Les nouvelles modalités de recrutement des professeurs de l’enseignement secondaire à partir de la session 2011…

Pour l’histoire et la géographie, par exemple, cela donne ceci, tout en sachant que les épreuves se dérouleront en décembre/janvier normalement. Il s’agit là, et c’est assez visible, d’un patchwork d’idées, qui sent malheureusement le préfabriqué non à la va-vite, mais soumis à de multiples courants. .

Agrégation externe d’histoire
Epreuves préparatoires
1° Une dissertation (durée : sept heures ; coefficient 1).
2° Une dissertation (durée : sept heures ; coefficient 1).
3° Une explication de textes (un ou plusieurs textes portant sur le même problème historique sont soumis à la réflexion des candidats) (durée : sept heures ; coefficient 1).
Ces épreuves portent, par tirage au sort effectué par le jury et dont le résultat n’est pas porté à la connaissance des candidats, sur trois périodes distinctes parmi les quatre suivantes : histoire ancienne, histoire du Moyen Age, histoire moderne et histoire contemporaine.
4° Une composition sur un sujet de géographie (durée : sept heures ; coefficient 1).

Épreuves définitives
1° Une leçon d’histoire générale. Les sujets portent sur des questions hors programme. La première partie est notée sur 15 points, la seconde sur 5 points (coefficient 2).
Cette leçon comporte un exposé suivi d’un entretien avec le jury (durée de préparation : six heures ; durée de l’exposé : trente minutes maximum ; durée de l’entretien : trente minutes maximum). L’entretien est divisé en deux parties : vingt minutes maximum portent sur la leçon ; dix minutes maximum portent sur la compétence « Agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable », à partir d’un document qui a été remis au candidat au début de l’épreuve, question pour laquelle il a préparé les éléments de réponse durant le temps de préparation de l’épreuve [déjà que 6h c'était plutôt court, non, on en rajoute encore une couche !].
2° Une explication de documents historiques (coefficient 2).
3° Une explication d’une carte ou de documents géographiques
(coefficient 2). Les deuxième et troisième épreuves concernant chacune une des questions figurant au programme se font sous la forme d’un exposé suivi d’un entretien avec le jury portant sur les documents qui ont fait l’objet de l’exposé (durée de chaque préparation : six heures ; durée de chaque exposé : vingt-cinq minutes environ ; durée de chaque entretien : trente-cinq minutes environ).

CAPES externe d’histoire-géographie
A. Epreuves d’admissibilité
1° Composition d’histoire (durée : cinq heures, coefficient 3).
2° Composition de géographie (durée : cinq heures, coefficient 3).
L’un des deux sujets au moins comporte des documents que le candidat utilise dans sa composition. L’un des deux sujets peut intégrer une dimension d’épistémologie et d’histoire de la discipline [ben voyons...].
La composition de géographie comporte un exercice de cartographie.

B. Epreuves d’admission
Les épreuves d’admission sont composées d’une leçon et d’une étude de dossier [exit l'explication de document ! ]. Au moment de sa première épreuve, le candidat tire au sort la discipline – histoire ou géographie – dans laquelle il va être interrogé, l’autre s’imposant dans la seconde épreuve.
1° Leçon d’histoire ou de géographie :
Durée de la préparation : trois heures ; durée de l’épreuve : une heure (exposé : trente minutes maximum ; entretien : trente minutes maximum) ; coefficient 3. Le sujet est tiré au sort au moment de l’épreuve. Le candidat utilise des documents dont il prévoit l’utilisation en situation d’enseignement. La leçon est suivie d’un entretien avec le jury, au cours duquel le candidat est conduit à justifier ses choix didactiques et pédagogiques. Le jury met à la disposition des candidats la documentation qu’il juge utile.
2° Epreuve sur dossier comportant deux parties : 14 points sont attribués à la première partie et 6 points à la seconde. (Durée de la préparation : deux heures ; durée totale de l’épreuve : une heure ; coefficient 3.) [c'est-à-dire le même coefficient que l'épreuve “académique” : 1/4 du résultat se jouera donc sur une épreuve dont le flou dans les attentes (et donc dans la notation) est la principale caractéristique : bonjour l'arbitraire !]
L’épreuve permet au candidat de montrer :
- sa culture scientifique et professionnelle ;
- sa connaissance des contenus d’enseignement et des programmes de la discipline sur laquelle s’appuie le dossier ;
- sa réflexion sur les finalités de cette discipline et ses relations avec les autres disciplines.
Première partie : étude de document(s), portant sur la discipline
n’ayant pas fait l’objet de la première épreuve d’admission, suivie d’un entretien avec le jury. (Présentation : vingt minutes maximum ; entretien avec le jury : vingt minutes maximum.)
Le candidat présente les résultats de sa réflexion, en motivant les choix pédagogiques et scientifiques qu’il effectue, sous une forme structurée et adaptée au contexte du sujet. Cette partie de l’épreuve a une dimension scientifique, épistémologique et didactique.
Seconde partie : étude d’un document portant sur la compétence « Agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable ». (Présentation : dix minutes maximum ; entretien avec le jury : dix minutes maximum.) Le candidat répond pendant dix minutes à une question, à partir d’un document joint au dossier qui lui a été remis au début de l’épreuve [et tout cela sans temps de préparation supplémentaire !], question pour laquelle il a préparé les éléments de réponse durant le temps de préparation de l’épreuve. La question et le document portent sur les thématiques regroupées autour des connaissances, des capacités et des attitudes définies, pour la compétence désignée ci-dessus, dans le point 3 « les compétences professionnelles des maîtres » de l’annexe de l’arrêté du 19 décembre 2006.
Le programme des épreuves d’admissibilité et d’admission est constitué par de grandes questions d’histoire et de géographie se référant aux programmes scolaires. Il est périodiquement révisé et publié au Bulletin officiel du ministère de l’éducation nationale. [Une fois de plus, une formulation qui a le mérite de rester franchement très très vague... ]

CAPLP Lettres-histoire
A. — Epreuves d’admissibilité
1. Lettres : commentaire composé d’un texte littéraire, assorti d’une question de réflexion grammaticale portant sur une phrase de ce texte. Le texte littéraire est choisi en référence aux programmes du collège et du lycée (général, technique et professionnel). Durée : cinq heures ; coefficient 3.
2. Histoire et géographie : l’épreuve porte sur les deux disciplines et se compose de deux parties :
– une composition pour laquelle le candidat a le choix entre deux sujets ;
– un commentaire d’un ou de deux documents.
Pour la composition sont proposés soit deux sujets d’histoire, soit deux sujets de géographie.
Le commentaire de document(s) relève de la discipline qui ne fait pas l’objet de la composition. Durée : cinq heures ; coefficient 3.

B. — Epreuves orales d’admission
1° Leçon en lettres ou en histoire et géographie portant sur les
programmes du lycée professionnel. Durée de la préparation : deux heures trente minutes ; durée de l’épreuve : une heure (exposé : trente minutes ; entretien : trente minutes) ; coefficient 3. Un tirage au sort détermine pour le candidat la valence sur laquelle porte la présentation de la leçon : lettres ou histoire et géographie. La leçon consiste :
- en lettres, en une explication d’un texte français, assorti d’une
question de grammaire ;
- en histoire et géographie : présentation d’une leçon d’histoire ou de géographie, en fonction d’un tirage au sort au moment de l’épreuve. Le candidat peut utiliser la documentation mise à sa disposition par le jury.
La leçon est suivie d’un entretien avec le jury au cours duquel le
candidat rend compte de ses choix didactiques et pédagogiques.

2° Epreuve sur dossier comportant deux parties. 14 points sont attribués à la première partie et 6 points à la seconde. (Durée de la préparation : deux heures trente minutes ; durée totale de l’épreuve : une heure ; coefficient 3.)
Première partie : étude d’un ensemble documentaire portant sur la valence n’ayant pas fait l’objet de la première épreuve d’admission, suivie d’un entretien avec le jury. (Présentation vingt minutes maximum ; entretien avec le jury : vingt minutes maximum.)
Cette partie de l’épreuve a une dimension scientifique, épistémologique et didactique.
Premier cas : lettres : présentation d’un exposé relatif à une question liée au programme de français du lycée professionnel (objets d’étude, capacités et connaissances littéraires et linguistiques). Cette présentation prend en compte le niveau de la classe indiqué dans l’intitulé du sujet, s’inscrit dans une progression disciplinaire et rend compte des choix didactiques et pédagogiques opérés par le candidat. Le sujet comporte de deux à quatre documents que le candidat utilise pour son exposé. La présentation est suivie d’un entretien avec le jury.
Second cas : histoire et géographie : étude d’un dossier d’histoire ou de géographie en fonction d’un tirage au sort. Le sujet comporte de deux à quatre documents que le candidat utilise pour son exposé. La présentation est suivie d’un entretien avec le jury. Pour la valence histoire et géographie, les sujets des épreuves d’admissibilité et d’admission sont établis à partir de questions d’histoire et de questions de géographie, se référant aux programmes du collège et du lycée (général, technique et professionnel) et périodiquement renouvelées. Ces questions font l’objet d’une publication au Bulletin officiel de l’éducation nationale.
Seconde partie : interrogation portant sur la compétence « Agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable ». (Présentation : dix minutes ; entretien avec le jury : dix minutes.)
Le candidat répond pendant dix minutes à une question, à partir d’un document contenu dans le dossier remis au début de l’épreuve, question pour laquelle il a préparé les éléments de réponse durant le temps de préparation. La question et le document portent sur les thématiques regroupées autour des connaissances, des capacités et des attitudes définies, pour la compétence désignée ci-dessus, dans le point 3 « Les compétences professionnelles des maîtres » de l’annexe de l’arrêté du 19 décembre 2006. L’exposé se poursuit par un entretien avec le jury pendant dix minutes.

Les élections cantonales de 1934

  1. a. Les tractations et le premier tour

Elles ont une valeur symbolique profonde. En effet, tous les mandats qui sont soumis à un renouvellement sont ceux des conseillers généraux élus en 1928, en pleine crise autonomiste. Mais ces élections de1934, nous l’avons constaté, se déroulent dans une atmosphère bien différente et les Heimatrechtler[1] élus lors des dernières cantonales sont en grande difficulté. Car les partis groupés dans le Volksfront se sont à nouveau séparés, et la préparation de ces élections se fait dans des conditions extrêmement difficiles[2].

De prime abord, rappelons que la Landespartei de Roos et Schall et le parti progressiste Fortschrittspartei  ne font plus campagne commune depuis le départ de Dahlet de l’ELZ. De plus, lors de son congrès du 25 février 1934, la Fortschrittspartei constate que « la communauté de travail » privilégiée avec la Landespartei a été décevante et qu’elle n’existe plus dans les faits[3]. Pour François Dreyfus, « La Landespartei faisait dans le Bas-Rhin quasiment figure de filiale du national-socialisme »[4]. Cependant, on ne saurait avoir un avis  aussi tranché, car à l’intérieur du parti autonomiste Heil et Hauss s’opposent à Roos et Schall, auxquels, justement, ils reprochent une attitude équivoque à l’égard d’Hitler et de la doctrine nazie. Dans l’UPR, un nouveau retournement de Michel Walter renverse la tendance : le courant hostile au Volksfront devient majoritaire. L’abbé Gromer, qui s’attendait à cette « trahison » de Walter, prend alors les devants, et provoque une réunion de conciliation[5] avec les autonomistes, dont le but est de maintenir la « communauté de travail » et de répartir, comme lors des dernières élections, les candidatures. Ce sera un échec, dû en partie à l’attitude peu amène de certains dirigeants de l’UPR, mais surtout à l’attitude intransigeante de Schall, qui revendique les cantons de Brumath et de Soultz-sous-Forêts pour son parti[6]. Gromer va pourtant tout tenter pour préserver le Volksfront, et c’est ce qui le conduit à écrire un article dans Die Heimat[7] où il développe sa position. Pour lui, il n’est pas possible d’abandonner le Volksfront sans risquer de laisser de côté les particularismes de l’Alsace, car il n’y a pas, selon lui, de politique de rechange possible. Mais il reconnaît cependant que la situation politique et internationale appelle à faire des ajustements : le Volksfront doit s’assouplir, ne plus être aussi virulent que par le passé, et il n’exclut pas des alliances ponctuelles avec l’APNA, voire les démocrates, mais se refuse, évidemment, à toute négociation avec les socialistes.

Ceci dit, la Landespartei ne veut pourtant pas couper les ponts totalement avec l’UPR, et lors de son Congrès en avril 1934, elle dégage plusieurs propositions qu’elle compte faire aux participants du Volksfront, mais son but réel est de placer celui-ci sous sa direction. Elle fait principalement la proposition suivante : elle désire la constitution d’une communauté de lutte autonomiste, avec création de deux comités, l’un étant chargé de préparer les actions communes et d’aplanir les difficultés entre les partis, l’autre de la propagande par le biais de la presse. Pour elle, la meilleure solution, et la plus équitable, serait que chaque parti présente ses propres candidats au premier tour du scrutin, et qu’ensuite le candidat le mieux placé pour vaincre bénéficie du désistement  des autres partis au second tour. Toutes les circonscriptions sont concernées. Pourtant, il n’en reste pas moins que cette offre émane surtout de Schall, et que,  à l’intérieur même de son parti, des voix discordantes se font entendre : Heil, Hauss et Koessler y sont par exemple opposés : ils reprochent à Schall de vouloir passer par-dessus les autres dirigeants des partis pour récupérer les troupes autonomistes et les placer sous la direction exclusive de la Landerpartei[8].

Dans le but de répondre à cette proposition, le Comité directeur de l’UPR se réunit le 11 juin. Il y a à nouveau débat, même si tous s’opposent à l’idée de Schall. Walter Meck et Seltz sont partisans d’un refus net et de la définition d’une nouvelle tactique électorale. Ils désirent enfin couper les ponts avec les autonomistes, et jugent le moment opportuns. Rossé, Keppi et Schies sont simplement d’accord pour répondre par la négative. La réponse suivante a été rédigée par Walter, Rossé, Brogly et Kaestlé. A noter que l’abbé Gromer suit tout cela de très près, et lui et Keppi se sont entretenus longuement à propos de cette réunion[9].

« L’UPR est par essence un parti de Weltanschauung, dont le programme politique, social, économique et régional a pour base les principes chrétiens, et qui considère la défense des intérêts religieux de notre peuple comme la suprême tâche et le suprême devoir, comme le premier droit de la Heimat. Ce caractère fondamental du parti, qui s’exprime dans tout son programme, fait qu’il lui est difficile d’établir un programme minimum commun avec d’autres partis. L’expérience des années passées a démontré que tout engagement sur un programme commun avec d’autres partis a entravé l’action de l’UPR. Cela n’empêche cependant pas le parti de marcher avec d’autres partis, cas par cas, pour des buts bien précis, ou de collaborer avec eux en étroite communauté de travail dans certains corps constitués, comme il l’a fait avec les autres partis qui défendent les droits de la Heimat, dans les conseils municipaux de Strasbourg et de Colmar, ainsi qu’au Conseil général du Bas-Rhin. Fidèle à son programme l’UPR défendra aussi à l’avenir les revendications alsaciennes sur les droits de la Heimat, et continuera comme par le passé à saluer la collaboration avec tout parti qui veut défendre avec elle les droits et revendications de notre peuple alsacien en liaison avec la politique générale de la France »[10].

On retient de ce texte l’insistance sur la priorité à donner à la défense des intérêts religieux, ainsi que l’ouverture vers les démocrates et l’APNA dans la dernière phrase « qui est une allusion à la crise politique en France et au danger extérieur »[11].

L’UPR du Bas-Rhin décide donc de présenter des candidats partout où le sortant est UPR et dans ceux « qui par leur structure politique font partie du domaine de l’UPR ». Il est également décidé que le parti défendra les conseillers sortants de la communauté de travail dans les autres cantons[12]. Pourtant, la Landespartei est mécontente du manque de soutien de la part de l’UPR, et la situation électorale devient un réellement confuse : le cas de Seltz par exemple illustre bien notre propos: dans ce canton, Hauss déclare qu’il renonce à se présenter, vu que l’abbé Gromer avance le nom de son ami Camille Meyer, rédacteur à l’Echo de Wissembourg comme représentant de l’UPR. Mais le parti décide d’investir le candidat  UPR sortant, Bisch, que Gromer finira par soutenir (il se rend ainsi à Seltz, dans le but de soutenir Bisch). Hauss revient alors sur sa décision, et décide d’être candidat, mais l’UPR maintient la candidature de Bisch, contre M. Hauss. En représailles, Schall se présente contre Walter à Bischwiller et débute alors une campagne dans l’ELZ contre Walter, qu’il accuse de ne pas respecter ses engagements, et l’UPR. Michel Walter répond avec virulence dans l’Elsässer en condamnant l’attitude plus qu’ambiguë de la Landespartei à l’égard du nazisme. Il va même plus loin quand il affirme que Schall et l’ELZ sont une « déformation de l’autonomisme » et que « le peuple alsacien ne veut rien savoir de la dictature et du fascisme, il ne veut rien savoir de l’hitlérisme » et que par conséquent la Landespartei se trompe lourdement en admirant l’Allemagne nazie[13].

Le programme de l’UPR, d’ailleurs, pour cette campagne, est assez simple : le parti met en avant son double refus : refus du communisme et de la « dictature de Moscou » et refus du fascisme d’Hitler. Pour le parti, il faut tout mettre en œuvre pour défendre la démocratie, tout en lui apportant les transformations nécessaires et un « renouveau spirituel et moral »[14]. Mais dans ces conditions, que reste-t-il du Volksfront ? Pas grand-chose en réalité. Pourtant les actions de Gromer, Zemb et Rossé amènent le parti à soutenir plusieurs autonomistes tels le communiste Hueber à Strasbourg-Sud ou encore Heil, qui a d’ailleurs été exclu  de la Landespartei, à Soultz-sous-Forêts et des candidats progressistes à Saverne, Drulingen, La Petite-Pierre et Brumath.

Il y a également des accords passés avec l’APNA, qui sont souvent réalisés dans les cantons où l’on craint une victoire des socialistes ou du PCF. L’APNA, par ailleurs, agit de même et présente un candidat contre Walter à Bischwiller (le poids des socialistes dans la ville y étant faible) mais soutient le candidat UPR à Seltz contre l’autonomiste Hauss. A l’opposé, communistes et socialistes amorcent un rapprochement, difficile parfois, car les communistes alsaciens n’ont pas abandonné leurs revendications autonomistes, et, pour F. Dreyfus, l’ « on tend à revenir à la situation de 1920, avec une gauche socialo-communiste, un bloc national regroupant UPR APNA radicaux et démocrates, et enfin, totalement isolé, les autonomistes de la Landespartei [15]». Il faut toutefois nuancer ces propos, car la rupture avec la Landespartei n’est pas encore tout à fait acquise.

A l’issue du premier tour, les progressistes de Dahlet maintiennent leurs positions dans le nord du Bas-Rhin, à Drulingen et la Petit-Pierre. De la même façon, Heil, conseiller sortant autonomiste et proche de Gromer, est réélu dès le premier tour. A Seltz, par contre, Hauss est battu par le candidat UPR Bisch, grâce aux votes des nationaux. De plus, les candidats de la Landespartei sont en difficulté un peu partout, ainsi Schall arrive loin derrière Walter dans le canton de Bischwiller. Camille Dahlet lui-même est en ballottage défavorable. Ainsi dans ces cantons où les autonomistes avaient jusqu’alors réalisé de bons scores, ils sont à présent en passe de perdre leurs sièges.

Dans le sud du département par contre, la situation est plus simple, puisqu’à Molsheim le conseiller sortant APNA, soutenu par l’UPR, est réélu, tandis que l’UPR remporte les cantons de Rosheim, Benfeld et Erstein. A Strasbourg, le seul canton où il y a véritable lutte est celui où le maire communiste Hueber se présente, et malgré le soutien de l’UPR, il est en difficulté.

Dans le Haut-Rhin, où l’accent a été mis à l’UPR sur la lutte contre les socialo-communistes, l’absence de parti autonomiste rend les choses plus claires. Ainsi, dès le premier tour, douze cantons sont pourvus, et l’on note les bons résultats de l’UPR qui remporte sept sièges sur les douze cantons, l’APNA en ayant deux, les indépendants deux et les radicaux un. Le canton le plus disputé est celui de Colmar, où Rossé se voit opposer quatre candidats, un APNA, un socialiste, un communiste orthodoxe et un radical. Les adversaires de Rossé réunissent ensemble près de 5600 voix, tandis que Rossé n’en a que 4000.

Le scrutin du second tour ne présente donc d’intérêt réel pour nous que dans quatre circonscriptions du Bas-Rhin (Bischwiller, Bouxwiller, Brumath et Strasbourg-Sud) et dans le Haut-Rhin, Colmar.

  1. b. L’abbé Gromer réélu à Haguenau

Il convient toutefois que, arrivés à ce point de notre étude, nous nous arrêtions un instant pour analyser la situation à Haguenau, où l’abbé Gromer se présente une fois encore.

A Haguenau, la circulaire Guy La Chambre n’a provoqué que peu de réactions. L’Unterländer n’en parle que lorsque l’UPR prépare la manifestation de protestation de septembre à Strasbourg. Rien n’est organisé d’ailleurs dans la ville de Haguenau, contrairement à 1924. Cette absence de réaction est à l’image du peu de portée de cet acte administratif, puisque les conséquences à Haguenau sont peu importantes : il n’y aura que 5 élèves de plus dispensés de cours de religion[16] !

La ville semble apaisée, et les élections cantonales de 1934, pour lesquelles le candidat de l’UPR est bien entendu Gromer, se déroulent dans un climat de calme relatif. L’abbé Gromer, toujours favorable au Volksfront, doit pourtant montrer que son influence sur le canton n’est pas entamée par les attaques dont il est l’objet de la part de certains membres du comité directeur de l’UPR.

Aucune alliance entre les partis nationaux ne se conclut pour s’opposer à la candidature de Gromer, et celui-ci mène une campagne paisible, au cours de laquelle il évoque, peut être plus qu’ailleurs, les problèmes alsaciens et l’avenir de la région. Mais, chose nouvelle, il intègre beaucoup plus qu’auparavant les questions de politique intérieure, comme la crise de février 1934. Il évoque également les difficultés internationales du moment, et met en garde contre Hitler et le nazisme.

Ses adversaires sont au nombre de deux. L’un, Richert, est présenté par l’Unterländer comme un candidat des Neueste Nachrichten et il semblerait également que l’APNA le soutienne. L’autre, Hasenfratz, est conseiller municipal de la ville et se présente avec le soutien des socialistes et des radicaux. Ils s’en prennent régulièrement au rôle de Gromer dans le Volksfront, et à son attitude de conciliation avec les autonomistes[17].

Pourtant Gromer, comme en 1928, est élu dès le premier tour avec 67 % des voix (Cf. tableau suivant). Mais c’est tout de même une baisse non négligeable de 8 % par rapport à 1928 (où il avait obtenu 75% des suffrages).

Electeurs Inscrits Suffrages exprimés Suffrages valables Abbé Gromer Richert Hasenfratz
7505 5544 5353 3617 681 1055

Faut-il voir dans cette baisse une légère sanction due à l’implication de Gromer dans le Volksfront[18] ? Rappelons rapidement les résultats de 1928 :

Inscrits Votes exprimés Votes valables Gromer Kleinklaus (UPR-APNA)
6923 4129 4030 3041 989

La comparaison de ces deux tableaux ne permet pas de le penser. De fait, l’abbé Gromer augmente son nombre de suffrage entre les deux élections. Mais la différence statistique s’effectue par la candidature, cette fois-ci, du socialiste Hasenfratz, qui réunit très certainement un bon nombre d’abstentionnistes de 1928. Ce dernier obtient un bon score, compte tenu qu’il se présente dans un canton bien tenu par l’UPR, et il y a fort à parier que son succès est dû au contexte politique intérieur. On constate cependant qu’il n’y a pas à proprement parler de réaction contre le Volksfront, son promoteur le plus important, Gromer, restant très aimé de la population.

De fait, à Haguenau, la vie municipale est de plus en plus agitée par les polémiques d’un journal dont l’audience ne cesse d’augmenter, les Neueste Nachrichten, journal qui se fait le porte-parole d’une opposition qui n’entend plus subir l’hégémonie de la section locale de l’UPR. Cette dernière réagit vivement en créant une section locale des jeunesses UPR, qui multiplie les actions, sous la férule de l’abbé Gromer. Les partis nationaux semblent pourtant, à cet instant, et peu avant les municipales, assez mal en point : le candidat soutenu par Désiré Brumbt, Richert, n’arrive qu’à réunir péniblement 680 voix. Quant à élire un maire socialiste, cela semble illusoire : la majorité de la population, profondément catholique, s’y refuse.


[1] Die Heimat de février 1934.

[2] Cf. BAECHLER, op. cit. p 461 et sqq.

[3] Neue Zukunft, 3 mars 1934.

[4] DREYFUS, op. cit. p. 216.

[5] 6502/5 e  Carte de Camille Dahlet à Gromer : accord pour une entrevue. 1934.     – 1 carte.

[6] 6502/5 a  Lettres de Heil à Gromer : élections. 1934.

-          2 lettres.

Celle qui nous intéresse date du 19 avril 1934, où Heil apprend à Gromer que le conseiller sortant de Brumath, Koessler, membre de la Landespartei, a décidé de ne pas se représenter.

[7] Die Heimat, mars 1934.

[8] ELZ. Du 19 mai 1934 et E.K. du 23 mai 1934. Voir également le fonds Gromer [8] 6502/5 a  Lettres de Heil à Gromer : élections. 1934. Lettre du 19 avril 1934.

[9] Cf. ADBR AL 98, p674 n° 79. Voir également BAECHLER, op. cit., qui tire les mêmes conclusions que nous.

[10] Die Heimat de juin 1934, p. 168.

[11] BAECHLER, op. cit., p. 462.

[12] Elsässer, du 10 septembre 1934.

[13] Elsässer du 2 octobre 1934.

[14] Elsässer du 29 septembre 1934.

[15] DREYFUS, op. cit., p. 217.

[16] Die Heimat, janvier 1934.

[17] Unterländer n° 232/ 1934.

[18] MUTSCHELE, op. cit., p. 98.

FELIZ CUMPLEAÑOS !

Publié dans:  on 30 août 2009 at 5:42 Commentaires (1)

La fin du Volksfront (3): La crise politique en Alsace de 1934

La France connaît une période d’instabilité politique forte qui touche l’Alsace, et tend à mécontenter l’UPR. Le parti a, en effet, dès 1919, inscrit à son programme la réforme de la constitution et s’engage par ce biais à renforcer l’exécutif par élection directe du président de la République. Son programme préconise de même une réforme électorale par l’attribution du droit de vote aux femmes, et l’institution d’un vote familial[1].

Et l’inquiétude est grande face à l’instabilité du régime français : de mars 1933 à juin 1934, on compte cinq gouvernements dont certains ne durent qu’un mois ou deux ! Voire même moins  comme le cabinet Daladier qui ne dure que quelques jours avant de disparaître dans l’émeute, le 6 février 1934. Il faut rappeler qu’au même moment, en Allemagne, on a réussi à remettre en ordre l’économie, que le chômage baisse (ce qui n’est pas le cas en Alsace, on l’a vu) et que, du point de vue politique, la continuité du pouvoir dans le Reich tranche douloureusement avec la situation française.

Face à cette crise politique française, l’UPR préconise d’aller plus loin que le projet d’accorder un droit de dissolution du président de la République « sans avis conforme » du Sénat : pour le parti catholique, il faut que « Le parlement et Paris [soient] décongestionnés. Les provinces doivent retrouver leur vie propre »[2]. La crise de février 1934 permet à l’UPR de rappeler son programme de politique intérieure[3]. La presse alsacienne, d’ailleurs, ne cache pas son mécontentement depuis janvier.

L’affaire Stavisky, d’autre part,  est l’occasion pour Michel Walter de montrer, le 11 janvier lors d’un débat parlementaire, l’inquiétude provoquée en Alsace par ce scandale. Mais la crise du 6 février 1934 inquiète plus que tout autre et la démission de Daladier laisse la presse alsacienne perplexe, voire furieuse : elle accuse Daladier de n’avoir pas su trouver de réponse à la crise et de ne capituler, de ne se retirer «  avec son cabinet [qu’à cause de] l’indignation populaire »[4].

L’annonce de la formation d’un gouvernement d’union nationale est accueillie avec soulagement par la presse de l’UPR. Michel Walter se félicite de cette nomination : « le pays tout entier respire depuis qu’il sait que G. Doumergue a pris les rênes du pouvoir et qu’il veut résoudre les graves problèmes actuels par une politique d’entente nationale. Avec la confiance dans le chef du gouvernement […]reviendra la confiance dans le gouvernement et la confiance dans le régime ». Il rappelle également les tâches prioritaires de ce nouveau gouvernement : épurer l’atmosphère politique par la punition de ceux qui ont participé au scandale financier, assainir les finances de l’Etat ce qui permettra de réaliser la réforme des institutions : « la voie sera alors libre pour la réalisation des réformes indispensables : introduction du scrutin proportionnel au niveau du département ou de la région, droit de vote pour les femmes, dissolution de la Chambre et nouvelles élections sur le programme de l’indispensable remaniement et modernisation de la Constitution. L’assemblée Nationale serait alors convoquée pour réaliser ce programme de modification de la Constitution »[5].

Puisque la stabilité semble retrouvée, les tentations que l’Allemagne offre à certaines parties de la population semblent écartées. L’Elsässer va noter à ce propos que « le gouvernement représente la seule, l’unique bouée de sauvetage pour le régime républicain. L’attachement de l’Alsace à un régime démocratique est de tradition. Aussi notre parti, l’UPR, d’accord avec l’écrasante majorité de la population, se déclare-t-il adversaire de tout régime qui voudrait, par des mesures fascistes, supprimer toutes les libertés individuelles. Nous voulons une France républicaine et démocratique, nous serons prêts à apporter notre concours pour la réalisation de cet idéal »[6]. L’EK, quant à lui, rejette « socialisme et fascisme comme une même violation de la liberté »[7]. Car l’Alsace est en effet bien au courant de tout ce qui se passe en Allemagne : jour après jour, les journaux mettent en avant et expliquent ce que sont les camps de concentration et la doctrine nazie.

On s’inquiète de la montée du néo-paganisme, et les formules telles que « nous sommes des travailleurs volontaires qui voulons envoyer les bonzes ecclésiastiques réfrigérés à un travail productif ou au diable » du Volksglaube[8] ne sont bien évidemment pas faites pour attirer les Alsaciens vers l’Allemagne.

Il y a également en Alsace plusieurs milliers de réfugiés fuyant l’Allemagne nazie. Ils donnent ainsi la possibilité d’être au courant de ce qui se passe dans le Reich. L’UPR est pourtant inquiète de l’écho que trouve le fascisme dans une fraction de la jeunesse[9], et va réaffirmer son attachement à la démocratie et son hostilité à la dictature. Car pour les journaux UPR, l’avènement de la dictature en France signifierait la fin du particularisme alsacien[10].

Peu avant les élections cantonales d’octobre 1934, ont lieu les évènements du 30 juin 1934, ou « nuit des longs couteaux ». Elle marque profondément les consciences alsaciennes : l’assassinat des SA, qu avaient permis à Hitler de prendre le pouvoir, soulève une vague d’indignation. Tout ceci va dominer les élections cantonales, surtout quand, Hindenburg mort, Hitler lui succède comme président du Reich.


[1] Cf. le programme de l’UPR, dont nous avons détaillé les priorités.

[2] E.K. du 25 janvier 1933.

[3] BAECHLER, op. cit., p. 470.

[4] Elsässer, du 8 février 1934.

[5] Elsässer du 10 février 1934.

[6] 16 février 1934.

[7] E.K. du 22 février 1934. Le 17 février, le journal notait ceci : « ce sont les événements d’Allemagne et d’autres Etats fascistes qui montrent le peu d’intérêt qu’ont les catholiques de souhaiter la fin du régime parlementaire ».

[8] Cité dans DREYFUS, op. cit., p. 215.

[9] 6518/2 k  Invitation à l’assemblée générale de l’U.P.R. du 4.03.1934. Notes de Gromer sur des propos de Didio, relatifs à la position à prendre vis-à-vis du fascisme. 1934.

- 2 pièces.

[10] E.K. du 7 août 1935 et Elsässer du 13 août 1935.

Publié dans:  on 26 août 2009 at 14:35 Laisser un commentaire

La fin du Volksfront (2) Vie politique allemande et alsacienne

La vie politique allemande, facteur de crispation de la politique alsacienne

Il est certain que l’accession d’Hitler à la Chancellerie et la remilitarisation de la Rhénanie font que l’Allemagne et sa politique extérieure sont l’une des préoccupations majeures des milieux catholiques alsaciens. De fait, l’économie alsacienne est très dépendante des relations franco-allemandes, et les tensions entre les deux pays vont vite faire souffrir la province. L’attrait de l’Allemagne va, par ailleurs, diminuer fortement.

En Alsace, l’arrivée d’Hitler à la Chancellerie n’est tout d’abord considérée que comme une péripétie dans la confusion qui règne en Allemagne, et on considère que ce que l’on appelle « l’expérience Hitler » ne peut être que de très courte durée. On craint plus l’après-Hitler, et un possible avènement du bolchevisme en Allemagne.

La presse UPRniste adopte donc tout d’abord un point de vue peu critique à l’égard de la politique d’Hitler, mais cette réserve s’explique par « la volonté de ne rien faire qui puisse porter préjudice à l’Eglise et aux catholiques d’Allemagne et leur attirer les foudres d’Hitler »[1]. Après la dissolution du Zentrum, les choses commencent pourtant à changer radicalement. L’Elsässer, par exemple, redit avec force son hostilité à la nouvelle Allemagne, « qui veut remplacer l’éthique chrétienne par l’éthique national-socialiste » et ajoute : « Nous restons les soldats du Christ. Soldats qui livrent un combat impitoyable aux francs-maçons de ce côté des Vosges, mais qui tournent également froidement le dos à l’absolutisme étatique païen d’un Hitler de l’autre côté du Rhin »[2].

L’attitude du Zentrum, qui n’a pas combattu assez virulemment le NSDAP, a déçu bien des membres de l’UPR.

L’attitude critique de l’UPR à l’égard de l’Allemagne nazie est un temps modifiée cependant par la signature du Concordat entre l’Allemagne et le Saint-Siège. Il faut dire que ce Concordat arrive alors que l’UPR et la presse alsacienne sont choqués par différentes mesures prises par le nouveau régime. En effet, à la fin de juin et juillet 1933, toute la presse alsacienne se fait l’écho des mesures prises à Munich contre les jeunes catholiques bavarois.

L’Elsässer proteste, et compare le régime nazi au pire des régimes communistes[3]. Les arrestations de prêtres et de plusieurs vicaires dans la Ruhr et à Essen, achèvent de convaincre la presse UPR de l’hostilité qu’il faut montrer au régime hitlérien. La signature du Concordat[4] complique quelque peu les choses, mais ne trompe pas les catholiques alsaciens.

Mais des journaux comme l’Elsässer Kurier défendront le texte contre leurs adversaires, qui ne retiennent du Concordat que l’interdiction de toute activité politique qui est faite aux prêtres allemands, et qui réclament de fait que l’on fasse la même chose en Alsace.

L’E.K.[5] répond qu’en « Alsace et en Lorraine, nous n’avons pas encore un Etat total, nous n’avons pas de national socialisme ». En Allemagne, « le mouvement athée est écrasé » et l’école chrétienne est garantie par l’Etat. En Alsace, par contre, les institutions  chrétiennes sont toujours menacées.

L’UPR du Bas-Rhin est beaucoup moins nuancée dans son appréciation du Concordat : « on ne peut certainement pas dire de nous que nous approuvons les procédés et les méthodes de la dictature nationale socialiste. Nous n’avons jamais caché notre hostilité envers ce régime et nous l’avons condamné parce qu’il excluait toute idée démocratique.

Le concordat avec le Vatican se distingue agréablement des innombrables lois promulguées ces derniers temps en Allemagne, mais l’on peut se demander s’il sera réalisé dans toutes ses dispositions ou si ce sera seulement un chiffon de papier. Si on l’applique réellement, alors ce texte aura effectivement réalisé ce que le Zentrum revendique depuis toujours »[6].

On a pu le voir, les questions allemandes sont examinées avec un peu moins d’attention lors de l’agitation qui suit la parution de la circulaire Guy La Chambre.

Pourtant, on ne peut manquer de penser que l’échec de l’EK et du journal Die Heimat dans leur tentative pour donner plus d’ampleur au mouvement, est dû très certainement à la situation préoccupante de l’Allemagne. Les deux journaux, d’ailleurs, vont se joindre au reste de la presse UPR pour critiquer le Kulturkampf hitlérien quand il sera évident qu’Hitler n’a aucune intention de respecter le Concordat. Ainsi, la prise du pouvoir par Hitler a profondément modifié l’attitude des catholiques alsaciens : leur attachement à la France se trouve encore renforcé.

Et ce d’autant plus que la sortie de l’Allemagne de la SDN et de la Conférence du désarmement va inquiéter fortement l’UPR, très favorable à l’institution internationale et à un désarmement général[7]. L’Elsässer va, par ailleurs, consacrer plusieurs articles en novembre à une analyse de Mein Kampf, et en tirer la conclusion qu’ Hitler est partisan d’une guerre contre la France.

Par la suite, l’assassinat du chancelier Dollfuss, le 25 juillet 1934, fait sérieusement craindre une nouvelle guerre européenne. Si l’échec du coup de force national-socialiste en Autriche ravit la presse catholique, l’Elsässer estime que « le gouvernement berlinois a atteint son but, car l’adversaire le plus résolu du national-socialisme n’est plus »[8].

De plus, le journal paraît le 26 juillet bordé de noir : l’assassinat de cet homme, considéré comme le symbole du chef d’Etat catholique, est donc durement ressenti par le journal. Enfin, la fin de l’année 1934 et le début de 1935 sont placés sous le signe du plébiscite de la Sarre, qui intéresse particulièrement l’Alsace pour des raisons économiques, la Sarre étant l’un des clients les plus importants de l’agriculture alsacienne[9].

Le Conseil général du Bas-Rhin va d’ailleurs tout tenter pour préserver le débouché de la Sarre après le plébiscite, et le milieu politique alsacien interpelle à plusieurs reprises le gouvernement à ce sujet. Le résultat du plébiscite sera d’ailleurs une surprise, tant la majorité en faveur du rattachement à l’Allemagne est écrasante.

En face des partis catholiques, un certain désarroi règne chez les autonomistes. Des tensions voient en effet le jour entre la Landespartei et la Fortschrittspartei. Il semble bien, en effet, que Dahlet, chef de file des progressistes, reproche de plus en plus aux  autres mouvances autonomistes d’avoir une attitude pro-hitlérienne[10].

Et par cette attitude, ils ont réussi là où le gouvernement français échoue depuis 10 ans : l’influence du parti a diminué et se retrouve réduite à une portion congrue car la majorité des alsaciens, s’ils désirent leur autonomie, ne veulent pas pour autant devenir Allemands. Et dès la mi-juin, Dahlet envoie un ultimatum à l’ELZ, dont il est le codirecteur, pour réclamer un changement d’orientation du journal, qu’il ne manque pas d’accuser d’hitlérisme. Il menace de créer un journal favorable à ses idées si l’ELZ persiste dans son attitude. De fait, Dahlet est un démocrate, très hostile à tout ce qui touche au nazisme, et il cherche, péniblement, à trouver une voie pour l’idée autonomiste, sans risquer de voir celle-ci confondue avec le nazisme.

Dès le 16 septembre, la séparation est réalisée : l’ELZ annonce que Dahlet ne fait plus parti de sa direction politique et fait état de graves divergences entre Hauss et Dahlet (sans en révéler la teneur, mais elle est évidente). Dahlet prend alors la direction de la revue Neue Zukunft.

C’est un fait intéressant, car sous l’influence de la politique intérieure allemande, et du changement politique que connaît ce pays, on assiste à un reclassement des forces autonomistes. L’avènement d’Hitler à la Chancellerie a profondément bouleversé le paysage politique en Alsace. Dans une large mesure, l’influence des autonomistes a diminué, et l’isolement de certaines grandes figures du mouvement est patent.


[1] BAECHLER, op. cit., p. 483.

[2] Elsässer du 11 juillet 1933. « Autant nous nous sentons liés du point de vue philosophique avec les catholiques allemands, autant nous repoussons l’orientation prise par la Germania (favorable au régime nazi). On n’insulte pas, on ne maltraite pas des ecclésiastiques et l’Eglise. On n’abandonne pas « l’ascète crucifié » aux vieillards et aux malades. […] La persécution des israélites en Allemagne a été déjà bien grave ; quiconque cherche à en approfondir les causes réelles trouve finalement d’autres motifs philosophiques, religieux ou même racistes […] On constate exclusivement un esprit de Kulturkampf […] Les nazis veulent remplacer l’éthique chrétienne par l’éthique national-socialiste. Qu’on ne vienne pas nous dire que Von Papen est en train de conclure un Concordat avec le Saint-Siège. Certes, il y aura Concordat […] certes Rome fera de grands sacrifices […] mais les vérités éternelles de la religion et de la Sainte Eglise catholique n’en seront pas touchés et c’est à elles que nous tiendrons. C’est pourquoi nous opposons notre « non » au « oui » de la nouvelle Germania et à la nouvelle orientation de l’Allemagne hitlérienne. Nous luttons contre la franc-maçonnerie d’au-delà des Vosges, mais nous luttons aussi contre l’absolutisme païen d’un Hitler de l’autre côté du Rhin ».

[3] Elsässer du 19 juin 1933.

[4] Cf. le texte du Concordat en annexe.

[5] EK. Du 21 juillet 1933.

[6] Elsässer du 21 juillet 1933.

[7] BARTHOLME, Le problème du désarmement (1929-1935) vu par trois journaux alsaciens, Strasbourg, 1977, 139p. dactyl..

[8] Elsässer du 27 juillet 1934.

[9] 6503/2  Dossier de Gromer sur la question de la Sarre.

- 1 dossier avec correspondance

[10] La France de l’Est du 15 juin 1933 et Le Messager d’Alsace du 20 juin.

La fin du Volksfront (1) La situation économique et sociale de l’Alsace

Une cruelle désillusion

Il convient tout d’abord de revenir plus en détail sur la crise économique et sociale qui se développe en France, et qui fait sentir ses effets très tôt en Alsace. La question de l’Allemagne, avec la victoire d’Hitler aux élections de 1933 amène également des bouleversements politiques en Alsace, qu’il convient d’examiner.

1) La situation de l’Alsace La crise économique et sociale[1]

L’Alsace, comme nous l’avons fait remarquer, est touchée plus tôt que le reste de la France par la crise. Dès 1929, le textile connaît de graves difficultés du fait de la perte des marchés extérieurs, occasionnée par le manque de liquidités des pays acquéreurs. Le chômage augmente de fait et passe de quelques centaines à près de 4800 de septembre 1931 à janvier 1932. Le nombre de chômeurs partiels étant de près de 40 000[2].  En octobre 1934, durant la session du Conseil général du Haut-Rhin, on cite les chiffres de 6423 chômeurs complets et 26 000 chômeurs partiels. Le Bas-Rhin, quant à lui, semble moins touché par la crise, mais on compte tout de même 4300 chômeurs en 1936[3].

L’UPR s’inquiète assez rapidement de la situation. Dès septembre 1931, l’E.K. s’interroge dans une série d’articles de septembre 1931 sur les causes de la crise économique en Alsace, et croit trouver en la politique d’assimilation la cause de tous les maux économiques de l’Alsace[4]. La « colonisation » de l’industrie et du système bancaire alsacien par les groupes français et étrangers est directement visée.

Le parti catholique réclame assez rapidement une protection douanière plus efficace[5] et préconise, sinon un rapprochement franco-allemand[6], du moins une action énergique en Alsace car la perte des débouchés de la Sarre inquiète fortement.

Pourtant, ce qui a surtout inquiété l’UPR, ce sont les difficultés qui touchent ses électeurs, et particulièrement les agriculteurs. En effet, dès 1930, le cours des produits agricoles à la production baisse. Avec d’une part l’augmentation de ses tarifs douaniers, puis, d’autre part, la perte du débouché agricole de la Sarre, l’agriculture est dans une mauvaise passe. L’union douanière demandée par Sturmel répond à ce problème, et il sera suivi par le Conseil général du Haut-Rhin, qui en émet également le vœu en novembre 1935. L’UPR se préoccupe également du pouvoir d’achat de ses électeurs, et demande toute une série de mesures pour le relever : abattement des prix des engrais, des machines agricoles, réduction des prix de l’électricité, des transports…

Dans son ensemble, l’UPR rejette de la même manière les excès du capitalisme et du socialisme, et, lors de l’Assemblée générale de l’UPR du Bas-Rhin, le 22 septembre 1935, Walter fait une déclaration dans laquelle il stigmatise l’échec du libéralisme économique et il déclare « que le salut ne viendra que de la construction d’un nouvel ordre économique qui prendra pour base l’organisation de corporations »[7].

L’UPR va également insister sur la réforme régionale pour l’économie alsacienne et française. Ce sera par ailleurs l’un des arguments avancés dans la proposition de loi de Michel Walter de 1934[8].


[1] 6506/8  Dossier de Gromer : économie sociale en Alsace.

-          1 chemise avec quelques coupures de presse.

Très intéressé par la question, il ne donne pourtant pas de « programme économique » dans ses archives. Mais il reste compétent pour ces questions, il fera par ailleurs parti du « groupement alsacien de vigilance et d’action économique », lancé en mai 1938. Ce groupement sera présidé provisoirement par Rossé, avec qui Gromer entretient une correspondance suivie. Il regroupera un certain nombre de personnalités comme Walter, Wallach, Oberkirch, Ruillier (directeur de la Société alsacienne d’industrie cotonnière), J. Wenger Valentin, administrateur délégué du Crédit industriel d’Alsace et de Lorraine etc…

[2] Cf. BAECHLER, op. cit., p. 467. Et voir Die Heimat de mai 1932, p. 154-159.

[3] A. BRAUN, L’avenir alsacien et l’expérience du Front Populaire, Paris 1938, p. 53.

[4] Cette série d’article est regroupée sous le titre « Notwendige Bemerkungen zur Wirtschaftskrise in Elsass-Lothringen ». Elle sera par ailleurs publiée sous forme de brochure comme n° 5 des « Flugschriften der Elsässischen Volkspartei » d’Alsatia.

[5] J.O. du 1er mars 1932, p. 981 sqq.

[6] Ibidem, p. 986, Sturmel fait cette proposition, et il est très critiqué par Meck, pour qui «jamais  le moment de réaliser une union douanière n’a été aussi défavorable et malencontreux ».

[7] Elsässer du 23 septembre 1935.

[8] Le texte prévoyat une Assemblée régionale dont le statut serait celui des conseils généraux : un délégué par canton élu pour six ans avec renouvellement de l’Assemblée par moitié tous les trois ans. Les pouvoirs de cette Assemblée seraient ceux des conseils généraux élargis en matière de travaux publics et de problèmes d’intérêt régional. Voir le Nouv. J. Strasbourg, 6 juin 1934.

La circulaire Guy La Chambre et la question scolaire en Alsace

La question scolaire va très vite s’inviter à nouveau dans le paysage alsacien. Et elle ne va pas manquer de soulever de nouvelles difficultés. Guy La Chambre, sous-secrétaire d’Etat chargé des questions d’Alsace-Lorraine dans le premier cabinet de Daladier, s’oppose à plusieurs reprises aux autonomistes, notamment à l’ELZ.

Ainsi, lors d’un débat à la commission d’Alsace-Lorraine de la Chambre des députés, il défend la politique gouvernementale en Alsace, et trouve inadmissibles les propos de l’ELZ qui présentait les instituteurs comme des « assassins des âmes des enfants ». Même des personnalités comme Rossé et Stürmel désavouent le journal autonomiste et s’accordent avec le gouvernement. On peut croire à une détente dans les relations entre l’Etat et l’Alsace. Malgré cela, le 3 avril 1933, un grand débat a lieu à la Chambre[1] et Dahlet va y dénoncer l’existence de fonds secrets que le gouvernement utilise pour lutter contre les tendances autonomisantes et il s’attaque avec virulence à l’administration française en Alsace et à M. Valot, responsable des services d’Alsace-Lorraine.

Le discours le plus violent fut pourtant prononcé par Maurice Thorez : pour lui l’Alsace est « sous le joug », et il appelle les Alsaciens à participer à la lutte « contre l’impérialisme français »! La question alsacienne est donc toujours en suspens.

La question de la dispense d’enseignement religieux intervient peu après. Rappelons que la victoire du Cartel des gauches n’a pas manqué d’inquiéter à l’UPR. Car il existe un certain nombre de partisans de l’école laïque, regroupés dans des associations comme La Ligue des droits de l’homme, La Ligue de l’enseignement, etc… qui font porter leurs efforts sur la question de la dispense de l’enseignement religieux.

Le caractère obligatoire de l’enseignement a certes été assoupli, mais les milieux laïques vont s’adresser à Guy La Chambre pour qu’il simplifie les formalités de dispense. Ce dernier trouve la demande raisonnable, et il envoie une circulaire, le 17 juin 1933, au recteur de l’Académie de Strasbourg, circulaire qui permet la dispense de l’enseignement religieux sur simple déclaration des parents ou tuteurs : « Au lieu d’une demande écrite de dispense adressée soit au Recteur pour l’enseignement secondaire, soit au Sous-Préfet pour l’enseignement primaire, il y aura lieu, à l’avenir, d’admettre dans tous les cas, la déclaration faite au chef de l’établissement par les parents ou les tuteurs que les enfants ne suivront pas l’enseignement religieux. Cette déclaration emportera immédiatement ses effets, sans qu’elle soit soumise à décision d’une autorité administrative ou scolaire»[2].

Or, lors du débat parlementaire, certains députés ont demandé le maintien du régime scolaire et le respect de la langue allemande. Le député Burrus déclare même à cet instant qu’en accordant ces deux éléments, on ferait disparaître à court terme la germanophilie et l’esprit autonomiste, ce serait même porter un coup à ce dernier. Mais la politique de Guy La Chambre va dans le sens contraire. La circulaire est portée à la connaissance du public le 12 juillet : l’UPR y était préparée, car depuis longtemps elle s’est inquiétée de la propagande laïque et lors de l’Assemblée générale du 27 novembre 1932, elle avait cru bon de réaffirmer son attachement à la loi Falloux[3].

Toute la presse catholique et autonomiste proteste énergiquement contre cette circulaire[4]. Par ailleurs, le 20 juillet, la Ligue des catholiques d’Alsace invite une quarantaine de personnalités catholiques, journalistes, syndicalistes, parlementaires de l’UPR et de l’APNA, à se réunir pour mettre en place un « Comité de défense religieuse »[5]. Cette initiative, dont Weydmann est à l’origine, a l’approbation de Mgr Ruch. Ce comité se donne pour but de contrer les attaques « des adversaires de la religion »[6].

Elément nouveau donc, l’UPR et l’APNA vont collaborer dans ce comité. Est-ce là l’occasion pour les deux partis de se rapprocher ? On pourrait le penser dans un premier temps, mais très vite l’aile gauche de l’UPR va donner à la contestation de la circulaire l’apparence d’une protestation globale contre la politique menée par la France en Alsace ; elle va, de plus, y associer la défense du particularisme alsacien.

C’est pourquoi le 24 septembre,  l’UPR organise seule une grande manifestation au Palais des Fêtes de Strasbourg pour protester contre « le mouvement athée et l’offensive de l’anticléricalisme ». Elle permet aux personnalités proches du Volksfront de prendre la parole, ainsi l’abbé Zemb parle de « lutte de défense de l’Alsace catholique ». On y adopte une résolution qui exige le retrait de la circulaire et on met en avant la volonté farouche de la population catholique d’éduquer sa jeunesse comme elle l’entend[7]. L’assemblée se termine d’ailleurs sur le Te deum Grosser Gott, wir loben dich.

Cette agitation apparaît bien artificielle cependant[8]. En effet, deux jours auparavant, au Conseil général du Bas-Rhin, un rapprochement s’amorçait entre les « nationaux » et l’UPR. Car, alors que Michel Walter est renouvelé à son poste de président (aucun candidat de l’APNA ou des démocrates ne se présentant contre lui), Roos, lui, n’obtient que seize voix sur trente-cinq pour l’élection à la vice-présidence[9] et il est remplacé par Ernest Koessler, membre de l’APNA. On constate alors que des conseillers APNA ont voté pour Walter, tandis que certains conseillers UPR se sont abstenus de donner leur voix à Roos.

La réaction des autonomistes ne tarde pas, et l’ELZ proteste énergiquement et critique l’UPR[10] (« Ce résultat n’a été possible que par la perte de quelques voix de l’UPR »). L’Elsässer réplique en se félicitant de l’impartialité de Michel Walter, impartialité qui permettait à des personnalités comme Oberkirch de voter pour lui[11]. La rupture entre l’UPR et les autonomistes se creuse et un changement d’alliance se profile au sein du Conseil général.

Mais c’est sans compter sur la réaction de l’aile gauche du parti, menée par Gromer…  Celle-ci propose en effet, lors de la dernière séance, un vœu concernant la circulaire La Chambre ; ce vœu rappelle les « promesses solennelles » et demande que « le gouvernement tienne compte par une nouvelle décision tant du statut en vigueur que des convictions et sentiments de notre population ». En fait, Walter avait refusé de présenter ce vœu proposé par Rossé pour les trois Conseils généraux. C’est alors Gromer, qui apprend l’existence de ce vœu par Rossé, qui s’est chargé de le présenter, malgré l’opposition de Walter[12].

Ce vœu est soumis à la question préalable par le préfet, car jugé politique. Et les vieux clivages reprennent alors le dessus : l’alliance entre l’UPR et les autonomistes se ressoude, et rejette la question préalable, l’APNA, les démocrates, les radicaux et les socialistes ne peuvent empêcher le débat. L’Elsässer constate que l’APNA, en votant « avec ceux qui considèrent cet arrêté antireligieux comme juste et équitable, avait porté un coup de poignard dans le dos du peuple chrétien d’Alsace »[13].

Dans le Haut-Rhin, un débat semblable se tient au Conseil Général. La question préalable est également repoussée et le retrait de la circulaire est demandé par quatorze voix contre trois, APNA et démocrates se contentant de s’abstenir[14]. Sturmel dénonce « l’attitude scandaleuse de l’APNA »[15] tandis que les milieux des catholiques nationaux constatent qu’aucun « rapprochement, aucune entente avec l’UPR ne paraît possible, vu que, de plus en plus, ce parti se soumet à l’influence prédominante précisément des chefs dont la politique antinationale a rendu inévitable la séparation »[16]. Le rapprochement entre APNA est l’UPR échoue donc à nouveau, à cause de l’attitude intransigeante des dirigeants de l’UPR tels que Rossé, Sturmel ou Gromer, mais aussi des dirigeants de l’APNA comme Pfleger et Haenggi[17]. Les partisans du Volksfront ont ainsi habilement su jouer avec la polémique née de  la circulaire Guy La Chambre et ont su tirer parti des rancoeurs personnelles.

Pourtant le mouvement en faveur de la défense religieuse s’estompe rapidement. La Ligue des catholiques d’Alsace a beau organiser toute une série de manifestations, le mouvement retombe quand on apprend les statistiques des demandes de dispense. Au 1er novembre 1933, par rapport au 1er novembre 1932, pour l’Alsace et la Lorraine, le nombre de dispenses n’est passé que de 643 à 1224, soit 683 demandes au lieu de 345 dans le Bas-Rhin, et 290 au lieu de 126 dans le Haut-Rhin[18].

Malgré ces chiffres, l’aile gauche tente toujours de maintenir la pression sur le gouvernement, par exemple en publiant une série de brochures et de tracts contre le « mouvement athée », l’ « école laïque », dénonçant « le plan de bataille de l’anticléricalisme contre l’école primaire d’Alsace-Lorraine »[19]. Elle n’y parviendra pas, mais se targuera d’avoir réussi à empêcher des dispenses : « Grâce à l’action énergique de tous les milieux croyants, la circulaire est restée presque sans effet aucun. Au contraire cette circulaire est devenue un référendum populaire contre l’école laïque […] ce fait ne change naturellement rien à notre attitude à l’égard de la circulaire dont nous réclamons, après cette défaite écrasante des sectaires […] l’abrogation par le gouvernement actuel »[20].

Au fond, des personnalités comme Gromer et Rossé ont cru bon de saisir l’occasion de cette circulaire malheureuse pour tenter de préserver leur influence sur l’UPR. Ils y parviennent encore, mais difficilement. L’Alsace semble bel et bien de moins en moins préoccupée par la sauvegarde de ces particularismes. Car il faut dire que la vie politique alsacienne apparaît de plus en plus nettement dominée par trois problèmes. La poussée national-socialiste en 1932, la prise de pouvoir par Hitler en 1933, sont autant d’évènements dont les conséquences touchent profondément les Alsaciens, et qui vont peser sur leur vie. Les difficultés économiques ont également des conséquences importantes, vont même entraîner des grèves et de fait, l’agitation ouvrière est de plus en plus importante.

En dernier lieu, les difficultés politiques de la France vont jouer un rôle déstabilisateur : rappelons que les trois grands partis alsaciens, l’UPR, l’APNA et les démocrates souhaitent l’existence d’un pouvoir exécutif fort. Ils voient donc d’un très mauvais œil le ballet incessant de ministères.

Le Volksfront est donc en difficulté et il doit se trouver une nouvelle orientation pour subsister. La petite crise due à la circulaire Guy La Chambre permet de constater que les problèmes traditionnels de langue et de religion persistent et que les Alsaciens restent attachés à leurs particularismes, mais le peu de remous qu’elle occasionne prouve aux plus sectaires que 1933 n’est pas 1924, et que les temps ont changé. Le Volksfront peut-il arriver à vaincre de telles difficultés ? Sa force repose sur l’action d’hommes comme Gromer ou Rossé, qui ne se résignent pas à abandonner l’option de Heimatfront, et qui ont une influence très forte sur leurs sections UPR respectives. Mais tous deux savent, et sans doute Gromer plus que Rossé, que la situation est « difficile »[21], car la majorité au sein de l’UPR est en train de leur échapper.

En effet, après le deuxième Congrès du parti démocrate, le 26 mars 1933, Charles Frey déclare qu’il ne doit pas y avoir de régime particulier en Alsace » et son parti adopte une motion dans laquelle il affirme qu’il « repousse toute ingérence de l’étranger dans les affaires alsaciennes que le parlement français est seul compétent de (sic) régler »[22]. L’UPR réagit par le biais de l’Elsässer,  en regrettant simplement que Frey renonce à tout ce qui pourrait servir le régionalisme auquel l’UPR reste fidèle, et il affirme à nouveau son attachement aux « exigences du programme de l’UPR ».

Mais l’article répète que le journal, ainsi que le parti, sont tout à fait d’accord avec de nombreuses propositions et résolutions adoptées par le parti démocrate. Il s’attache notamment à une résolution qui « s’élève contre la conclusion fausse que la langue et la nationalité doivent être placées sur un pied d’égalité et déclare que la grande majorité du peuple alsacien n’a nulle envie de retourner au doux régime allemand »[23].

On est ainsi bien loin du temps où l’UPR et l’Alsacien s’insurgeaient lorsqu’on leur demandait de se déclarer patriotes et attachés à la France. La situation a donc sensiblement changé, mais les partisans du Volksfront feront tout pour tenter d’empêcher le reclassement des partis politiques.


[1] J.O., Débats parlementaires, Chambre des députés, 4 avril 1933.

[2] CF. Annexes ou Das Elsass, IV, p. 578-579.

[3] Elsässer du 28 novembre 1932.

[4] E.K. du 13 juillet 1933 et Elsässer de la même date.

[5] Cf. BAECHLER, op. cit., p.. 459.

[6] Elsässer du 28 juillet 1933.

[7] Elsässer du 25 septembre 1933.

[8] DREYFUS, op. cit., p. 204 sqq.

[9] Poste qu’il occupait jusqu’alors.

[10] ELZ du 23 septembre 1933.

[11] Elsässer du 23 septembre 1933.

[12] Voir 6519/47  Correspondance politique de Joseph Rossé avec Gromer. 1928-1935.

-          10 lettres de Rossé ; réponses de Gromer.

La lettre du 24 septembre 1933 informe de cet épisode. Gromer se livre de bonne grâce à cette action, et ne cache pas qu’il souhaite mettre des bâtons dans les roues à Rossé.

[13] Els. 30 septembre 1933.

[14] Els. K. du 1er octobre 1933.

[15] Die Heimat de décembre 1933, p. 275-276.

[16] Résolution de l’APNA.

[17] Cf. BAECHLER, op. cit., p. 460.

[18] Les chiffres proviennent du gouvernement, puisqu’ils sont donnés à la Chambre par le Ministre, cf. J.O. séances des 26 et 27 janvier 1934..

[19] Cf. cité dans BAECHLER p. 460 les « Flugschriften der Elsässischent Volkspartei“ publiés dans Alsatia. Le tirage est important: entre 17000 et 20 000 exemplaires.

[20] Elsässer, 3 mars 1934

[21] Fonds Gromer, cote n° 6504/ c Lettre à Ignace Fahrner du 24 juillet 1934.

[22] N. J. Strasbourg, du 27 mars 1933.

[23] Elsässer, du 27 mars 1933.

Le vrai salaire d’un militaire

Après les salaires des enseignants, même si les données commencent à dater, voici les salaires de militaires, repris sur le très intéressant blog « Secret Défense » de libération, tenu par M.Jean-Dominique Merchet.

Le Bilan social 2008 de la Défense  permet de chiffrer les rémunérations mensuelles des militaires et personnels civils titulaires en chiffres nets. Le tout étant consultable sur http://www.defense.gouv.fr/sga/content/download/155607/1344954/file/bs2008_chap3.pdf

En moyenne, cela donne ceci:

Général/Amiral : 7504 euros

Colonel/Capitaine de vaisseau : 5975 euros

Lieutenant-colonel/Capitaine de frégate : 4594 euros

Commandant/Capitaine de corvette : 3898 euros

Capitaine/Lieutenant de vaisseau : 3338 euros

Lieutenant/Enseigne de vaisseau de 1ere classe : 2718 euros

Sous-lieutenant/Enseigne de vaisseau de 2ème classe : 1940 euros

Major : 2848 euros

Adjudant-chef/Maître principal : 2656 euros

Adjudant/Premier maître : 2458 euros

Sergent-chef/Maître : 2009 euros

Gendarme : 2008 euros

Sergent/Second maître : 1580 euros

Caporal-chef/Quartier maître de 1ere classe : 1576 euros

Caporal/Quartier maître de 2ème classe : 1404 euros

Soldat/Matelot breveté : 1395 euros

Maintenant, vu qu’il s’agit de moyennes, des variations peuvent sans doute se rencontrer: j’ai dans mes souvenirs quelques amis partant à l’étranger qui gagnaient bien plus que ce qui est affiché ici.

Les polémiques entre autonomistes

Pourtant, chaque incident sera l’occasion de remettre en cause les accords passés. Ainsi, lorsque le 7 janvier 1933, l’ELZ publie un article qui critique l’attitude atone des députés alsaciens, leur reprochant de ne pas défendre assez énergiquement le Volkstum, une violente polémique avec l’Elsässer s’engage alors, ce qui aggrave la césure entre les deux partis. De fait, l’Elsässer publie, les 10 et 12 janvier, deux articles très virulents et très critiques à l’égard des autonomistes, ce qui conduit la Fortschrittspartei et la Landespartei à protester dans lettre[1] adressée au président de l’UPR, dans laquelle les deux partis se demandent si « l’UPR souhaite la dissolution de la communauté de travail ». Ce débat rebondit lorsque, le 22 janvier, l’ELZ publie un article du docteur Brumder, militant autonomiste, intitulé « Notre volonté ». L’auteur affirme que les droits de l’Alsace ont été violés par la France, et que la province a le droit, si ce n’est le devoir, d’en référer à la Société des Nations. Il ajoute que les Alsaciens qui font preuve de loyalisme et « de sentiment » français ne sont, à son avis, qu’une minorité manipulée par la propagande française. Il critique à nouveau l’attitude des parlementaires alsaciens : « nos parlementaires n’osent même plus faire valoir à Paris la volonté de notre peuple, ils omettent de le faire afin d’obtenir en échange pour leurs électeurs des avantages matériels secondaires ». L’Elsässer riposte à nouveau, en disant que les députés alsaciens font leur devoir[2] et qu’il est ici question non de bonheur absolu, «  mais de la joie et de la satisfaction du fait que nous sommes débarrassés de la tyrannie germano-prusienne. Les gens qui ne sont pas de notre espèce ne peuvent évidemment comprendre cela, même s’ils ont été naturalisés ; ils n’ont le droit ni la qualification pour participer à la conduite politique de notre peuple. Les Alsaciens s’en chargeront eux-mêmes. Ils n’ont pas besoin de tuteurs ». Ils visent ici le Dr Brumder. Celui-ci réplique qu’il n’est pas naturalisé, et, refusant le débat, affirme seulement qu’il a autant le droit qu’un autre à diriger le peuple alsacien. C’est Joseph Kaestlé, rédacteur en chef de l’Elsässer, qui répond: « le droit de conduire le peuple alsacien, nous le confions à ceux qui ne doutent pas du fait que le retour de l’Alsace et de la Lorraine à la France a été la conséquence logique de la guerre mondiale et la réparation de l’injustice criante de 1871 ». Le ton est ferme, et c’est la première fois que le journal affiche aussi clairement son intention de défendre une politique alsacienne dans le cadre de la France. L’ELZ[3] aura beau souligner qu’en agissant ainsi, l’Elsässer et l’UPR mettent en péril le Heimatfront, le journal ne change rien à son attitude. Mais il faut noter l’absence de réaction de l’Elsässer Kurier qui reste plus conciliant à l’égard de la Landespartei. Ce qui contribue à l’aggravation des tensions au sein de l’UPR.

Cette polémique avec l’ELZ et la volonté de trouver un terrain d’entente avec l’APNA, vont conduire le courant hostile au Volksfront tout faire pour provoquer la rupture. D’ailleurs, le 7 janvier, le Comité directeur de l’UPR est déjà divisé sur l’attitude à adopter à l’égard de l’ELZ. Didio, Seltz, Meck et, plus important Walter, qui devient d’ailleurs une cible privilégiée du journal depuis les législatives, sont pour une réplique énergique, tandis que Gromer, Keppi et Rossé prêchent la modération, et ce dans le but de préserver la « communauté de travail »[4]. Malgré ces dissensions, le 30 janvier 1933, le bureau de la section UPR de Strasbourg se prononce à l’unanimité pour la continuation de la « communauté de travail »[5].

Le 22 mai 1933[6], pourtant, une nouvelle épreuve de force s’engage. Le comité directeur de l’UPR consacre une séance entière à la question de la « communauté de travail » avec les autonomistes et les communistes. Plusieurs problèmes sont soulevés, comme les relations avec l’Etat français et les revendications religieuses et les hésitations sont grandes. Pour Brom, par exemple, s’il est vrai qu’il faut marquer un plus grand attachement vis-à-vis de la France, si le parti adopte l’Etat français, les revendications religieuses sont menacées. Les avis sont très partagés. Lorsque Didio prend la parole, il fait de prime abord un long exposé de la situation politique en Alsace, avant de conclure en déclarant que si « la communauté de travail » avec les autonomistes et les communistes était justifiée en 1929, à présent les choses ont changé. Il exprime plusieurs appréhensions : il regrette tout d’abord l’isolement des Alsaciens, et souligne que les catholiques doivent accomplir leurs devoirs à l’égard de l’Etat, car pour lui le pire danger serait que les catholiques français ne s’éloignent des Alsaciens, s’ils en venaient à croire que la politique de l’UPR est dirigée contre la France. De plus, il craint que l’on assimile l’UPR aux autonomistes, et il termine en mettant en avant le fait que les autonomistes ont radicalisé leurs positions, et que leur politique se révèle trop hostile à l’Etat français et par conséquent, qu’elle est injustifiable. L’UPR se doit donc de changer de tactique à cause de cette attitude extrémiste des partis autonomistes.

Plusieurs autres membres du comité directeur sont également de l’avis d’abandonner le Volksfront. Ainsi Meck, qui met en avant le risque de rebuter une jeunesse catholique qui hésite à s’engager politiquement, parce qu’elle n’est pas en accord avec l’attitude jugée anti française du parti, et qu’elle ne fait pas confiance à l’APNA pour la défense des intérêts religieux. Sa grande peur serait de les voir se détourner vers les ligues. Gromer lui écrira par la suite une lettre, jamais envoyée, qui souligne que les Jeunesse-UPR rencontrent un grand succès et qu’elles sont à même de répondre aux craintes de Meck[7]. Enfin, soulignons l’attitude de Seltz, qui estime qu’il faut dès à présent mettre de côté l’aspect régional et insister sur l’implication de l’UPR dans la nation. A l’opposé, Rossé, Gromer et le curé Jérôme de Molsheim se prononcent pour la continuation de l’actuelle politique. Michel Walter, dont l’avis était attendu, décide… de ne rien décider : il ne prend pas nettement parti. De fait, aucune décision d’importance ne sera prise, mais on ne peut manquer de constater que l’épreuve de force entre les deux tendances tourne, une fois encore, à l’avantage des partisans du Volksfront.

Ceux-ci ne manquent en effet pas d’atouts. On a déjà vu le rôle qu’ont Rossé et Gromer dans les Jeunesses-UPR. Mais il en est un plus important. En fait, depuis la mort d’Haegy en mai 1932, Rossé, qui ne souffre d’aucun « contre pouvoir » au sein de l’UPR du Haut Rhin, a la main mise sur le groupe de presse du département. Et au cours de la réunion, lui et Gromer menacent de créer une édition strasbourgeoise de l’Elsässer Kurier pour imposer leurs idées politiques. Leur permettant ainsi de développer plus librement leur influence sur le Bas-Rhin et de convaincre par ce biais les Alsaciens du bien-fondé de la politique du Volksfront ; de fait, ils ne sont pas satisfaits de l’Elsässer, qu’ils jugent trop mou. Ils constatent ainsi que la ligne éditoriale du journal ne leur est pas favorable, et s’inquiètent de voir que dans le Bas-Rhin, le manque d’un organe de presse qui relaie leurs idées politiques leur fait gravement défaut. La démission de Didio du comité directeur en mai 1933 met en lumière leur succès. Cette démission était par ailleurs prévisible, car il ne s’entendait guère avec Walter : il s’est à plusieurs reprises plaint à Muller des méthodes de direction de celui-ci[8].


[1] 6519/49  Lettre d’accompagnement, signée de Paul Schall, pour la lettre adressée par la Landespartei à l’U.P.R. 1933.

[2] Elsässer, 24 janvier 1933. Voir pour cette question DREYFUS, op. cit., p 199.

[3] ELZ, 29 janvier 1933.

[4] ADBR AL 98, p. 674 n° 79.

[5] 6524/5  Correspondance Populaire. Année 1933.

-          Suite complète.

Cette information est contenue dans  les C.P. du 10 février 1933.

[6] 6518/1DossierdeGromer sur le comité directeur de l’U.P.R.
- 1 chemise.

Voir également BAECHLER, op. cit., p 456 sqq. et les ADBR AL 98, p. 674 n°79. Les Archives de l’UPR permettent d’avoir un bon aperçu également.

[7] 6518/1  Dossier de Gromer sur le comité directeur de l’U.P.R.
- 1 chemise.

Une lettre non datée, probablement de la semaine qui suit, dans laquelle il est très sarcastique.

[8] Cf. lettre de Didio à Muller du 14 mars 1932.

La crise du Volksfront et les débuts de la propagande nazie en Alsace

Il faut remarquer en premier lieu le développement de la propagande allemande[1] en Alsace, développement qui inquiète les milieux de l’UPR, notamment parce que cette propagande trouve parfois des oreilles attentives chez leurs alliés autonomistes.

En effet, l’Allemagne intensifie sensiblement sa propagande en Alsace. Tout au long de l’année 1932, le « Verein für das Deutschtum im Ausland », reprend ses actions et vise particulièrement l’Alsace. Dans sa revue Der Auslanddeutsche, en avril 1932, elle lance un appel aux Allemands pour qu’ils n’oublient pas l’Alsace-Lorraine. Elle critique vertement l’action de l’Etat français dans la province, et met en avant la politique française qui, selon elle,  prive le peuple alsacien-lorrain de se Muttersprache.

Ajoutons à ces éléments que lors du soixantième anniversaire de la fondation de l’Université Kaiser Wilhem de Strasbourg, une série de manifestations à la gloire de l’œuvre accomplie par le Reich ont lieu un peu partout en Allemagne. On cherche par le biais de l’Alsace à montrer la grandeur du Reich et les journaux allemands se font fort, par exemple, de démontrer que le niveau scientifique de l’Université de Strasbourg a baissé depuis qu’elle est redevenue française. Le gouvernement français tente de réagir, mais le président Herriot commet l’erreur de laisser à penser qu’il va reprendre la politique d’assimilation. De fait, lors de l’inauguration du barrage de Kembs, Herriot parle longuement des provocations allemandes, et rappelle qu’il ne tolérerait jamais qu’une atteinte puisse être portée à l’unité de la France. Par ailleurs, l’ELZ rappelle, le 10 octobre, le passage du discours selon lequel l’Alsace se trouve à l’extrême limite de la France[2]. Les journaux autonomistes réagissent vivement, mais ils sont également soutenus par la Germania et bientôt par l’ensemble de la presse allemande.

Mais cette propagande allemande a des effets contraires à ceux escomptés : ainsi, les Alsaciens autonomisants ont une attitude bien moins nette qu’auparavant et souvent se  détachent de l’influence allemande. L’attitude de Camille Dahlet[3] est remarquable : il est certes toujours très mécontent de l’administration française, mais il reconnaît, chose nouvelle, que les choses n’allaient pas mieux sous l’administration allemande. Plusieurs autres autonomistes vont ainsi marquer leur refus de réintégrer le Reich. Le télégramme envoyé au président du Conseil le 1er janvier 1933 par Michel Walter, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Gambetta, est plus étonnant, mais va dans le même sens : « Le conseil général du Bas-Rhin, en ce jour de cinquantenaire, rend hommage à Léon Gambetta, représentant du département à l’Assemblée nationale à Bordeaux en 1871, s’incline devant le souvenir de l’homme qui demeure aux yeux de l’Alsace le symbole de la fidélité loyale et sincère ».

Comment comprendre cette attitude de Walter ? Comment concilier ses charges de député d’un parti catholique, président du Conseil régional grâce notamment à son alliance avec les autonomistes (dont certains sont très germanophiles), avec cet hommage appuyé à celui dont on a surtout retenu la fameuse phrase : « le cléricalisme, voilà l’ennemi » ? A nouveau, il semble bel et bien que l’on assiste à une nouvelle orientation de Walter, qui, bien qu’il s’en défende dans un article de l’Elsässer du 14 janvier, amorce un rapprochement avec Paris. Si pendant longtemps l’Allemagne a joui d’une forte sympathie dans les milieux catholiques alsaciens, notamment parce que le Centre y était au pouvoir, et qu’il permettait à la pensée chrétienne de se développer largement, à présent cet attrait de la culture allemand tend à disparaître. Car de l’Allemagne, on ne retient que la victoire d’un anticléricalisme violent. Les liens avec les autonomistes / séparatistes vont donc dès lors se distendre, puisqu’ils conservent une d’entente avec l’Allemagne.

En effet, les dirigeants de la Landespartei sont bien moins catégoriques dans leurs critiques à l’égard de l’Allemagne, et c’est un euphémisme ! Ils vont tenter de profiter de chaque incident, (qu’il soit secondaire ou non) pour augmenter leur influence en Alsace. Ainsi, en février 1933, lorsqu’à la Faculté de médecine de Strasbourg, deux postes de chef de clinique sont attribués à deux anciens internes de Paris alors que dans les autres universités françaises ces postes sont réservés aux étudiants de la Faculté, l’ELZ déclare : « Nous protestons contre les tentatives de réduire le droit d’existence des indigènes […] Nous protestons contre les tentatives de présenter l’accroissement de l’emprise des étrangers comme quelque chose de naturel et d’inévitable ». Toute cette affaire est, bien entendu, très accessoire, mais elle permet à la Landespartei de profiter du mécontentement de la bourgeoisie moyenne alsacienne[4]. Le 19 mars, le parti tient son congrès, au cours duquel Roos tient un discours qui apparaît très vite comme un argumentaire pour défendre les idées national-socialistes[5]. Il y regrette également que l’UPR ne fasse pas preuve de plus de dynamisme pour défendre les droits de l’Alsace à sa langue et son régime scolaire. Il demande clairement à l’UPR de se déclarer plus nettement en faveur de l’autonomisme. La réponse viendra en plusieurs étapes.

Au sein de l’UPR, en effet, plusieurs tendances s’affrontent. A cause de l’ambiance générale, mais également en raison des enseignements que l’on tire de la victoire électorale de 1932,  la tendance hostile à la politique du Volksfront se renforce au sein de l’UPR. Sous la direction de Didio, les opposants vont peu à peu arriver à convaincre que l’opposition systématique telle que la pratiquent les communistes et les autonomistes conduit à une impasse. Pour autant, les meneurs du Volksfront que sont Gromer et Keppi vont tenter jusqu’aux derniers instants de conserver la ligne politique de 1928.

Lorsque Michel Walter a déclaré lors de la discussion du budget au conseil municipal de Strasbourg, qu’il n’y avait pas de Volksfront mais une « communauté de travail », les dirigeants de la Landespartei ont surtout retenu l’affirmation faite du caractère purement local et conjoncturel de celle-ci, et l’insistance de Walter sur le fait qu’il n’y a pas d’alliance ou d’accord de parti à parti. Aussi se sont-ils inquiétés des tractations pré-électorales qui ont eu lieu entre l’UPR et l’APNA. C’est donc une Landespartei fort mécontente qui a discuté avec l’UPR des possibles désistements dans les circonscriptions de Strasbourg I et Strasbourg-campagne. Walter appelle Gromer pour mener les discussions avec les dirigeants de la Landespartei. Ce dernier va demander à Schall et Roos de retirer leurs candidatures, dans le but de ne pas favoriser un candidat socialiste. Mais ils refusent catégoriquement, comme le montre la correspondance entre Heil, conseiller général et membre du parti autonomiste, et Gromer[6].

C’est donc le candidat socialiste Weill qui sera élu[7]. Cette affaire est révélatrice des tensions qui peuvent exister entre les partis autonomistes et l’UPR. Pour Gromer, il s’agit là d’un problème de personnes, et il n’est guère tendre avec Roos et Schall : il considère que ce dernier est un « cas pathologique », une personne qui se prend « pour un demi dieu », tandis qu’il reproche à Roos son manque de discernement et son incapacité à surmonter ses rancœurs et antipathies, particulièrement à l’égard de Walter. Il paraît dès lors évident qu’un changement de tactique s’imposera à plus ou moins brève échéance. Pourtant, la Landespartei décide, lors de ses assises du 29 mai 1932, de se maintenir dans le Volksfront. Et lors de la session d’automne du Conseil général du Bas-Rhin, l’UPR et le parti autonomiste trouvent un accord pour l’élection du bureau. Mais celui-ci est trouvé dans la douleur[8].


[1] Cf. Eccard (Frédéric) «  la propagande allemande », Revue des deux mondes, mars 1932, pp. 44 sqq et LEVY (Paul), Le germanisme à l’étranger, Strasbourg 1933.

[2] Cf. DREYFUS, op. cit., p. 196 sqq. Pour plus de détails.

[3] Cf. biographie en annexe.

[4] Cf. DREYFUS, op. cit., p. 201.

[5] ELZ du 20 mars 1933.

[6] Fonds Gromer, 6519/24  Echange de correspondance entre Charles Philippe Heil et Gromer. 1928-1937.

-         18 lettres, 2 impr

Lettre du 14 mai 1932.

[7] Elsässer du 8 septembre 1932 : « c’est grâce à l’attitude des autonomistes que ce fanatique le plus enragé de l’assimilation et cet ennemi de le plus haineux de l’Eglise a été élu ».

[8] 6518/7 b  Lettre de la Landespartei (Ross certainement) à Gromer : refus d’accord pour l’élection d’un président. 16.09.1932. Notes peu amènes  de Gromer sur la lettre.