR qui ont lieu une fois par an. Et, en 1934, cette manifestation a lieu à Haguenau. D’après l’Unterländer[8], elle réunit environ 2500 jeunes qui défilent dans les rues en uniforme, chemise grise et béret basque, après un service religieux (Protestant et catholique)[9]. L’après midi est consacré à une réunion à la Halle aux Houblons au cours de laquelle on vote une résolution sous forme de profession de foi au programme de l’UPR.

Les commentaires de la presse adverse sont assez concordants, dans la mesure où de nombreuses voix s’élèvent pour comparer ces jeunes en uniforme aux jeunesses nazies, l’Humanité parlant d’ailleurs de rassemblement « cléricalo-militaire »[10]. Il est bien entendu cependant que le mouvement est très différent de celui du national-socialisme, même si l’encadrement relève par certains aspects d’une discipline bien militaire !

L’intérêt principal des jeunesses UPR pour la section locale du parti est que grâce à elle, le parti renforce son assise et assure le renouvellement futur de ses membres. Mais ces jeunes apportent également un soutien logistique lors des élections, par la distribution de tracts, par la publicité qu’ils font au parti au sein de leur famille… Ce groupe représente un terreau favorable aux idées autonomisantes de Gromer et lui confère une plus grande assise dans la ville et dans la section UPR, il n’est pas rare d’ailleurs que les JUPR de Haguenau critiquent les options jugées trop « molles » des députés UPR. Gromer, par ailleurs va voir son influence dans les JUPR renforcée : il devient à partir de 1935 le « théoricien » de toutes les JUPR d’Alsace.

De plus, dans un long article en trois parties de l’Unterländer[11], il détaille les actions et les buts des JUPR. Il part ainsi du Moyen-Age pour montrer qu’il y a toujours eu dans la jeunesse une aspiration à la Renaissance et à la Réforme, ce qui lui permet de distinguer les aspirations des jeunes de son époque : pour lui, à la lumière des rassemblements de jeunesses de 1934, les jeunes générations ne se contentent plus de réformes : elles veulent rajeunir l’Etat, le reconstruire, et n’ont pas peur d’espérer un « bouleversement » (Umwälzung) complet. L’abbé Gromer pose ici la question du renouvellement de l’Etat, rendu incontournable à cause de la corruption de la démocratie (voir les affaires qui touchent la IIIème république) et des désordres engendrés par le capitalisme. Pourtant, aux grands débats nationaux, il dit préférer rester dans « sa propre maison », et c’est pourquoi il se propose de détailler trois réponses occasionnées par les questionnements suivants :

Qu’est ce que la jeunesse alsacienne a à attendre des mouvements de jeunesse de la France de l’intérieur?

Qu’est ce que les jeunes peuvent trouver dans les rangs de l’UPR ?

Que peuvent attendre les anciens du parti de ces jeunes ?

Il y détaille en premier lieu que les jeunes alsaciens sont confrontés à des difficultés bien particulières et que, bien que l’Alsace fasse partie intégrante de l’Etat français, elle a une vie politique bien à elle. Pour autant, les instances françaises ne comprennent pas la situation en Alsace et ce n’est pas vers les mouvements comme les Jeunesse Patriotes ou les Camelots qu’il faut se tourner pour trouver une solution. Il faut au contraire que les jeunes alsaciens se méfient de tous les mouvements révolutionnaires ; car s’il faut craindre le chaos, et les conséquences de la crise économique, il ne faut pas s’en prendre à la démocratie. Au contraire, il faut que tout soit fait pour que les libertés des individus s’accordent avec « l’intérêt général », et ce, sous l’autorité de l’état. Il appelle ainsi la jeunesse à assainir la démocratie, et à s’instruire des valeurs « communiquées par nos pères » : l’ordre, le devoir…

Par ailleurs, il montre que les jeunes doivent aussi inscrire leur activité politique dans le cadre de l’Alsace. Il faut que les Jeunesses alsaciennes prennent conscience de l’importance des revendications régionalistes, et s’investissent dans la défense des particularismes. Pour lui, le reproche de ne pas faire preuve d’un horizon assez large n’est pas justifié. Il n’y a pas de « tour d’Ivoire » dans lequel se terre l’autonomisme. S’il a tant défendu les particularismes alsaciens justement pour que les jeunes s’y sentent bien.

Il démontre également que pour lui, les jeunes, en adéquation avec les « vieux » du parti, veulent un Etat fort et fermement dirigé et que les inimitiés personnelles cessent en Alsace. Il dévoile ici une part de son programme politique en 1935 : sa volonté de donner à l’UPR, en s’appuyant sur les jeunesses-UPR, une ligne politique plus claire, qui conserve une partie du programme de l’UPR (renforcement des pouvoir de l’exécutif français) tout en revendiquant une ligne plus régionaliste.

Enfin, il conclut en montrant que l’ancienne et la nouvelle génération doivent donner ensemble la preuve qu’elles ont les yeux ouverts sur le monde, et qu’elles comptent bien y jouer un rôle essentiel. Et ceci passe par l’affirmation du particularisme alsacien, que tout membre de l’UPR doit défendre, sans se laisser impressionner par les accusations d’antipatriotisme de la France, de la même manière que les admonestations du « gendarme allemand » n’ont pas effrayé leurs aînés.

Le mouvement apparaît comme un moyen pour Rossé et Gromer de faire pression sur la direction de l’UPR, afin qu’elle relance une politique alsacienne plus active ; et dans cette mesure, les JUPR sont un élément de radicalisation de la politique de l’UPR. Soulignons également que ce groupement a une fonction secondaire, celle d’éviter que ces jeunes ne soient attirés par des idées plus radicales, comme les mouvements autonomistes ou les ligues, qui ne manquent pas en retour d’attaquer le mouvement. Pour preuve, les assauts répétées, et sans conséquence réelle, des Jeunesses patriotes à partir de 1935, qui reprochent leur reprochent essentiellement de « renforcer les partis politiques, vieille formule désuète et surannée »[12].

Cette organisation des Jeunesses-UPR est donc un formidable moyen pour la faction autonomisante de l’UPR de renforcer son influence sur le parti. Pourtant, la politique du Volksfront est de plus en plus critiquée au sein du parti catholique. Et la position de Gromer, Rossé et Keppi se fragilise d’autant.


[1] Unterländer n° 139 à 146, 1932.

[2] Cf. Fonds Gromer cote 6502/7  Documentation de Gromer sur la Jung-Volkspartei.

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Ainsi que la lettre de Rossé du 4 février 1933 annotée par Gromer, fonds Gromer n° 6500/3 i

[3] BAECHLER, op. cit., p. 605.

[4] ADBR AL 98 p. 674.

[5] Unterländer n° 154/1932.

[6] Zur Orientierung innerhalb der UPR und ihrer Junggruppen, Haguenau, 1934 ou cf. 6502/7  Documentation de Gromer sur la Jung-Volkspartei.

[7] Unterländer n° 122/ 1933.

[8] Idem n°110.

[9] Voir les photographies contenues dans Histoire de Haguenau, JP Grasser, op. cit. p.241.

[10] Idem, n° 114-115

[11] Unterländer du 23 mars 1935

[12] Jeune Patriote A., 5 février 1935.

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29 juin 2009 Posté par Homere | Histoire, Histoire D'Alsace, Politique | , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Pas encore de commentaires

Haguenau, 1932

A Haguenau, la section cantonale de l’UPR a été réorganisée à la fin de l’année 1929[1]. A partir de cet instant, il apparaît que les réunions se font de plus en plus fréquentes, preuve d’un regain d’activité. Gromer et Walter y font ainsi de fréquentes allocutions et se font régulièrement renouveler la confiance, lors de votes sur diverses résolutions prises[2]. Ils travaillent donc très souvent de concert ; Walter prie en effet très souvent Gromer de préparer avec lui les réunions puis de l’accompagner.

Ainsi, le 20 mars 1932, lors de la réunion des délégués de la circonscription, l’abbé Gromer propose Michel Walter comme candidat de l’UPR, et celui-ci est désigné à l’unanimité[3]. On voit bien la différence avec les précédentes élections législatives, où Gromer et Walter s’opposaient ! Walter a pourtant tenu en grande partie ses promesses, et il a à plusieurs reprises soutenu le Volksfront ; dès lors, du fait de cet accord, aucun candidat autonomiste ne se présente dans la circonscription.

La campagne est très intense : de nombreuses réunions sont organisées dans tous les villages de la circonscription, et l’abbé Gromer sera en maintes occasions aux côtés du candidat. Celui-ci y développe plus particulièrement le thème de la défense religieuse et reproche notamment à l’APNA de faire passer l’intérêt national avant l’intérêt religieux : si la critique est connue, elle fait très forte impression dans les petits villages. Il détaille également quels sont les moyens mis en pratique par l’UPR pour défendre la politique du Volksfront ainsi que ses propositions pour sortir le canton des divers problèmes économiques[4], les environs de Haguenau étant particulièrement touchés par la crise du bois et du houblon.

Il y développe également les thèmes de la lutte contre les partis de gauche en leur reprochant, bien entendu, leur anticléricalisme, mais il prend bien soin de développer sa volonté de défendre les revendications sociales des ouvriers.

Michel Walter a cinq concurrents. La candidature de Léon Ginter, déjà candidat aux municipales, sous l’étiquette APNA-démocrates, n’est pas surprenante. L’UPR lui reproche cependant d’avoir joué un rôle important lors de la dissolution de 1928, puisqu’il l’appelait de ses vœux, et le présente à ce titre comme un adversaire de la défense des droits religieux[5]. Les autres candidatures sont celles de Möhn pour le parti communiste, de Hincker pour les socialistes, tous deux déjà présents lors des élections précédentes, de Doriath pour le parti communiste alsacien et enfin Wurch comme candidat indépendant. Il est à noter que l’Elz fait campagne pour Doriath, ce qui soulève le mécontentement de la section UPR de Haguenau, et l’abbé Gromer ne manquera pas de souligner sa désapprobation. Mais cette candidature de Doriath ne peut en aucun cas être comparée à celle de Hauss : le candidat communiste n’a que très peu de soutien dans la ville et il n’est pas aussi connu.

A l’issue du premier tour, Walter possède une solide avance, avec environ 46% des voix. Ginter arrive en seconde position avec près de 20%, ce qui prouve que l’APNA n’est pas en reste dans cette circonscription pourtant bien tenue par l’UPR, même si elle n’est pas en mesure d’inquiéter Walter. Les autres candidats ont en deçà des 15% (SFIO : 13.6%, PC : 12.3%, PCAL : 4.9%, Indépendants : 2.9%)

Aucun candidat ne se désiste pour le second tour, et c’est donc fort logiquement que Walter est élu, avec d’ailleurs 700 voix de plus qu’en 1928. Aussi, malgré une abstention en hausse (2500 votants en moins), Walter, entre les deux tours, améliore son score de 1200 voix, tandis que celui de l’APNA s’effondre. On peut dès lors se demander si Walter n’a pas bénéficié du report des voix de l’APNA, sans avoir pourtant passé d’accord. Il est par ailleurs très intéressant de constater que la présence d’un concurrent catholique national a moins de conséquence que celle d’un concurrent autonomiste d’importance, bénéficiant de soutiens. En 1928, Walter n’avait obtenu que 40 % des suffrages au premier tour et 58 au second, alors qu’en 1932, il obtient respectivement 46 et 63%. Le choix de s’entendre avec les personnalités autonomisantes de la ville, comme Gromer, porte donc ces fruits ; les partis autonomistes n’ont, dans la ville, aucune influence  sans l’aide de ce dernier et de Keppi.

Au total, grâce à sa meilleure implantation, l’UPR a réussi à contenir les assauts des catholiques nationaux. Cependant, il s’affirme de plus en plus comme un parti essentiellement rural. Dans les régions urbaines et industrielles autour de Mulhouse ou Strasbourg, l’UPR n’a qu’une influence très faible. Les bons résultats de l’UPR se rencontrent dans les régions rurales traditionnelles, où une population croyante suit le clergé, et dans les villes faiblement  industrialisées. L’APNA, quant à elle, n’a pas réussi à développer son influence. Les succès qu’elle remporte sont surtout « liés au poids personnel de ses candidats et à leur influence »[6]. Par ailleurs, à la lecture de ces résultats, on se rend compte que l’autonomisme est un phénomène essentiellement bas-rhinois. Dans ce département, les autonomistes font campagne à « visage découvert », et ils présentent cinq candidats sur les neuf circonscriptions: à Saverne (Dahlet), Sélestat (Hauss), Strasbourg-campagne (Roos), Strasbourg I (Schall) et Wissembourg (Heil). Et les résultats montrent qu’ils sont relativement bien implantés dans les arrondissements de Sélestat, Wissembourg et Strasbourg-campagne. Pour M. Dreyfus, l’autonomisme apparaît comme très lié à la pratique de la langue allemande, puisqu’il constate que c’est dans les régions où l’on parle le moins français que les autonomistes ont réalisé leurs meilleurs scores[7]. Mais il constate également que l’influence des autonomistes a été encore plus forte dans les cantons protestants, et ceci très certainement en raison du « poids culturel que représente l’allemand dans ces régions luthériennes ».

Ces élections nous montrent par ailleurs que les Alsaciens ne sont pas prêts, en 1932, à accepter le laïcisme : en effet, les partis anticléricaux ont été mis en échec un peu partout. De plus, en votant majoritairement pour l’UPR, l’Alsace a prouvé son attachement à son statut particulier sur les plans religieux, administratif et linguistique. Mais ce succès du parti catholique met également en lumière le désir de la population de rester dans le cadre de la France. L’autonomisme, le séparatisme, essuient des revers cinglants: le fait que ni Roos, ni Hauss ne soient arrivés à se faire élire marque l’échec de leur politique.


[1] Unterländer, n°223-246-253-271/ 1929

[2] Unterländer n° 223-264/ 1929.

[3] Idem n°68/1932

[4] Idem n° 96-101/ 1932

[5] Idem n°92-95/ 1932

[6] DREYFUS, op. cit., p. 186.

[7] Idem, p. 193.

22 juin 2009 Posté par Homere | Actualités, Histoire, Histoire D'Alsace, Politique | , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Pas encore de commentaires

Les élections européennes

Voici la liste des candidats dans l’Est, avec quelques partis bien drôles tout de même, comme les royalistes… Résultats ce soir à 22 heures (avant sans doute…)

Allez, un effort, votez!

Nouveau parti anticapitaliste
Yvan Zimmermann, Laurence Lyonnais, Nordine Kadri, Muriel Jacques, Dominique Cholez, Stéphanie Brunoy-Tocnay, Daniel Hormaz, Claire Arnoux, Sylvère Labis, Michelle Rollet, Claude Paupert, Sylvia Denizot, Nicolas Merchiez, Aline Thomas, Jean-Paul Labalette, Sophie Le Pennuisic, Denis Canton, Hélène Hebenstreit.

Europe, démocratie, espéranto
Fabien Tschudy, Catherine Kremer, Bruno Schmitt, Simone Duby, Daniel Cano, Anne Masala, Hippolyte Neuville, Claude Noël, Dominique Jacquin, Berthe-Marie Choulet, Laurent Philippe, Simone Kiry, François-Xavier Gilbert, Geneviève Martin, Thomas Cordonnier, Marie Hurstel, Alexandre Weber, Joëlle Cunnac.

Parti socialiste
Catherine Trautmann, Liem Hoang-Ngoc, Aurélie Filippetti, Mustapha Sadni-Jallab, Catherine Boursier, Richard Lioger, Françoise Tenenbaum, Éric Loiselet, Anne-Marie Forcinal, Arnaud Marthey, Natacha Paris, Etienne Pourcher, Nathalie Malmberg, Christophe Leonard, Liliane Rueff, Ghislain Sayer, Corinne Degeorges, Emir Deniz.

Lutte Ouvrière
Claire Rocher, Thomas Rose, Geneviève Lemoine, Mario Rinaldi, Christiane Nimsgern, Roland Robert, Dominique Revoy, Christian Driano, Nathalie Mulot, Daniel Rouillon, Nicole Friess, Pascal Dufraigne, Joëlle Bastien, Julien Wostyn, Jacqueline Lambert, Aimé Sense, Charlotte Cormerais, Pierre Bissey.

Rassemblement initiative citoyenne
Thomas Cuerq, Estelle Balland, Hervé Cleve, Jeannine Porte, Philippe Doncourt, Cécile Cuerq-Cherriere, Bernard Langlade, Christiane Bachaud, Pierre Raffin, Marie-Thérèse Pral, André-Jacques Holbecq, Lucile Nicolotto, Alain Vialatte, Catherine Blanquart, Jean-Michel Bachaud, Ghislaine Mokrane, Michel Larivière, Marie-Claude Cazeres.
Majorité présidentielle, Nouveau centre, Gauche moderne
Joseph Daul, Véronique Mathieu, Arnaud Danjean, Michèle Striffler, Benjamin Develey, Nathalie Colin-Oesterle, Sylvain Marmier, Annabelle Ferry, Guillaume Germain, Malika Gauthie, Patrick Revilloud, Martine Lamelin-Delmotte, Airy Cazin, Else Joseph, Marc Sebeyran, Pascale Krebs, Didier Vallverdu, Laetitia Mouquot.

Europe écologie
Sandrine Bélier, Jacques Muller, Catherine Hervieu, Gérard Botella, Andrée Buchmann, Claude Mercier, Anne Teifreto, Ahmed Remaoun, Valérie Labarre, Thierry Grosjean, Nozhat Mountassir, Hervé Murgier, Eliane Romani, Wilfried Sejeau, Sandrine Watel, Patrick Barbier, Jacqueline Fontaine, Christophe Dumont.

Debout la République
Jean-Pierre Gérard, Elisabeth Laithier, Jérôme Tisserand, Naïla Hennard, Pascal Moriou, Corinne Bobard, De Miranda, Jean-Claude Boetsch, Magalie Michaud, Christian Despres, Jocelyne Alonso, Michel De Lillo, Evelyne Masius, Patrick Moreau, Christelle Hanna, Francis Cuny, Delphine Plasmans, Bernard Breniaux, Monique Taniere.

Front National
Bruno Gollnisch, Sophie Montel, Bruno Subtil, Martine Binder, Thierry Gourlot, Françoise Grolet, Édouard Ferrand, Chantal Samyn, Christian Cotelle, Anne-Marie Dumont, Jean-Luc Manoury, Edith Erre, Christian Launay, Dominique Bilde, Rémy Boursot, Colette Bard, Michel Perrin, Chantal Odile.

De Villiers
Christophe Beaudouin, Delphine Mann, Pierre Pescarolo, Laura Sabatier-Burrier, Guy Boiche, Isabelle Loreaux, Joseph Beaussaron, Marie-Jeanne Bontemps, Jean-Marc Petitpierre, Ghislaine Marie, Bertrand De Villiers, Marguerite Alex, Hervé Hocquet, Jacqueline Andreoli, Bruno Deleuze, Hélène Sabattier, Pascal Raveau, Clotilde Massonnet.

La force de la non-violence
Marie-Laurence Chanut, Didier Gay, Isabelle Montané, Emmanuel Chevrier, Paquita Ortiz, Jean Montané, Claudie Baudoin, Serge Giulieri, Anne Thiebaut, Guillaume Vallet, Claudia Salé, Baptiste Sechet, Isabelle Comte, Bruno, Dumont, Annick Russo, Ricardo Arias, Catherine Franchel, Laurent Desbeaux.

Communistes
Antonio Sanchez, Danièle Drouot, Dimitri Demange, Marie Nikitjew, Gérard Mougenot, Mylène Goubaux, Yves Haillant, Viviane Libes, Bernard Drouot, Francette Mitermitte, Henri Gounaud, Hélène Guicheteau, Alain Maheut, Lysiane Tannier, Jean-Paul Rouillac, Sylvie Vasseur, Olivier Delafraye, Jeannette Guet.

L’Europe, c’est vous
Christian Braga, Nathalie Galea, Jean-Paul Oury, Christine Singer, Alexandre Moreau, Alexandra Matz, Laurent Siatka, Laurence Cade, Thomas Heinis, Stéphanie Escoto, Eric Compagnie, Catherine Graff, Jacques Seurat, Clotilde Gressot, Aurélien Schvartz, Anne-Lorraine Rohm, Jean Balthazard, Delphine Schmaltz.

Newropeans
François Guerin, Claudine Pressi, Robert Cailliau, Kristel Gobillon, Pascal Faucon, Rosa-Maria Leclercq, Hervé Brequel, Emmanuelle Cardalliaguet, Michel Chollot, Céline Aubry, Maik Rast, Marie-Christine Skvorc, Didier Schaefer, Thérèse Chrétien, Nicolas Saettler, Aline Ranke, Brahim Didi, Mélanie Dandeu.

Alliance écologiste indépendante
Antoine Waechter, Françoise Werckmann, Yves Vola, Marie-Thérèse Bougard, Jacques Lançon, Nathalie Chevassu, Ghislain Wysocinski, Nicole Pierre-Essayan, Serge Ballot, Colette Marchal, Guy Lefebvre, Monique Paulin, Maurice Bernardie, Sylvie Goulden, Yves Dhyvert, Madeleine Daubié, François Mayer, Sylvie Bourgey.

Front de gauche
Hélène Franco, Jacky Dubois, Céline Malaise, Roger Tirlicien, Karine Jarry, Jean-Charles Vescovo, Brigitte Blang, Marc Barthel, Monique Choquel, Pierre mathieu, Marie-Pierre Lambert, Vincent Assante, Mireille Brouillet, Michel Racque, Hülliya Turan, Emmanuel Girod, Françoisz Faitot, André Lamy.

Europe décroissance
Catherine Bahl, Vincent Bruyère, Véronique Guislain, Jean-Claude Moog, Fabienne Zver, Julien Gonzalez, Marie-Noël Stephan Hauser, Vincent Olry, Dominique Boisseau, Nicolas Formet, Magali Draussin, Bruno Bissot, Delphine Pardon, Vincent Dumont, Annick Cathelain, Rémi Bertrand, Véronique Naud, Jean-Claude Gerbet.

Modem
Jean-François Kahn, Nathalie Griesbeck, Yann Wehrling, Odile Uhlrich-Mallet, François Deseille, Marie-Jacques Chalumeau, Pascal Landreat, Nathalie Mercier, Jacques Douadi, Danièle Meyer, Raphaël Vuitton, Agnès Chambaret, Christophe Grudler, Céline Gromek-Parker, Jean-Marie Cousin, Isabelle Fairy, Gilles Lorimier, Isabelle Bonnicel.

Une France royale au cœur de l’Europe

Sandrine Pico, Yves Mera, Chantal de Thoury, Pierre Audier, Monique-Elia Alaux, Christophe Biron, Isabelle Du Moulinet, Axel Sainsere, Anne Duche, Gilles Digniel, Sylvie Beck, Serge Devlin, Denise Huat, Gérard De Villele, Caroline Louvet, Xavier De Thoury, Françoise Treguier, Eric Muth.

6 juin 2009 Posté par Homere | Actualités, Politique, Société | | Pas encore de commentaires

Les élections législatives de 1932 en Alsace: entre confrontation et confusion

  1. Les résultats des élections

La campagne de l’UPR se fait essentiellement sur le thème de la défense des intérêts du peuple alsacien face à la crise économique et de la défense de la paix[1]. L’APNA, quant à elle, a beau jeu d’insister sur le danger du mouvement hitlérien et, rappelant les tensions qui ont lieu à l’Université par exemple, met en avant la nécessité de clarifier la situation politique en Alsace, en condamnant l’autonomisme et les alliances passées par l’UPR avec autonomistes et communistes[2].  Il convient à présent de revenir sur les résultats du 1er mai.

Ils sont donnés par le tableau suivant[3] :

Circonscription Votants Dém. APNA UPR Radic. SFIO PCF. Auton. PCal
Bas-Rhin
Erstein 16124 3663 7660 2067 1382 1352
Haguenau 16570 3246 7711 2253 2057 811
Molsheim 15351 1770 10861 (élu) 1390 1330
Saverne 21569 7500 679 991 8117 (Progr.) 554
Sélestat 14756 7564 (élu) 545 918 5109 620
Strasbourg I 18877 4296 1307 820 5876 1035 2784 2759
Strasbourg II 12525 1729 3942 710 5522
Strasbourg-Campagne 23110 8033 2652 2790 3540 5379
Wissembourg 11732 2919 4397 2091 224 1712
Haut-Rhin
Altkirch 12772 3970 7579 (élu) 1221
Colmar 21029 2518 8894 3069 3632 1850 750
Guebwiller 17249 3786 5417 4628 745
Mulhouse 23444 7037 4754 442 8159 2937
Mulhouse-campagne 21049 2487 9582 6045 2290
Ribeauvillé 15537 4680 2892 2501 2483 172
Thann 17255 1611 8622 (élu) 2932 1317

Soit les pourcentages suivants : (en % par rapport aux exprimés)

Bas-Rhin

1928              1932              Différence

Haut-Rhin

1928            1932             Différence

Démocrates 16.1 13.4 - 2.7 13.5 10.0 -3.5
APNA 11.8 +11.8 10.2 +10.2
UPR 25.0 21.6 -3.4 40.4 39.4 -1
Radicaux 3.9 1.7 -2.2 3.7 2.9 -0.8
SFIO 18.9 14.9 -4 18.9 24.1 +5.2
PCF 20.1 8.2 -11.9 13.3 7..8 -5.5
PCAL 8.3 +8.3 0.6 +0.6
Autonomistes 7.5 10.1 +2.6 7.5 -7.5
Progressistes 4.0 5.5 +1.5
Divers 4.5 4.4 +0.1 3.3 4.8 +1.5

Ainsi, au premier tour, il n’y a que quatre élus : Meck à Molsheim, Oberkirch qui bat facilement l’autonomiste Hauss à Sélestat, et dans le Haut-Rhin, les deux UPR autonomisants, Stürmel (Altkirch) et Brom à Thann. L’UPR maintient ses positions, malgré la scission de 1928, puisque le parti obtient 21.6% des suffrages exprimés dans le Bas-Rhin, et 39.4% dans le Haut-Rhin, soit une baisse très faible par rapport à 1928. Ce premier tour est toutefois un échec pour l’APNA, qui ne dépasse pas les 12 % dans le Bas-Rhin. On ne peut manquer de remarquer, toutefois, que la part des voix nationales (APNA, Démocrates, radicaux, SFIO) progresse dans les deux départements, plus sensiblement dans le Haut-Rhin (+ 11.1%). La gauche connaît ceci dit un recul sévère, tandis que les autonomistes maintiennent bien leurs positions.

La préparation du second tour s’engage sur ces éléments et des représentants de l’UPR, de l’APNA et des démocrates se rencontrent le 4 mai à Strasbourg, pour définir une politique commune dans le Bas-Rhin, dans le but de s’opposer au Cartel. Plusieurs décisions seront prises : à Strasbourg I, le candidat UPR est retiré au profit des démocrates, alors que l’autonomiste Schall est maintenu pour le second tour. De la même manière, on soutiendra Wolff contre Dahlet à Saverne et l’UPR soutiendra également Frey qui se présente contre Roos. On ne peut manquer de constater que les liens avec le Volksfront se relâche quelque peu. Cependant, à Saverne, malgré l’accord, l’UPR soutient Dahlet jusqu’à la veille du scrutin et ne transmet le mot d’ordre de voter pour le démocrate Wolff qu’au tout dernier moment ; à Haguenau, aussi, l’APNA maintient sa candidature contre Walter, nous y reviendrons. La situation reste donc relativement confuse. Dans le Haut-Rhin, enfin, on voit apparaître une candidature nouvelle à Ribeauvillé, fruit de l’alliance entre l’UPR et l’APNA, qui désirent contrecarrer la candidature de l’industriel Burrus.

Le second tour délivre les résultats suivants :

Circonscription Votants Dém. APNA UPR Radic. SFIO PCF. Auton. PCAL /Divers
Bas-Rhin
Erstein 12256 101 9249 575 1847 484
Haguenau 14040 1102 8959 299 3401 227
Saverne 20695 8815 307 11516 (progr.) 554
Strasbourg I 20589 6189 8382 1177 4839
Strasbourg II 13643 6192 494 6575
Strasbourg-Campagne 24425 11730 3958 6708 + divers 2029
Wissembourg 12386 116 6843 4243 99 1061
Haut-Rhin
Colmar 22093 11156 8869 1626
Guebwiller 14188 7505 6372 288
Mulhouse 24521 12367 10436 1717
Mulhouse-campagne 21464 11807 8131 1384
Ribeauvillé 11716 4032 Burrus, élu 7593.

Ce qui nous donne la répartition en sièges suivante :

Bas-Rhin

1928              1932              Différence

Haut-Rhin

1928            1932             Différence

Démocrates 1 1 = 0 1 +1
APNA 2 1 -1 1 0 -1
UPR 3 4 +1 5 5 =
SFIO 1 1 = 1 0 -1
PCAL 1 1 =
Progressistes 1 1 =
Indépendant 0 1 +1

En définitive sont élus dans le Bas-Rhin trois UPR, à Erstein (Seltz), Haguenau (Walter) et Wissembourg (Elsaesser qui bat l’APNA Weydmann), un socialiste à Strasbourg I (Georges Weill), un démocrate à Strasbourg campagne (Frey), un progressiste autonomisant à Saverne (Dahlet) et un communiste autonomiste à Strasbourg II (Mourer). Dans le Haut-Rhin, l’UPR conserve ses cinq sièges, alors que le candidat APNA Grumbach est défait à Mulhouse par le candidat démocrate Wallach. Le grand vainqueur de ces élections est l’UPR, qui confirme sa prédominance dans les deux départements : elle conserve ses cinq sièges dans le Haut-Rhin, et en gagne un dans le Bas-Rhin. L’APNA, dont la volonté était de promouvoir une politique catholique-nationale et de faire contrepoids à l’UPR, n’est pas arrivée à ses fins. Avec moins de 12 % des voix dans le Bas-Rhin, elle ne fait reculer l’UPR que de 3,4% des suffrages. Elle n’arrive pas à s’imposer contre les « poids lourds » de l’UPR ; au final, seul Oberkirch est élu. L’APNA peine à ainsi percer dans de nombreuses circonscriptions, l’exemple le plus intéressant pour notre étude étant celui de Haguenau.

Justement, dans le fief de l’aile autonomisante de l’UPR, ville de Gromer et Keppi, où se présente Walter, comment ces élections se sont elles déroulées ?


[1] E.K. du 29 avril 1932.

[2] E.B. du 30 avril 1932.

[3] Voir DREYFUS, op. cit., p. 181.

25 mai 2009 Posté par Homere | Histoire, Histoire D'Alsace, Politique, Société | , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Pas encore de commentaires

Le parlement européen restera-t-il à Strasbourg?

Long débat, qui rebondit assez souvent: le parlement européen doit-il rester à Strasbourg?Il faut dire que tout ceci est complexe: le siège officiel est à Strasbourg  et sert aux réunions plénières ; ses commissions, ainsi que certaines séances plénières additionnelles se tiennent à l’Espace Léopold à Bruxelles; son secrétariat général est installé à Luxembourg. Le plus gros du travail communautaire se fait à Bruxelles, et une fois par mois, pour trois jour et demi, les députés vont à Strasbourg.

Le parlement à Strasbourg après avoir été le symbole de la réconciliation, devient peu à peu symbole du gaspillage…: le coût élevé qui résulte de cette localisation (plus de 200 millions d’euros: frais de transport des députés, dossiers, collaborateurs…) pour seulement quelques journées de présence, est-ce la peine?

Article de la Tribune, qui a relancé la discution en France (effet boule de neige, tous les journaux en ont parlé aujourd’hui):

A l’approche des élections européennes du 7 juin, la “guerre du siège” du parlement européen a repris de plus belle. Vieux serpent des mers communautaires, l’abandon de Strasbourg a une nouvelle fois refait surface, alimentant pétitions et crispations. Le mois dernier, les eurodéputés ont adopté un rapport prenant acte du fait que “la pétition sur le siège unique [...] n’a pas encore été entièrement traitée”. Cette pétition pro-Bruxelles sur Internet a obtenu plus de 1,2 million de signatures, contre à peine 4.500 pour une autre pro-Strasbourg. Les députés se sont entendus pour que la question soit abordée “en priorité lors de la prochaine législature”. Il y a deux semaines, le Bundestag allemand a débattu des résolutions visant à supprimer le siège strasbourgeois.

Le symbole du gaspillage

“Hier, Strasbourg était le symbole de la réconciliation franco-allemande. Aujourd’hui, c’est plutôt le symbole du gaspillage, explique l’eurodéputé libéral Alexander Alvaro. Mais demain, si la France faisait une concession, cela deviendrait le symbole du rapprochement entre l’Europe et le peuple.” Ce parlementaire allemand est à la tête d’un groupe d’eurodéputés militant pour un siège unique bruxellois. Fin 2008, il a soumis une déclaration écrite en faveur de Bruxelles à la signature de tous ses collègues. Le texte n’a obtenu le soutien que de 36% de l’hémicycle, alors qu’il faut la majorité pour que l’institution s’en saisisse. Parmi ses plus fidèles appuis : les Néerlandais, les Irlandais, les Britanniques, les Belges ainsi que les députés des pays scandinaves et baltes.

La meilleure défense restant l’attaque, les maires de Strasbourg et de Kehl ont adressé conjointement à la chancelière, Angela Merkel, une lettre expliquant que la présence à Strasbourg du “pouvoir législatif européen à temps plein marquerait la volonté de fonder une Union européenne originale, moderne et polycentrique”.

Isolés au sein de l’Union européenne, les Français se sont longtemps arc-boutés sur les textes officiels qui garantissent la pérennité du statut européen de la capitale alsacienne. Mais ils sont les seuls à appeler le parlement européen “parlement de Strasbourg”. Et leur posture est de moins en moins tenable, étant donné les inconvénients en termes de coûts et d’efficacité qu’engendre une institution européenne écartelée entre deux capitales : même parmi les eurodéputés français les plus réfractaires à toute remise en cause du siège strasbourgeois, certains se disent dorénavant prêts à discuter.

“On pourrait accepter d’en débattre, mais pas avant les européennes”, confie l’un d’eux. L’émergence d’une possible contrepartie de taille pourrait faire bouger les lignes. “Strasbourg pourrait devenir à terme la capitale de l’Europe de la défense”, murmure-t-on en coulisse.

C’est la première fois qu’est présentée une alternative à la hauteur du symbole et du prestige du parlement européen, ainsi que du volume d’affaires qu’il génère à Strasbourg. Aucune des compensations évoquées jusqu’ici, comme le siège de l’Institut technologique européen, une grande université européenne ou, il y a quelques semaines encore, l’idée d’un musée de l’Europe, n’avait semblé faire le poids.

Un flux d’affaires stable

Aux yeux des eurodéputés français, lâcher du lest publiquement sur Strasbourg a longtemps été considéré comme un “suicide politique”.

Mais la perspective d’un troc pour accueillir le siège de l’Europe de la défense change la donne. L’installation d’un véritable quartier général européen offrirait à la ville de Strasbourg un flux d’affaires plus stable que les courtes sessions mensuelles du Parlement. Sans compter que ce “QG” donnerait une impulsion déterminante à la concrétisation de l’Europe de la défense, un projet cher à la France.”

La présence du Parlement à Strasbourg reste vitale économiquement pour la ville, représentant près de 10% de ces revenus. Mais de nombreuses objections ont vu le jour dernièrement: ainsi les Verts avec Daniel-cohn-Bendit, ou encore Michel Rocard, qui pestait contre les strasbourgeois qui n’auraient pas saisi les perches tendues par les administrations européennes. A Strasbourg, on contre-attaque, par le biais du président de la Communauté urbaine, Jacques Bigot, en proposant que Strasbourg devienne le seul siège du parlement…

Il reste toutefois plus probable qu’avec la prochaine présidence européenne de la Suède, dont Cecilia Malmström, ministre des affaires européennes, est à l’instigation de la fameuse pétition dont l’article de la Tribune parle, le vent souffle en faveur de Bruxelles…

7 mai 2009 Posté par Homere | Actualités, Histoire, Histoire D'Alsace, Politique, Société | , , , , , , , , , | 4 commentaires

Camille Dahlet (1)

Dahlet Camille (Saverne 1883 – Brumath 1963).

Camille DAHLET est né le 21 juillet 1883 à Saverne dans une famille qui semble  très francophile puisque son père a présidé la section de Saverne du Souvenir Français, structure chargée de l’entretien des tombes des soldats français.

A l’école Camille DAHLET cotoya René SCHICKELE,Figure emblématique d’une “alsacianité de l’esprit”,  avec qui il restera lié d’une grande amitié puisque ce dernier en fera d’ailleurs le personnage d’un de ses romans sous le nom de François KERN.
Étudiant en pharmacie à Strasbourg, il s’inscrit dans une association d’étudiants alsaciens-lorrains francophiles, et animera la revue Hazweiess (H2S), fondée en 1893 pour les étudiants en pharmacie,  dans laquelle il découvrit sans doute son intérêt et son talent pour le journalisme.

C’est de cette époque que datent également ses convictions européennes et sa passion pour la culture alsacienne. Il fera aussi partie de ces Alsaciens qui fêteront régulièrement, et souvent au grand jour, le Quatorze Juillet, ce qui lui valut bien entendu  des ennuis avec les autorités prussiennes, très promptes à réagir à ce genre de provocations.

Vie politique
C’est en 1919 qu’il apparaît véritablement sur la scène politique. Il se signale alors par des articles très critiques vis-à-vis de l’Administration française dans le «Strassburger Echo» d’abord, puis dans « La République », organes du parti radical socialiste dont il sera un temps rédacteur en chef.
Malgré et peut-être à cause de son profond attachement pour la France, il sera ainsi le premier à protester contre les injustices, à dénoncer les scandales et les “erreurs” du pouvoir central français dans la Province. Il aura toujours à cet instant à coeur de défendre le point de vue et les intérêts alsaciens et la participation des Alsaciens à la gestion de leurs affaires.
Il s’élèvera avec véhémence et conviction, dans des articles restés célèbres, contre l’éviction des fonctionnaires alsaciens, contre les commissions de triage, contre les spoliations, bref  contre ce que l’on qualifiait de “colonisation” de l’Alsace à l’époque de la part des “planqués” venus de “l’intérieur” (qui bénéficiait d’une prime).

L’autonomisme

Camille Dahlet  sera le premier parler de « Heimatrechte », et il deviendra une des figures de proue du mouvement autonomiste dans la région. En cette même année de 1919, on le retrouve membre du parti radical dont il animera l’aile régionaliste. Nos travaux permettent, en pointillés, de montrer son influence sur la mouvance autonomiste dans la période.

7 mai 2009 Posté par Homere | Uncategorized | , , , , , , , , , , , , , , , | 2 commentaires

Volksfront (12) les préparatifs aux élections législatives

Les élections législatives

Malgré ces succès, l’abbé Gromer écrira le 4 janvier à Mgr Fahrner : « l’atmosphère est lourde et sombre. M. Walter et moi-même avons de plus en plus de mal à convaincre » du bien-fondé de la politique du Volksfront[1]. De fait, peu après les élections cantonales, plusieurs voix se font à nouveau entendre pour demander un rapprochement, voire une réunification de l’UPR et de l’APNA. De plus, rappelons que l’agitation autonomiste se développe à l’Université lors de la rentrée universitaire, par le biais de la Jungmannschaft, qui dans un tract déclare qu’ « il faut que l’allemand qui est notre langue […] reste notre langue»[2].

A la mi-novembre, Monseigneur Ruch lance un appel pressant à l’Union des catholiques[3]. De plus, dans les « Zeitfragen », Didio estime en novembre que des relations « supportables entre les deux partis doivent être instaurées ». L’obstacle majeur à ce rapprochement est bien entendu le Volksfront. C’est pour cette raison que certains vont être tenté de minimiser les accords passés avec les autonomistes, en insistant sur leur caractère local, et sur la volonté, toujours locale, de faire barrage à l’élection « d’anticléricaux ». De la même manière, Médart Brogly insiste sur le fait que s’il y a eu alliance, c’est qu’autonomistes et communistes ont été les seuls à accepter la constitution d’une liste à la proportionnelle, proposition pourtant faite à tous les partis[4].

D’autre part, lors du Congrès départemental des démocrates, l’UPR est à plusieurs reprises pris à parti en raison de ses liens avec certains milieux autonomistes. Le parti catholique réplique par le biais de l’Elsässer, le 15 décembre, en déclarant « qu’il n’y a pas de Volksfront, mais seulement une communauté de travail à la mairie de Strasbourg et au conseil général pour discuter de questions purement économiques ». Les partis autonomistes se sentent bien évidemment floués et critiquent vertement cette position en mettant ironiquement en avant que « la différenciation entre Volksfront et communauté de travail est quelque peu théorique »[5]. Il y a donc, c’est un fait nouveau, une certaine modération de la part de l’UPR, qui cherche à minimiser le rôle du Volksfront et ses liens avec la Landespartei et la Fortschrittspartei.  .

L’année 1932 s’ouvre néanmoins avec l’amnistie accordée aux Alsaciens accusés d’autonomisme. Cette amnistie, justifiée par l’acquittement des accusés de Colmar par la cour d’assises de Besançon, avait été réclamée en maintes occasions depuis 1927 par les milieux autonomistes et par l’UPR[6]. Une telle décision aurait pu apaiser les esprits et était sans doute faite en ce sens. Mais pour beaucoup, dont l’abbé Gromer, elle venait bien tard et de plus, l’Elsässer Kurier a tôt fait de souligner le caractère limitatif de l’amnistie, notamment à propos des fonctionnaires dont la réintégration dans l’administration n’était pas de plein droit. De même le journal insiste sur le fait que les fonctionnaires signataires du Heimatbund ne sont pas encore réintégrés[7]. Les milieux autonomistes restent donc bien réticents à tout tentative d’apaisement.

Cette réticence des autonomistes et d’une certaine partie de l’UPR ne facilite pas les discussions avec l’APNA qui refusent de reconsidérer ses positions tant que son adversaire n’aura pas abandonné le Volksfront. Le gérant de l’APNA du Bas-Rhin, Schmidt-le-Roi, déclare au congrès du 10 janvier 1932 « qu’il ne peut être question d’une collaboration entre l’APNA et l’UPR aussi longtemps que l’UPR n’abandonnera pas sa communauté de travail avec les communistes et les autonomistes et ne se placera pas, sans aucune équivoque, sur le terrain national »[8]. Ce congrès adopte également une résolution adressée à tous les prêtres d’Alsace, dans laquelle il rejette la responsabilité de la scission et déclare que le meilleur moyen pour assurer la paix entre les catholiques est que les curés laissent à leurs paroissiens toute liberté de choix entre les deux partis et qu’ils les laissent lire la presse de leur choix (Le Bote étant toujours fortement critiqué par nombre de curés). Les partisans du Volksfront répliquent rapidement. Michel Walter, qui rappelons-le se présente aux législatives et ne veut pas réitérer son erreur de 1929, se fait le porte-parole de l’aile gauche de l’UPR en affirmant au Conseil municipal de Strasbourg qu’il restera le partisan de la « communauté de travail », aussi longtemps que « les circonstances et la défense de la Heimat l’exigeront »[9], mais il s’attache toutefois à nuancer ses propos et déclare que pour lui il n’y a pas d’alliance entre partis, mais juste une « communauté de travail » de caractère purement local au Conseil municipal de Strasbourg et au Conseil Général du Bas-Rhin.

L’abbé Gromer, quant à lui, répètera que « le Volksfront est la seule solution pour préserver les droits de la Heimat » lors d’une réunion de janvier 1932 à la Halle aux houblons de Haguenau. Haegy fait, lui, valoir dans Die Heimat les avantages du Volksfront à Colmar et Strasbourg (il parle avant tout de certaines subventions accordées à des œuvres chrétiennes) et il estime que « sa destruction compromettrait au plus haut degré les intérêts du peuple alsacien et provoquerait l’exultation de la loge franc-maçonne »[10]. Finalement, dans un communiqué du 11 janvier 1932, le Comité directeur de l’UPR note que « la communauté de travail entre les représentants de l’UPR et représentants des autres partis, au Conseil municipal de Strasbourg et au Conseil général du Bas-Rhin, ne signifie pas qu’il y a alliance entre partis, ne restreint en rien notre liberté d’action, et n’a nullement porté atteinte aux principes fondamentaux du parti »[11]. Et même si cette résolution a donné lieu à de vifs échanges au sein du comité directeur, Meck et Brogly y étant par exemple hostiles, elle montre bien qu’il n’est pas question, pour l’instant, de modifier la ligne politique du parti. L’E.K. ira plus loin le lendemain en écrivant que le Volksfront « est indispensable pour lutter contre l’ennemi commun, c’est-à-dire les partis du Cartel des gauches » et qu’il a permis « de pratiquer une politique de tolérance religieuse et de progrès social, favorable aux intérêts de la population alsacienne ». .

Dès lors, puisqu’ aucun des deux partis ne veut de réunification, on cherche tout de même à trouver un terrain d’entente avec l’APNA et négociations vont s’engager par le biais du Comte d’Andlau, sénateur UPR et proche de l’APNA. Ces négociations ont pour but de répartir les candidatures entre l’UPR, l’APNA et les démocrates, afin de faire échec aux candidats du Cartel. Elles échouent dans le Haut-Rhin pour des questions de personnes, la section APNA du département étant par ailleurs notoirement hostile à tout rapprochement avec l’UPR, qui est rappelons-le dirigé par Rossé, très autonomisant, et préfère favoriser l’option d’alliance avec les autres partis nationaux (socialistes, radicaux et démocrates)[12]. Dans le Bas-Rhin, un accord est de prime abord trouvé, avant que l’Assemblée générale de l’APNA du Bas-Rhin ne le rejette, le 21 mars, entraînant ainsi le parti dans une petite crise[13].

Par cette décision, l’APNA marque son désir de ne pas renier ses principes fondamentaux[14]. De plus, on constate que les deux partis ne s’opposent pas que sur le problème national. Car l’UPR veut favoriser une politique chrétienne mais aussi sociale. Une alliance avec les radicaux ou les socialistes n’est pas possible car, sur le plan religieux, tout les sépare. Mais une alliance avec l’APNA et les démocrates est tout aussi difficile pour des raisons sociales et économiques. Par ailleurs, il y a également des questions de personnes : l’APNA souhaite le départ de Rossé, Gromer et Walter de la vie politique alsacienne, les jugeant trop lié à la politique du Volksfront, trop autonomisant. A parti du 21 mars 1932, les choses sont donc claires : UPR et APNA feront campagne séparément.

Lors de la réunion des Comités départementaux, l’UPR du Bas-Rhin va réélire Michel Walter à sa tête, montrant ainsi son approbation envers la politique du Volksfront. Il y eu quelques passes d’armes, notamment à propos de Strasbourg, où Walter et Gromer ont plaidé pour le soutien aux candidats du Volksfront et ce dès le premier tour, alors que Didio proposait le soutien au démocrate Frey à Strasbourg-campagne. Mais priorité est donnée à la lutte contre les socialistes et les radicaux. La résolution adoptée donne le ton, en déclarant qu’il faut chercher à battre « les anticléricaux, les réactionnaires dans le domaine social et les chauvins ». Elle souligne également que « le parti ne se compromet en rien s’il fait une partie du chemin avec des partis qui, même si c’est sous une forme différente et avec des priorités différentes, poursuivent les mêmes buts et sont partisans de la tolérance religieuse, du progrès social, de l’entente entre les peuples et de la défense énergique des droits et revendications du peuple alsacien »[15]. Pour l’Elsässer, la responsabilité de l’échec des négociations revient entièrement à l’APNA[16]. Le comité départemental du Haut-Rhin, quant à lui, prend la décision de ne présenter de candidats que dans les circonscriptions ou elle détient un mandat.


[1] 6504/5c

[2] DREYFUS, op. cit., p. 174.

[3] Die Heimat, décembre 1931, p. 356.

[4] E.B. du 2 décembre 1931.

[5] Neue Welt, 16 décembre 1931.

[6] De même lors de nombreuses sessions du Conseil général, ainsi celle d’octobre 1929 par exemple, qui émet le vœu de voir le gouvernement retirer les sanctions. L’abbé Gromer en est le rapporteur. cf annexes.

[7] E.K. du 31 décembre 1931.

[8] E.B. du 11 janvier 1932, p.1.

[9] Die Heimat de janvier 1932, p.2-3.

[10] Idem.

[11] Idem, p. 8-12.

[12] BAECHLER, op. cit., p. 453.

[13] E.B. du 22 mars 1932. Dans une résolution, « les délégués constatent avec regret : 1. que ces signatures ont été données sans consultation préalable des organes compétents du Parti ; 2. que les conditions exigées pour une conciliation avec l’UPR établies lors de l’assemblée des délégués au Baeckehiesel à Strasbourg ne sont pas réalisées ». A la suite de cette décision, Schmidt –le-Roi démissionne de la gérance et Oberkirch de la présidence de l’APNA : ils étaient à l’origine de l’accord.

[14] Voir le programme de l’APNA.

[15] Elsässer du 18 mars 1932.

[16] Elsässer du 29 mars 1932.

7 mai 2009 Posté par Homere | Histoire, Histoire D'Alsace, Politique | , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Pas encore de commentaires

Sommet de l’OTAN à Strasbourg: pas de contestation, s’il vous plaît… Décrochez les No to NATO

Lors de la manifestation de jeudi, et de plus en plus dans les rues de Strasbourg, de petits stands des anti-otan mettent en vente des drapeaux “arc-en-ciel” destinés à marquer l’opposition à la tenue du sommet de l’OTAN dans la ville. Ils connaissent d’ailleurs un certain succès.

Ces drapeaux commençaient d’ailleurs à fleurir dans certains coins de la ville, à tel point que la police, selon le Nouvel observateur(en ligne), est intervenue.

“La police a demandé à plusieurs Strasbourgeois de retirer de leurs fenêtres ou balcons le drapeau de la paix aux couleurs arc-en-ciel avec la mention “No to Nato” (Non à l’Otan), à quelques jours du sommet de l’Otan qui se tiendra les 3 et 4 avril prochain, a-t-on appris samedi 21 mars.
“Des policiers sont venus en début de semaine chez moi, en expliquant qu’ils avaient reçu l’ordre de demander aux gens d’enlever ces drapeaux”, a expliqué Christian Grosse, membre du secrétariat de la Fédération du parti communiste du Bas-Rhin. “C’est mon fils qui les a reçus. Ils lui ont dit : ’soit vous le retirez, soit on le retire’”, a-t-il poursuivi, précisant que le jeune homme avait alors obtempéré. “Mais j’ai raccroché le drapeau dès le lendemain”.

Christian Grosse n’est pas un cas isolé: “Nous avons eu connaissance de plusieurs autres personnes qui ont reçu la visite de la police à cause de leur drapeau”, a-t-il souligné. La préfecture se refusait samedi à tout commentaire à ce propos. La coordination anti-Otan de Strasbourg a distribué quelque 400 drapeaux arc-en-ciel semblables à ceux qui avaient fleuri en Europe à l’occasion de la guerre en Irak en 2003, portant les mentions “Pace” (Paix) et “No to Nato”.
“A l’époque de l’Irak, il n’y avait eu aucun problème avec ces drapeaux”, relève Christian Grosse. Mais ces nouvelles mesures s’inscrivent “dans un contexte plus général où les autorités cherchent à mettre des bâtons dans les roues des organisateurs du “contre-sommet” de l’Otan”, a-t-il estimé.

Dans une lettre au préfet, au directeur adjoint de la police nationale ainsi qu’au maire de la ville de Strasbourg Roland Ries (PS) et à son premier adjoint, le PCF a demandé à ce que ces intimidations cessent, a précisé Christian Grosse qui y voit “un problème de démocratie”.

Ben oui, il fallait s’y attendre: qui dit OTAN dit contestation. Maintenant, il y a des choses rigolotes qui se préparent: à certaines heures, les gens du centre (zone rouge) ne pourront pas sortir : comment faire si l’on a un chien qui veut sa promenade? Réponse simple: appelez la police, qui se fera un plaisir de promener votre toutou… Pendant que vous resterez à l’intérieur. :D

C’est quand même dommage, tout cela… Des policiers tous les 5 mètres, et pas une seule occasion pour les habitants de s’intégrer à ce sommet.

21 mars 2009 Posté par Homere | Actualités, Politique, Société | , , , , , , , , , , , , , | 3 commentaires