FELIZ CUMPLEAÑOS !
La France connaît une période d’instabilité politique forte qui touche l’Alsace, et tend à mécontenter l’UPR. Le parti a, en effet, dès 1919, inscrit à son programme la réforme de la constitution et s’engage par ce biais à renforcer l’exécutif par élection directe du président de la République. Son programme préconise de même une réforme électorale par l’attribution du droit de vote aux femmes, et l’institution d’un vote familial[1].
Et l’inquiétude est grande face à l’instabilité du régime français : de mars 1933 à juin 1934, on compte cinq gouvernements dont certains ne durent qu’un mois ou deux ! Voire même moins comme le cabinet Daladier qui ne dure que quelques jours avant de disparaître dans l’émeute, le 6 février 1934. Il faut rappeler qu’au même moment, en Allemagne, on a réussi à remettre en ordre l’économie, que le chômage baisse (ce qui n’est pas le cas en Alsace, on l’a vu) et que, du point de vue politique, la continuité du pouvoir dans le Reich tranche douloureusement avec la situation française.
Face à cette crise politique française, l’UPR préconise d’aller plus loin que le projet d’accorder un droit de dissolution du président de la République « sans avis conforme » du Sénat : pour le parti catholique, il faut que « Le parlement et Paris [soient] décongestionnés. Les provinces doivent retrouver leur vie propre »[2]. La crise de février 1934 permet à l’UPR de rappeler son programme de politique intérieure[3]. La presse alsacienne, d’ailleurs, ne cache pas son mécontentement depuis janvier.
L’affaire Stavisky, d’autre part, est l’occasion pour Michel Walter de montrer, le 11 janvier lors d’un débat parlementaire, l’inquiétude provoquée en Alsace par ce scandale. Mais la crise du 6 février 1934 inquiète plus que tout autre et la démission de Daladier laisse la presse alsacienne perplexe, voire furieuse : elle accuse Daladier de n’avoir pas su trouver de réponse à la crise et de ne capituler, de ne se retirer « avec son cabinet [qu’à cause de] l’indignation populaire »[4].
L’annonce de la formation d’un gouvernement d’union nationale est accueillie avec soulagement par la presse de l’UPR. Michel Walter se félicite de cette nomination : « le pays tout entier respire depuis qu’il sait que G. Doumergue a pris les rênes du pouvoir et qu’il veut résoudre les graves problèmes actuels par une politique d’entente nationale. Avec la confiance dans le chef du gouvernement […]reviendra la confiance dans le gouvernement et la confiance dans le régime ». Il rappelle également les tâches prioritaires de ce nouveau gouvernement : épurer l’atmosphère politique par la punition de ceux qui ont participé au scandale financier, assainir les finances de l’Etat ce qui permettra de réaliser la réforme des institutions : « la voie sera alors libre pour la réalisation des réformes indispensables : introduction du scrutin proportionnel au niveau du département ou de la région, droit de vote pour les femmes, dissolution de la Chambre et nouvelles élections sur le programme de l’indispensable remaniement et modernisation de la Constitution. L’assemblée Nationale serait alors convoquée pour réaliser ce programme de modification de la Constitution »[5].
Puisque la stabilité semble retrouvée, les tentations que l’Allemagne offre à certaines parties de la population semblent écartées. L’Elsässer va noter à ce propos que « le gouvernement représente la seule, l’unique bouée de sauvetage pour le régime républicain. L’attachement de l’Alsace à un régime démocratique est de tradition. Aussi notre parti, l’UPR, d’accord avec l’écrasante majorité de la population, se déclare-t-il adversaire de tout régime qui voudrait, par des mesures fascistes, supprimer toutes les libertés individuelles. Nous voulons une France républicaine et démocratique, nous serons prêts à apporter notre concours pour la réalisation de cet idéal »[6]. L’EK, quant à lui, rejette « socialisme et fascisme comme une même violation de la liberté »[7]. Car l’Alsace est en effet bien au courant de tout ce qui se passe en Allemagne : jour après jour, les journaux mettent en avant et expliquent ce que sont les camps de concentration et la doctrine nazie.
On s’inquiète de la montée du néo-paganisme, et les formules telles que « nous sommes des travailleurs volontaires qui voulons envoyer les bonzes ecclésiastiques réfrigérés à un travail productif ou au diable » du Volksglaube[8] ne sont bien évidemment pas faites pour attirer les Alsaciens vers l’Allemagne.
Il y a également en Alsace plusieurs milliers de réfugiés fuyant l’Allemagne nazie. Ils donnent ainsi la possibilité d’être au courant de ce qui se passe dans le Reich. L’UPR est pourtant inquiète de l’écho que trouve le fascisme dans une fraction de la jeunesse[9], et va réaffirmer son attachement à la démocratie et son hostilité à la dictature. Car pour les journaux UPR, l’avènement de la dictature en France signifierait la fin du particularisme alsacien[10].
Peu avant les élections cantonales d’octobre 1934, ont lieu les évènements du 30 juin 1934, ou « nuit des longs couteaux ». Elle marque profondément les consciences alsaciennes : l’assassinat des SA, qu avaient permis à Hitler de prendre le pouvoir, soulève une vague d’indignation. Tout ceci va dominer les élections cantonales, surtout quand, Hindenburg mort, Hitler lui succède comme président du Reich.
[1] Cf. le programme de l’UPR, dont nous avons détaillé les priorités.
[2] E.K. du 25 janvier 1933.
[3] BAECHLER, op. cit., p. 470.
[4] Elsässer, du 8 février 1934.
[5] Elsässer du 10 février 1934.
[6] 16 février 1934.
[7] E.K. du 22 février 1934. Le 17 février, le journal notait ceci : « ce sont les événements d’Allemagne et d’autres Etats fascistes qui montrent le peu d’intérêt qu’ont les catholiques de souhaiter la fin du régime parlementaire ».
[8] Cité dans DREYFUS, op. cit., p. 215.
[9] 6518/2 k Invitation à l’assemblée générale de l’U.P.R. du 4.03.1934. Notes de Gromer sur des propos de Didio, relatifs à la position à prendre vis-à-vis du fascisme. 1934.
- 2 pièces.
[10] E.K. du 7 août 1935 et Elsässer du 13 août 1935.
Il est certain que l’accession d’Hitler à la Chancellerie et la remilitarisation de la Rhénanie font que l’Allemagne et sa politique extérieure sont l’une des préoccupations majeures des milieux catholiques alsaciens. De fait, l’économie alsacienne est très dépendante des relations franco-allemandes, et les tensions entre les deux pays vont vite faire souffrir la province. L’attrait de l’Allemagne va, par ailleurs, diminuer fortement.
En Alsace, l’arrivée d’Hitler à la Chancellerie n’est tout d’abord considérée que comme une péripétie dans la confusion qui règne en Allemagne, et on considère que ce que l’on appelle « l’expérience Hitler » ne peut être que de très courte durée. On craint plus l’après-Hitler, et un possible avènement du bolchevisme en Allemagne.
La presse UPRniste adopte donc tout d’abord un point de vue peu critique à l’égard de la politique d’Hitler, mais cette réserve s’explique par « la volonté de ne rien faire qui puisse porter préjudice à l’Eglise et aux catholiques d’Allemagne et leur attirer les foudres d’Hitler »[1]. Après la dissolution du Zentrum, les choses commencent pourtant à changer radicalement. L’Elsässer, par exemple, redit avec force son hostilité à la nouvelle Allemagne, « qui veut remplacer l’éthique chrétienne par l’éthique national-socialiste » et ajoute : « Nous restons les soldats du Christ. Soldats qui livrent un combat impitoyable aux francs-maçons de ce côté des Vosges, mais qui tournent également froidement le dos à l’absolutisme étatique païen d’un Hitler de l’autre côté du Rhin »[2].
L’attitude du Zentrum, qui n’a pas combattu assez virulemment le NSDAP, a déçu bien des membres de l’UPR.
L’attitude critique de l’UPR à l’égard de l’Allemagne nazie est un temps modifiée cependant par la signature du Concordat entre l’Allemagne et le Saint-Siège. Il faut dire que ce Concordat arrive alors que l’UPR et la presse alsacienne sont choqués par différentes mesures prises par le nouveau régime. En effet, à la fin de juin et juillet 1933, toute la presse alsacienne se fait l’écho des mesures prises à Munich contre les jeunes catholiques bavarois.
L’Elsässer proteste, et compare le régime nazi au pire des régimes communistes[3]. Les arrestations de prêtres et de plusieurs vicaires dans la Ruhr et à Essen, achèvent de convaincre la presse UPR de l’hostilité qu’il faut montrer au régime hitlérien. La signature du Concordat[4] complique quelque peu les choses, mais ne trompe pas les catholiques alsaciens.
Mais des journaux comme l’Elsässer Kurier défendront le texte contre leurs adversaires, qui ne retiennent du Concordat que l’interdiction de toute activité politique qui est faite aux prêtres allemands, et qui réclament de fait que l’on fasse la même chose en Alsace.
L’E.K.[5] répond qu’en « Alsace et en Lorraine, nous n’avons pas encore un Etat total, nous n’avons pas de national socialisme ». En Allemagne, « le mouvement athée est écrasé » et l’école chrétienne est garantie par l’Etat. En Alsace, par contre, les institutions chrétiennes sont toujours menacées.
L’UPR du Bas-Rhin est beaucoup moins nuancée dans son appréciation du Concordat : « on ne peut certainement pas dire de nous que nous approuvons les procédés et les méthodes de la dictature nationale socialiste. Nous n’avons jamais caché notre hostilité envers ce régime et nous l’avons condamné parce qu’il excluait toute idée démocratique.
Le concordat avec le Vatican se distingue agréablement des innombrables lois promulguées ces derniers temps en Allemagne, mais l’on peut se demander s’il sera réalisé dans toutes ses dispositions ou si ce sera seulement un chiffon de papier. Si on l’applique réellement, alors ce texte aura effectivement réalisé ce que le Zentrum revendique depuis toujours »[6].
On a pu le voir, les questions allemandes sont examinées avec un peu moins d’attention lors de l’agitation qui suit la parution de la circulaire Guy La Chambre.
Pourtant, on ne peut manquer de penser que l’échec de l’EK et du journal Die Heimat dans leur tentative pour donner plus d’ampleur au mouvement, est dû très certainement à la situation préoccupante de l’Allemagne. Les deux journaux, d’ailleurs, vont se joindre au reste de la presse UPR pour critiquer le Kulturkampf hitlérien quand il sera évident qu’Hitler n’a aucune intention de respecter le Concordat. Ainsi, la prise du pouvoir par Hitler a profondément modifié l’attitude des catholiques alsaciens : leur attachement à la France se trouve encore renforcé.
Et ce d’autant plus que la sortie de l’Allemagne de la SDN et de la Conférence du désarmement va inquiéter fortement l’UPR, très favorable à l’institution internationale et à un désarmement général[7]. L’Elsässer va, par ailleurs, consacrer plusieurs articles en novembre à une analyse de Mein Kampf, et en tirer la conclusion qu’ Hitler est partisan d’une guerre contre la France.
Par la suite, l’assassinat du chancelier Dollfuss, le 25 juillet 1934, fait sérieusement craindre une nouvelle guerre européenne. Si l’échec du coup de force national-socialiste en Autriche ravit la presse catholique, l’Elsässer estime que « le gouvernement berlinois a atteint son but, car l’adversaire le plus résolu du national-socialisme n’est plus »[8].
De plus, le journal paraît le 26 juillet bordé de noir : l’assassinat de cet homme, considéré comme le symbole du chef d’Etat catholique, est donc durement ressenti par le journal. Enfin, la fin de l’année 1934 et le début de 1935 sont placés sous le signe du plébiscite de la Sarre, qui intéresse particulièrement l’Alsace pour des raisons économiques, la Sarre étant l’un des clients les plus importants de l’agriculture alsacienne[9].
Le Conseil général du Bas-Rhin va d’ailleurs tout tenter pour préserver le débouché de la Sarre après le plébiscite, et le milieu politique alsacien interpelle à plusieurs reprises le gouvernement à ce sujet. Le résultat du plébiscite sera d’ailleurs une surprise, tant la majorité en faveur du rattachement à l’Allemagne est écrasante.
En face des partis catholiques, un certain désarroi règne chez les autonomistes. Des tensions voient en effet le jour entre la Landespartei et la Fortschrittspartei. Il semble bien, en effet, que Dahlet, chef de file des progressistes, reproche de plus en plus aux autres mouvances autonomistes d’avoir une attitude pro-hitlérienne[10].
Et par cette attitude, ils ont réussi là où le gouvernement français échoue depuis 10 ans : l’influence du parti a diminué et se retrouve réduite à une portion congrue car la majorité des alsaciens, s’ils désirent leur autonomie, ne veulent pas pour autant devenir Allemands. Et dès la mi-juin, Dahlet envoie un ultimatum à l’ELZ, dont il est le codirecteur, pour réclamer un changement d’orientation du journal, qu’il ne manque pas d’accuser d’hitlérisme. Il menace de créer un journal favorable à ses idées si l’ELZ persiste dans son attitude. De fait, Dahlet est un démocrate, très hostile à tout ce qui touche au nazisme, et il cherche, péniblement, à trouver une voie pour l’idée autonomiste, sans risquer de voir celle-ci confondue avec le nazisme.
Dès le 16 septembre, la séparation est réalisée : l’ELZ annonce que Dahlet ne fait plus parti de sa direction politique et fait état de graves divergences entre Hauss et Dahlet (sans en révéler la teneur, mais elle est évidente). Dahlet prend alors la direction de la revue Neue Zukunft.
C’est un fait intéressant, car sous l’influence de la politique intérieure allemande, et du changement politique que connaît ce pays, on assiste à un reclassement des forces autonomistes. L’avènement d’Hitler à la Chancellerie a profondément bouleversé le paysage politique en Alsace. Dans une large mesure, l’influence des autonomistes a diminué, et l’isolement de certaines grandes figures du mouvement est patent.
[1] BAECHLER, op. cit., p. 483.
[2] Elsässer du 11 juillet 1933. « Autant nous nous sentons liés du point de vue philosophique avec les catholiques allemands, autant nous repoussons l’orientation prise par la Germania (favorable au régime nazi). On n’insulte pas, on ne maltraite pas des ecclésiastiques et l’Eglise. On n’abandonne pas « l’ascète crucifié » aux vieillards et aux malades. […] La persécution des israélites en Allemagne a été déjà bien grave ; quiconque cherche à en approfondir les causes réelles trouve finalement d’autres motifs philosophiques, religieux ou même racistes […] On constate exclusivement un esprit de Kulturkampf […] Les nazis veulent remplacer l’éthique chrétienne par l’éthique national-socialiste. Qu’on ne vienne pas nous dire que Von Papen est en train de conclure un Concordat avec le Saint-Siège. Certes, il y aura Concordat […] certes Rome fera de grands sacrifices […] mais les vérités éternelles de la religion et de la Sainte Eglise catholique n’en seront pas touchés et c’est à elles que nous tiendrons. C’est pourquoi nous opposons notre « non » au « oui » de la nouvelle Germania et à la nouvelle orientation de l’Allemagne hitlérienne. Nous luttons contre la franc-maçonnerie d’au-delà des Vosges, mais nous luttons aussi contre l’absolutisme païen d’un Hitler de l’autre côté du Rhin ».
[3] Elsässer du 19 juin 1933.
[4] Cf. le texte du Concordat en annexe.
[5] EK. Du 21 juillet 1933.
[6] Elsässer du 21 juillet 1933.
[7] BARTHOLME, Le problème du désarmement (1929-1935) vu par trois journaux alsaciens, Strasbourg, 1977, 139p. dactyl..
[8] Elsässer du 27 juillet 1934.
[9] 6503/2 Dossier de Gromer sur la question de la Sarre.
- 1 dossier avec correspondance
[10] La France de l’Est du 15 juin 1933 et Le Messager d’Alsace du 20 juin.
Il convient tout d’abord de revenir plus en détail sur la crise économique et sociale qui se développe en France, et qui fait sentir ses effets très tôt en Alsace. La question de l’Allemagne, avec la victoire d’Hitler aux élections de 1933 amène également des bouleversements politiques en Alsace, qu’il convient d’examiner.
1) La situation de l’Alsace La crise économique et sociale[1]
L’Alsace, comme nous l’avons fait remarquer, est touchée plus tôt que le reste de la France par la crise. Dès 1929, le textile connaît de graves difficultés du fait de la perte des marchés extérieurs, occasionnée par le manque de liquidités des pays acquéreurs. Le chômage augmente de fait et passe de quelques centaines à près de 4800 de septembre 1931 à janvier 1932. Le nombre de chômeurs partiels étant de près de 40 000[2]. En octobre 1934, durant la session du Conseil général du Haut-Rhin, on cite les chiffres de 6423 chômeurs complets et 26 000 chômeurs partiels. Le Bas-Rhin, quant à lui, semble moins touché par la crise, mais on compte tout de même 4300 chômeurs en 1936[3].
L’UPR s’inquiète assez rapidement de la situation. Dès septembre 1931, l’E.K. s’interroge dans une série d’articles de septembre 1931 sur les causes de la crise économique en Alsace, et croit trouver en la politique d’assimilation la cause de tous les maux économiques de l’Alsace[4]. La « colonisation » de l’industrie et du système bancaire alsacien par les groupes français et étrangers est directement visée.
Le parti catholique réclame assez rapidement une protection douanière plus efficace[5] et préconise, sinon un rapprochement franco-allemand[6], du moins une action énergique en Alsace car la perte des débouchés de la Sarre inquiète fortement.
Pourtant, ce qui a surtout inquiété l’UPR, ce sont les difficultés qui touchent ses électeurs, et particulièrement les agriculteurs. En effet, dès 1930, le cours des produits agricoles à la production baisse. Avec d’une part l’augmentation de ses tarifs douaniers, puis, d’autre part, la perte du débouché agricole de la Sarre, l’agriculture est dans une mauvaise passe. L’union douanière demandée par Sturmel répond à ce problème, et il sera suivi par le Conseil général du Haut-Rhin, qui en émet également le vœu en novembre 1935. L’UPR se préoccupe également du pouvoir d’achat de ses électeurs, et demande toute une série de mesures pour le relever : abattement des prix des engrais, des machines agricoles, réduction des prix de l’électricité, des transports…
Dans son ensemble, l’UPR rejette de la même manière les excès du capitalisme et du socialisme, et, lors de l’Assemblée générale de l’UPR du Bas-Rhin, le 22 septembre 1935, Walter fait une déclaration dans laquelle il stigmatise l’échec du libéralisme économique et il déclare « que le salut ne viendra que de la construction d’un nouvel ordre économique qui prendra pour base l’organisation de corporations »[7].
L’UPR va également insister sur la réforme régionale pour l’économie alsacienne et française. Ce sera par ailleurs l’un des arguments avancés dans la proposition de loi de Michel Walter de 1934[8].
[1] 6506/8 Dossier de Gromer : économie sociale en Alsace.
- 1 chemise avec quelques coupures de presse.
Très intéressé par la question, il ne donne pourtant pas de « programme économique » dans ses archives. Mais il reste compétent pour ces questions, il fera par ailleurs parti du « groupement alsacien de vigilance et d’action économique », lancé en mai 1938. Ce groupement sera présidé provisoirement par Rossé, avec qui Gromer entretient une correspondance suivie. Il regroupera un certain nombre de personnalités comme Walter, Wallach, Oberkirch, Ruillier (directeur de la Société alsacienne d’industrie cotonnière), J. Wenger Valentin, administrateur délégué du Crédit industriel d’Alsace et de Lorraine etc…
[2] Cf. BAECHLER, op. cit., p. 467. Et voir Die Heimat de mai 1932, p. 154-159.
[3] A. BRAUN, L’avenir alsacien et l’expérience du Front Populaire, Paris 1938, p. 53.
[4] Cette série d’article est regroupée sous le titre « Notwendige Bemerkungen zur Wirtschaftskrise in Elsass-Lothringen ». Elle sera par ailleurs publiée sous forme de brochure comme n° 5 des « Flugschriften der Elsässischen Volkspartei » d’Alsatia.
[5] J.O. du 1er mars 1932, p. 981 sqq.
[6] Ibidem, p. 986, Sturmel fait cette proposition, et il est très critiqué par Meck, pour qui «jamais le moment de réaliser une union douanière n’a été aussi défavorable et malencontreux ».
[7] Elsässer du 23 septembre 1935.
[8] Le texte prévoyat une Assemblée régionale dont le statut serait celui des conseils généraux : un délégué par canton élu pour six ans avec renouvellement de l’Assemblée par moitié tous les trois ans. Les pouvoirs de cette Assemblée seraient ceux des conseils généraux élargis en matière de travaux publics et de problèmes d’intérêt régional. Voir le Nouv. J. Strasbourg, 6 juin 1934.
La question scolaire va très vite s’inviter à nouveau dans le paysage alsacien. Et elle ne va pas manquer de soulever de nouvelles difficultés. Guy La Chambre, sous-secrétaire d’Etat chargé des questions d’Alsace-Lorraine dans le premier cabinet de Daladier, s’oppose à plusieurs reprises aux autonomistes, notamment à l’ELZ.
Ainsi, lors d’un débat à la commission d’Alsace-Lorraine de la Chambre des députés, il défend la politique gouvernementale en Alsace, et trouve inadmissibles les propos de l’ELZ qui présentait les instituteurs comme des « assassins des âmes des enfants ». Même des personnalités comme Rossé et Stürmel désavouent le journal autonomiste et s’accordent avec le gouvernement. On peut croire à une détente dans les relations entre l’Etat et l’Alsace. Malgré cela, le 3 avril 1933, un grand débat a lieu à la Chambre[1] et Dahlet va y dénoncer l’existence de fonds secrets que le gouvernement utilise pour lutter contre les tendances autonomisantes et il s’attaque avec virulence à l’administration française en Alsace et à M. Valot, responsable des services d’Alsace-Lorraine.
Le discours le plus violent fut pourtant prononcé par Maurice Thorez : pour lui l’Alsace est « sous le joug », et il appelle les Alsaciens à participer à la lutte « contre l’impérialisme français »! La question alsacienne est donc toujours en suspens.
La question de la dispense d’enseignement religieux intervient peu après. Rappelons que la victoire du Cartel des gauches n’a pas manqué d’inquiéter à l’UPR. Car il existe un certain nombre de partisans de l’école laïque, regroupés dans des associations comme La Ligue des droits de l’homme, La Ligue de l’enseignement, etc… qui font porter leurs efforts sur la question de la dispense de l’enseignement religieux.
Le caractère obligatoire de l’enseignement a certes été assoupli, mais les milieux laïques vont s’adresser à Guy La Chambre pour qu’il simplifie les formalités de dispense. Ce dernier trouve la demande raisonnable, et il envoie une circulaire, le 17 juin 1933, au recteur de l’Académie de Strasbourg, circulaire qui permet la dispense de l’enseignement religieux sur simple déclaration des parents ou tuteurs : « Au lieu d’une demande écrite de dispense adressée soit au Recteur pour l’enseignement secondaire, soit au Sous-Préfet pour l’enseignement primaire, il y aura lieu, à l’avenir, d’admettre dans tous les cas, la déclaration faite au chef de l’établissement par les parents ou les tuteurs que les enfants ne suivront pas l’enseignement religieux. Cette déclaration emportera immédiatement ses effets, sans qu’elle soit soumise à décision d’une autorité administrative ou scolaire»[2].
Or, lors du débat parlementaire, certains députés ont demandé le maintien du régime scolaire et le respect de la langue allemande. Le député Burrus déclare même à cet instant qu’en accordant ces deux éléments, on ferait disparaître à court terme la germanophilie et l’esprit autonomiste, ce serait même porter un coup à ce dernier. Mais la politique de Guy La Chambre va dans le sens contraire. La circulaire est portée à la connaissance du public le 12 juillet : l’UPR y était préparée, car depuis longtemps elle s’est inquiétée de la propagande laïque et lors de l’Assemblée générale du 27 novembre 1932, elle avait cru bon de réaffirmer son attachement à la loi Falloux[3].
Toute la presse catholique et autonomiste proteste énergiquement contre cette circulaire[4]. Par ailleurs, le 20 juillet, la Ligue des catholiques d’Alsace invite une quarantaine de personnalités catholiques, journalistes, syndicalistes, parlementaires de l’UPR et de l’APNA, à se réunir pour mettre en place un « Comité de défense religieuse »[5]. Cette initiative, dont Weydmann est à l’origine, a l’approbation de Mgr Ruch. Ce comité se donne pour but de contrer les attaques « des adversaires de la religion »[6].
Elément nouveau donc, l’UPR et l’APNA vont collaborer dans ce comité. Est-ce là l’occasion pour les deux partis de se rapprocher ? On pourrait le penser dans un premier temps, mais très vite l’aile gauche de l’UPR va donner à la contestation de la circulaire l’apparence d’une protestation globale contre la politique menée par la France en Alsace ; elle va, de plus, y associer la défense du particularisme alsacien.
C’est pourquoi le 24 septembre, l’UPR organise seule une grande manifestation au Palais des Fêtes de Strasbourg pour protester contre « le mouvement athée et l’offensive de l’anticléricalisme ». Elle permet aux personnalités proches du Volksfront de prendre la parole, ainsi l’abbé Zemb parle de « lutte de défense de l’Alsace catholique ». On y adopte une résolution qui exige le retrait de la circulaire et on met en avant la volonté farouche de la population catholique d’éduquer sa jeunesse comme elle l’entend[7]. L’assemblée se termine d’ailleurs sur le Te deum Grosser Gott, wir loben dich.
Cette agitation apparaît bien artificielle cependant[8]. En effet, deux jours auparavant, au Conseil général du Bas-Rhin, un rapprochement s’amorçait entre les « nationaux » et l’UPR. Car, alors que Michel Walter est renouvelé à son poste de président (aucun candidat de l’APNA ou des démocrates ne se présentant contre lui), Roos, lui, n’obtient que seize voix sur trente-cinq pour l’élection à la vice-présidence[9] et il est remplacé par Ernest Koessler, membre de l’APNA. On constate alors que des conseillers APNA ont voté pour Walter, tandis que certains conseillers UPR se sont abstenus de donner leur voix à Roos.
La réaction des autonomistes ne tarde pas, et l’ELZ proteste énergiquement et critique l’UPR[10] (« Ce résultat n’a été possible que par la perte de quelques voix de l’UPR »). L’Elsässer réplique en se félicitant de l’impartialité de Michel Walter, impartialité qui permettait à des personnalités comme Oberkirch de voter pour lui[11]. La rupture entre l’UPR et les autonomistes se creuse et un changement d’alliance se profile au sein du Conseil général.
Mais c’est sans compter sur la réaction de l’aile gauche du parti, menée par Gromer… Celle-ci propose en effet, lors de la dernière séance, un vœu concernant la circulaire La Chambre ; ce vœu rappelle les « promesses solennelles » et demande que « le gouvernement tienne compte par une nouvelle décision tant du statut en vigueur que des convictions et sentiments de notre population ». En fait, Walter avait refusé de présenter ce vœu proposé par Rossé pour les trois Conseils généraux. C’est alors Gromer, qui apprend l’existence de ce vœu par Rossé, qui s’est chargé de le présenter, malgré l’opposition de Walter[12].
Ce vœu est soumis à la question préalable par le préfet, car jugé politique. Et les vieux clivages reprennent alors le dessus : l’alliance entre l’UPR et les autonomistes se ressoude, et rejette la question préalable, l’APNA, les démocrates, les radicaux et les socialistes ne peuvent empêcher le débat. L’Elsässer constate que l’APNA, en votant « avec ceux qui considèrent cet arrêté antireligieux comme juste et équitable, avait porté un coup de poignard dans le dos du peuple chrétien d’Alsace »[13].
Dans le Haut-Rhin, un débat semblable se tient au Conseil Général. La question préalable est également repoussée et le retrait de la circulaire est demandé par quatorze voix contre trois, APNA et démocrates se contentant de s’abstenir[14]. Sturmel dénonce « l’attitude scandaleuse de l’APNA »[15] tandis que les milieux des catholiques nationaux constatent qu’aucun « rapprochement, aucune entente avec l’UPR ne paraît possible, vu que, de plus en plus, ce parti se soumet à l’influence prédominante précisément des chefs dont la politique antinationale a rendu inévitable la séparation »[16]. Le rapprochement entre APNA est l’UPR échoue donc à nouveau, à cause de l’attitude intransigeante des dirigeants de l’UPR tels que Rossé, Sturmel ou Gromer, mais aussi des dirigeants de l’APNA comme Pfleger et Haenggi[17]. Les partisans du Volksfront ont ainsi habilement su jouer avec la polémique née de la circulaire Guy La Chambre et ont su tirer parti des rancoeurs personnelles.
Pourtant le mouvement en faveur de la défense religieuse s’estompe rapidement. La Ligue des catholiques d’Alsace a beau organiser toute une série de manifestations, le mouvement retombe quand on apprend les statistiques des demandes de dispense. Au 1er novembre 1933, par rapport au 1er novembre 1932, pour l’Alsace et la Lorraine, le nombre de dispenses n’est passé que de 643 à 1224, soit 683 demandes au lieu de 345 dans le Bas-Rhin, et 290 au lieu de 126 dans le Haut-Rhin[18].
Malgré ces chiffres, l’aile gauche tente toujours de maintenir la pression sur le gouvernement, par exemple en publiant une série de brochures et de tracts contre le « mouvement athée », l’ « école laïque », dénonçant « le plan de bataille de l’anticléricalisme contre l’école primaire d’Alsace-Lorraine »[19]. Elle n’y parviendra pas, mais se targuera d’avoir réussi à empêcher des dispenses : « Grâce à l’action énergique de tous les milieux croyants, la circulaire est restée presque sans effet aucun. Au contraire cette circulaire est devenue un référendum populaire contre l’école laïque […] ce fait ne change naturellement rien à notre attitude à l’égard de la circulaire dont nous réclamons, après cette défaite écrasante des sectaires […] l’abrogation par le gouvernement actuel »[20].
Au fond, des personnalités comme Gromer et Rossé ont cru bon de saisir l’occasion de cette circulaire malheureuse pour tenter de préserver leur influence sur l’UPR. Ils y parviennent encore, mais difficilement. L’Alsace semble bel et bien de moins en moins préoccupée par la sauvegarde de ces particularismes. Car il faut dire que la vie politique alsacienne apparaît de plus en plus nettement dominée par trois problèmes. La poussée national-socialiste en 1932, la prise de pouvoir par Hitler en 1933, sont autant d’évènements dont les conséquences touchent profondément les Alsaciens, et qui vont peser sur leur vie. Les difficultés économiques ont également des conséquences importantes, vont même entraîner des grèves et de fait, l’agitation ouvrière est de plus en plus importante.
En dernier lieu, les difficultés politiques de la France vont jouer un rôle déstabilisateur : rappelons que les trois grands partis alsaciens, l’UPR, l’APNA et les démocrates souhaitent l’existence d’un pouvoir exécutif fort. Ils voient donc d’un très mauvais œil le ballet incessant de ministères.
Le Volksfront est donc en difficulté et il doit se trouver une nouvelle orientation pour subsister. La petite crise due à la circulaire Guy La Chambre permet de constater que les problèmes traditionnels de langue et de religion persistent et que les Alsaciens restent attachés à leurs particularismes, mais le peu de remous qu’elle occasionne prouve aux plus sectaires que 1933 n’est pas 1924, et que les temps ont changé. Le Volksfront peut-il arriver à vaincre de telles difficultés ? Sa force repose sur l’action d’hommes comme Gromer ou Rossé, qui ne se résignent pas à abandonner l’option de Heimatfront, et qui ont une influence très forte sur leurs sections UPR respectives. Mais tous deux savent, et sans doute Gromer plus que Rossé, que la situation est « difficile »[21], car la majorité au sein de l’UPR est en train de leur échapper.
En effet, après le deuxième Congrès du parti démocrate, le 26 mars 1933, Charles Frey déclare qu’il ne doit pas y avoir de régime particulier en Alsace » et son parti adopte une motion dans laquelle il affirme qu’il « repousse toute ingérence de l’étranger dans les affaires alsaciennes que le parlement français est seul compétent de (sic) régler »[22]. L’UPR réagit par le biais de l’Elsässer, en regrettant simplement que Frey renonce à tout ce qui pourrait servir le régionalisme auquel l’UPR reste fidèle, et il affirme à nouveau son attachement aux « exigences du programme de l’UPR ».
Mais l’article répète que le journal, ainsi que le parti, sont tout à fait d’accord avec de nombreuses propositions et résolutions adoptées par le parti démocrate. Il s’attache notamment à une résolution qui « s’élève contre la conclusion fausse que la langue et la nationalité doivent être placées sur un pied d’égalité et déclare que la grande majorité du peuple alsacien n’a nulle envie de retourner au doux régime allemand »[23].
On est ainsi bien loin du temps où l’UPR et l’Alsacien s’insurgeaient lorsqu’on leur demandait de se déclarer patriotes et attachés à la France. La situation a donc sensiblement changé, mais les partisans du Volksfront feront tout pour tenter d’empêcher le reclassement des partis politiques.
[1] J.O., Débats parlementaires, Chambre des députés, 4 avril 1933.
[2] CF. Annexes ou Das Elsass, IV, p. 578-579.
[3] Elsässer du 28 novembre 1932.
[4] E.K. du 13 juillet 1933 et Elsässer de la même date.
[5] Cf. BAECHLER, op. cit., p.. 459.
[6] Elsässer du 28 juillet 1933.
[7] Elsässer du 25 septembre 1933.
[8] DREYFUS, op. cit., p. 204 sqq.
[9] Poste qu’il occupait jusqu’alors.
[10] ELZ du 23 septembre 1933.
[11] Elsässer du 23 septembre 1933.
[12] Voir 6519/47 Correspondance politique de Joseph Rossé avec Gromer. 1928-1935.
- 10 lettres de Rossé ; réponses de Gromer.
La lettre du 24 septembre 1933 informe de cet épisode. Gromer se livre de bonne grâce à cette action, et ne cache pas qu’il souhaite mettre des bâtons dans les roues à Rossé.
[13] Els. 30 septembre 1933.
[14] Els. K. du 1er octobre 1933.
[15] Die Heimat de décembre 1933, p. 275-276.
[16] Résolution de l’APNA.
[17] Cf. BAECHLER, op. cit., p. 460.
[18] Les chiffres proviennent du gouvernement, puisqu’ils sont donnés à la Chambre par le Ministre, cf. J.O. séances des 26 et 27 janvier 1934..
[19] Cf. cité dans BAECHLER p. 460 les « Flugschriften der Elsässischent Volkspartei“ publiés dans Alsatia. Le tirage est important: entre 17000 et 20 000 exemplaires.
[20] Elsässer, 3 mars 1934
[21] Fonds Gromer, cote n° 6504/ c Lettre à Ignace Fahrner du 24 juillet 1934.
[22] N. J. Strasbourg, du 27 mars 1933.
[23] Elsässer, du 27 mars 1933.
Pourtant, chaque incident sera l’occasion de remettre en cause les accords passés. Ainsi, lorsque le 7 janvier 1933, l’ELZ publie un article qui critique l’attitude atone des députés alsaciens, leur reprochant de ne pas défendre assez énergiquement le Volkstum, une violente polémique avec l’Elsässer s’engage alors, ce qui aggrave la césure entre les deux partis. De fait, l’Elsässer publie, les 10 et 12 janvier, deux articles très virulents et très critiques à l’égard des autonomistes, ce qui conduit la Fortschrittspartei et la Landespartei à protester dans lettre[1] adressée au président de l’UPR, dans laquelle les deux partis se demandent si « l’UPR souhaite la dissolution de la communauté de travail ». Ce débat rebondit lorsque, le 22 janvier, l’ELZ publie un article du docteur Brumder, militant autonomiste, intitulé « Notre volonté ». L’auteur affirme que les droits de l’Alsace ont été violés par la France, et que la province a le droit, si ce n’est le devoir, d’en référer à la Société des Nations. Il ajoute que les Alsaciens qui font preuve de loyalisme et « de sentiment » français ne sont, à son avis, qu’une minorité manipulée par la propagande française. Il critique à nouveau l’attitude des parlementaires alsaciens : « nos parlementaires n’osent même plus faire valoir à Paris la volonté de notre peuple, ils omettent de le faire afin d’obtenir en échange pour leurs électeurs des avantages matériels secondaires ». L’Elsässer riposte à nouveau, en disant que les députés alsaciens font leur devoir[2] et qu’il est ici question non de bonheur absolu, « mais de la joie et de la satisfaction du fait que nous sommes débarrassés de la tyrannie germano-prusienne. Les gens qui ne sont pas de notre espèce ne peuvent évidemment comprendre cela, même s’ils ont été naturalisés ; ils n’ont le droit ni la qualification pour participer à la conduite politique de notre peuple. Les Alsaciens s’en chargeront eux-mêmes. Ils n’ont pas besoin de tuteurs ». Ils visent ici le Dr Brumder. Celui-ci réplique qu’il n’est pas naturalisé, et, refusant le débat, affirme seulement qu’il a autant le droit qu’un autre à diriger le peuple alsacien. C’est Joseph Kaestlé, rédacteur en chef de l’Elsässer, qui répond: « le droit de conduire le peuple alsacien, nous le confions à ceux qui ne doutent pas du fait que le retour de l’Alsace et de la Lorraine à la France a été la conséquence logique de la guerre mondiale et la réparation de l’injustice criante de 1871 ». Le ton est ferme, et c’est la première fois que le journal affiche aussi clairement son intention de défendre une politique alsacienne dans le cadre de la France. L’ELZ[3] aura beau souligner qu’en agissant ainsi, l’Elsässer et l’UPR mettent en péril le Heimatfront, le journal ne change rien à son attitude. Mais il faut noter l’absence de réaction de l’Elsässer Kurier qui reste plus conciliant à l’égard de la Landespartei. Ce qui contribue à l’aggravation des tensions au sein de l’UPR.
Cette polémique avec l’ELZ et la volonté de trouver un terrain d’entente avec l’APNA, vont conduire le courant hostile au Volksfront tout faire pour provoquer la rupture. D’ailleurs, le 7 janvier, le Comité directeur de l’UPR est déjà divisé sur l’attitude à adopter à l’égard de l’ELZ. Didio, Seltz, Meck et, plus important Walter, qui devient d’ailleurs une cible privilégiée du journal depuis les législatives, sont pour une réplique énergique, tandis que Gromer, Keppi et Rossé prêchent la modération, et ce dans le but de préserver la « communauté de travail »[4]. Malgré ces dissensions, le 30 janvier 1933, le bureau de la section UPR de Strasbourg se prononce à l’unanimité pour la continuation de la « communauté de travail »[5].
Le 22 mai 1933[6], pourtant, une nouvelle épreuve de force s’engage. Le comité directeur de l’UPR consacre une séance entière à la question de la « communauté de travail » avec les autonomistes et les communistes. Plusieurs problèmes sont soulevés, comme les relations avec l’Etat français et les revendications religieuses et les hésitations sont grandes. Pour Brom, par exemple, s’il est vrai qu’il faut marquer un plus grand attachement vis-à-vis de la France, si le parti adopte l’Etat français, les revendications religieuses sont menacées. Les avis sont très partagés. Lorsque Didio prend la parole, il fait de prime abord un long exposé de la situation politique en Alsace, avant de conclure en déclarant que si « la communauté de travail » avec les autonomistes et les communistes était justifiée en 1929, à présent les choses ont changé. Il exprime plusieurs appréhensions : il regrette tout d’abord l’isolement des Alsaciens, et souligne que les catholiques doivent accomplir leurs devoirs à l’égard de l’Etat, car pour lui le pire danger serait que les catholiques français ne s’éloignent des Alsaciens, s’ils en venaient à croire que la politique de l’UPR est dirigée contre la France. De plus, il craint que l’on assimile l’UPR aux autonomistes, et il termine en mettant en avant le fait que les autonomistes ont radicalisé leurs positions, et que leur politique se révèle trop hostile à l’Etat français et par conséquent, qu’elle est injustifiable. L’UPR se doit donc de changer de tactique à cause de cette attitude extrémiste des partis autonomistes.
Plusieurs autres membres du comité directeur sont également de l’avis d’abandonner le Volksfront. Ainsi Meck, qui met en avant le risque de rebuter une jeunesse catholique qui hésite à s’engager politiquement, parce qu’elle n’est pas en accord avec l’attitude jugée anti française du parti, et qu’elle ne fait pas confiance à l’APNA pour la défense des intérêts religieux. Sa grande peur serait de les voir se détourner vers les ligues. Gromer lui écrira par la suite une lettre, jamais envoyée, qui souligne que les Jeunesse-UPR rencontrent un grand succès et qu’elles sont à même de répondre aux craintes de Meck[7]. Enfin, soulignons l’attitude de Seltz, qui estime qu’il faut dès à présent mettre de côté l’aspect régional et insister sur l’implication de l’UPR dans la nation. A l’opposé, Rossé, Gromer et le curé Jérôme de Molsheim se prononcent pour la continuation de l’actuelle politique. Michel Walter, dont l’avis était attendu, décide… de ne rien décider : il ne prend pas nettement parti. De fait, aucune décision d’importance ne sera prise, mais on ne peut manquer de constater que l’épreuve de force entre les deux tendances tourne, une fois encore, à l’avantage des partisans du Volksfront.
Ceux-ci ne manquent en effet pas d’atouts. On a déjà vu le rôle qu’ont Rossé et Gromer dans les Jeunesses-UPR. Mais il en est un plus important. En fait, depuis la mort d’Haegy en mai 1932, Rossé, qui ne souffre d’aucun « contre pouvoir » au sein de l’UPR du Haut Rhin, a la main mise sur le groupe de presse du département. Et au cours de la réunion, lui et Gromer menacent de créer une édition strasbourgeoise de l’Elsässer Kurier pour imposer leurs idées politiques. Leur permettant ainsi de développer plus librement leur influence sur le Bas-Rhin et de convaincre par ce biais les Alsaciens du bien-fondé de la politique du Volksfront ; de fait, ils ne sont pas satisfaits de l’Elsässer, qu’ils jugent trop mou. Ils constatent ainsi que la ligne éditoriale du journal ne leur est pas favorable, et s’inquiètent de voir que dans le Bas-Rhin, le manque d’un organe de presse qui relaie leurs idées politiques leur fait gravement défaut. La démission de Didio du comité directeur en mai 1933 met en lumière leur succès. Cette démission était par ailleurs prévisible, car il ne s’entendait guère avec Walter : il s’est à plusieurs reprises plaint à Muller des méthodes de direction de celui-ci[8].
[1] 6519/49 Lettre d’accompagnement, signée de Paul Schall, pour la lettre adressée par la Landespartei à l’U.P.R. 1933.
[2] Elsässer, 24 janvier 1933. Voir pour cette question DREYFUS, op. cit., p 199.
[3] ELZ, 29 janvier 1933.
[4] ADBR AL 98, p. 674 n° 79.
[5] 6524/5 Correspondance Populaire. Année 1933.
- Suite complète.
Cette information est contenue dans les C.P. du 10 février 1933.
[6] 6518/1DossierdeGromer sur le comité directeur de l’U.P.R.
- 1 chemise.
Voir également BAECHLER, op. cit., p 456 sqq. et les ADBR AL 98, p. 674 n°79. Les Archives de l’UPR permettent d’avoir un bon aperçu également.
[7] 6518/1 Dossier de Gromer sur le comité directeur de l’U.P.R.
- 1 chemise.
Une lettre non datée, probablement de la semaine qui suit, dans laquelle il est très sarcastique.
[8] Cf. lettre de Didio à Muller du 14 mars 1932.
Il faut remarquer en premier lieu le développement de la propagande allemande[1] en Alsace, développement qui inquiète les milieux de l’UPR, notamment parce que cette propagande trouve parfois des oreilles attentives chez leurs alliés autonomistes.
En effet, l’Allemagne intensifie sensiblement sa propagande en Alsace. Tout au long de l’année 1932, le « Verein für das Deutschtum im Ausland », reprend ses actions et vise particulièrement l’Alsace. Dans sa revue Der Auslanddeutsche, en avril 1932, elle lance un appel aux Allemands pour qu’ils n’oublient pas l’Alsace-Lorraine. Elle critique vertement l’action de l’Etat français dans la province, et met en avant la politique française qui, selon elle, prive le peuple alsacien-lorrain de se Muttersprache.
Ajoutons à ces éléments que lors du soixantième anniversaire de la fondation de l’Université Kaiser Wilhem de Strasbourg, une série de manifestations à la gloire de l’œuvre accomplie par le Reich ont lieu un peu partout en Allemagne. On cherche par le biais de l’Alsace à montrer la grandeur du Reich et les journaux allemands se font fort, par exemple, de démontrer que le niveau scientifique de l’Université de Strasbourg a baissé depuis qu’elle est redevenue française. Le gouvernement français tente de réagir, mais le président Herriot commet l’erreur de laisser à penser qu’il va reprendre la politique d’assimilation. De fait, lors de l’inauguration du barrage de Kembs, Herriot parle longuement des provocations allemandes, et rappelle qu’il ne tolérerait jamais qu’une atteinte puisse être portée à l’unité de la France. Par ailleurs, l’ELZ rappelle, le 10 octobre, le passage du discours selon lequel l’Alsace se trouve à l’extrême limite de la France[2]. Les journaux autonomistes réagissent vivement, mais ils sont également soutenus par la Germania et bientôt par l’ensemble de la presse allemande.
Mais cette propagande allemande a des effets contraires à ceux escomptés : ainsi, les Alsaciens autonomisants ont une attitude bien moins nette qu’auparavant et souvent se détachent de l’influence allemande. L’attitude de Camille Dahlet[3] est remarquable : il est certes toujours très mécontent de l’administration française, mais il reconnaît, chose nouvelle, que les choses n’allaient pas mieux sous l’administration allemande. Plusieurs autres autonomistes vont ainsi marquer leur refus de réintégrer le Reich. Le télégramme envoyé au président du Conseil le 1er janvier 1933 par Michel Walter, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Gambetta, est plus étonnant, mais va dans le même sens : « Le conseil général du Bas-Rhin, en ce jour de cinquantenaire, rend hommage à Léon Gambetta, représentant du département à l’Assemblée nationale à Bordeaux en 1871, s’incline devant le souvenir de l’homme qui demeure aux yeux de l’Alsace le symbole de la fidélité loyale et sincère ».
Comment comprendre cette attitude de Walter ? Comment concilier ses charges de député d’un parti catholique, président du Conseil régional grâce notamment à son alliance avec les autonomistes (dont certains sont très germanophiles), avec cet hommage appuyé à celui dont on a surtout retenu la fameuse phrase : « le cléricalisme, voilà l’ennemi » ? A nouveau, il semble bel et bien que l’on assiste à une nouvelle orientation de Walter, qui, bien qu’il s’en défende dans un article de l’Elsässer du 14 janvier, amorce un rapprochement avec Paris. Si pendant longtemps l’Allemagne a joui d’une forte sympathie dans les milieux catholiques alsaciens, notamment parce que le Centre y était au pouvoir, et qu’il permettait à la pensée chrétienne de se développer largement, à présent cet attrait de la culture allemand tend à disparaître. Car de l’Allemagne, on ne retient que la victoire d’un anticléricalisme violent. Les liens avec les autonomistes / séparatistes vont donc dès lors se distendre, puisqu’ils conservent une d’entente avec l’Allemagne.
En effet, les dirigeants de la Landespartei sont bien moins catégoriques dans leurs critiques à l’égard de l’Allemagne, et c’est un euphémisme ! Ils vont tenter de profiter de chaque incident, (qu’il soit secondaire ou non) pour augmenter leur influence en Alsace. Ainsi, en février 1933, lorsqu’à la Faculté de médecine de Strasbourg, deux postes de chef de clinique sont attribués à deux anciens internes de Paris alors que dans les autres universités françaises ces postes sont réservés aux étudiants de la Faculté, l’ELZ déclare : « Nous protestons contre les tentatives de réduire le droit d’existence des indigènes […] Nous protestons contre les tentatives de présenter l’accroissement de l’emprise des étrangers comme quelque chose de naturel et d’inévitable ». Toute cette affaire est, bien entendu, très accessoire, mais elle permet à la Landespartei de profiter du mécontentement de la bourgeoisie moyenne alsacienne[4]. Le 19 mars, le parti tient son congrès, au cours duquel Roos tient un discours qui apparaît très vite comme un argumentaire pour défendre les idées national-socialistes[5]. Il y regrette également que l’UPR ne fasse pas preuve de plus de dynamisme pour défendre les droits de l’Alsace à sa langue et son régime scolaire. Il demande clairement à l’UPR de se déclarer plus nettement en faveur de l’autonomisme. La réponse viendra en plusieurs étapes.
Au sein de l’UPR, en effet, plusieurs tendances s’affrontent. A cause de l’ambiance générale, mais également en raison des enseignements que l’on tire de la victoire électorale de 1932, la tendance hostile à la politique du Volksfront se renforce au sein de l’UPR. Sous la direction de Didio, les opposants vont peu à peu arriver à convaincre que l’opposition systématique telle que la pratiquent les communistes et les autonomistes conduit à une impasse. Pour autant, les meneurs du Volksfront que sont Gromer et Keppi vont tenter jusqu’aux derniers instants de conserver la ligne politique de 1928.
Lorsque Michel Walter a déclaré lors de la discussion du budget au conseil municipal de Strasbourg, qu’il n’y avait pas de Volksfront mais une « communauté de travail », les dirigeants de la Landespartei ont surtout retenu l’affirmation faite du caractère purement local et conjoncturel de celle-ci, et l’insistance de Walter sur le fait qu’il n’y a pas d’alliance ou d’accord de parti à parti. Aussi se sont-ils inquiétés des tractations pré-électorales qui ont eu lieu entre l’UPR et l’APNA. C’est donc une Landespartei fort mécontente qui a discuté avec l’UPR des possibles désistements dans les circonscriptions de Strasbourg I et Strasbourg-campagne. Walter appelle Gromer pour mener les discussions avec les dirigeants de la Landespartei. Ce dernier va demander à Schall et Roos de retirer leurs candidatures, dans le but de ne pas favoriser un candidat socialiste. Mais ils refusent catégoriquement, comme le montre la correspondance entre Heil, conseiller général et membre du parti autonomiste, et Gromer[6].
C’est donc le candidat socialiste Weill qui sera élu[7]. Cette affaire est révélatrice des tensions qui peuvent exister entre les partis autonomistes et l’UPR. Pour Gromer, il s’agit là d’un problème de personnes, et il n’est guère tendre avec Roos et Schall : il considère que ce dernier est un « cas pathologique », une personne qui se prend « pour un demi dieu », tandis qu’il reproche à Roos son manque de discernement et son incapacité à surmonter ses rancœurs et antipathies, particulièrement à l’égard de Walter. Il paraît dès lors évident qu’un changement de tactique s’imposera à plus ou moins brève échéance. Pourtant, la Landespartei décide, lors de ses assises du 29 mai 1932, de se maintenir dans le Volksfront. Et lors de la session d’automne du Conseil général du Bas-Rhin, l’UPR et le parti autonomiste trouvent un accord pour l’élection du bureau. Mais celui-ci est trouvé dans la douleur[8].
[1] Cf. Eccard (Frédéric) « la propagande allemande », Revue des deux mondes, mars 1932, pp. 44 sqq et LEVY (Paul), Le germanisme à l’étranger, Strasbourg 1933.
[2] Cf. DREYFUS, op. cit., p. 196 sqq. Pour plus de détails.
[3] Cf. biographie en annexe.
[4] Cf. DREYFUS, op. cit., p. 201.
[5] ELZ du 20 mars 1933.
[6] Fonds Gromer, 6519/24 Echange de correspondance entre Charles Philippe Heil et Gromer. 1928-1937.
- 18 lettres, 2 impr
Lettre du 14 mai 1932.
[7] Elsässer du 8 septembre 1932 : « c’est grâce à l’attitude des autonomistes que ce fanatique le plus enragé de l’assimilation et cet ennemi de le plus haineux de l’Eglise a été élu ».
[8] 6518/7 b Lettre de la Landespartei (Ross certainement) à Gromer : refus d’accord pour l’élection d’un président. 16.09.1932. Notes peu amènes de Gromer sur la lettre.
1) L’abbé Gromer dans la ville de Haguenau
Comme nous l’avons vu, la ville de Haguenau reste profondément attachée à la politique menée par l’abbé Gromer et Walter, qu’elle vient de réélire. Pourtant à Haguenau, les tensions nées du Heimatbund, si elles se sont un temps apaisées, commencent à se raviver à partir de 1932. Et l’opposition retrouve de la voix et recommence à critiquer le rôle de Jean Keppi et de l’abbé Gromer dans la ville.
Cette critique de l’hégémonie de l’UPR se fait à travers les articles de Désiré Brumbt dans la page locale des Neueste Nachrichten (Dernières nouvelles). S’il est évident que l’opposition n’était pas en reste pour tenter de contrer l’UPR dans la ville, l’élément nouveau est que l’Unterländer, journal UPR de la ville, met, cette fois-ci, une attention particulière à répondre aux Neueste Nachichten, qui attaquent principalement l’action et la gestion de la municipalité. C’est que l’affaire est d’importance.
Il y a tout d’abord une polémique financière. En effet, la ville connaît en 1932 un déficit budgétaire de plus d’un million et demi de francs. Ce déficit est principalement lié à la chute des prix du bois et, en pleine période de crise et de ralentissement économique, ne paraît somme toute pas si extraordinaire si on le compare à celui d’autres villes. Pourtant, Désiré Brumbt saisit cette occasion pour remettre en cause la gestion de la municipalité et plus particulièrement l’action de Keppi, qu’il accuse de mener une politique de luxe en cette période économique difficile, ce qui conduit à une augmentation des impôts locaux. Il a beau jeu d’exposer l’exemple de l’ancien maire Nessel, maire de 1870 à 1902, qu’il présente comme un champion de l’économie et de la gestion municipale. Jean Keppi lui répondra en quatre « épisodes », par le biais de l’Unterländer[1], dans lesquels il fait le choix de manier ironie et sérieux. Ironie, car il se moque de Brumbt, qu’il ne « savait pas doué en économie » et le titre qu’il choisit « Herr Brumbt als lokaler Finanzhistoriker » ne manque pas de piquant. Mais il essaie également d’y démontrer que l’administration municipale actuelle ne mène pas une politique de luxe et que pour équilibrer le budget, elle a simplement vendu quelques titres, un terrain et augmenté légèrement les impôts ; actions somme toute assez légères si on les compare à l’ampleur de la crise. Mais en plus il s’ingénie à démontrer que, contrairement à ce qu’affirme Brumbt, Nessel n’était pas un aussi bon gestionnaire que cela, puisqu’il avait lui aussi utilisé les mêmes procédés et cela dans une part bien plus large alors que les problèmes économiques étaient moins importants alors. La polémique entre les deux hommes enflent, mais tous deux resteront sur leurs positions, ayant acquis une haine tenace l’un pour l’autre.
Ce qui est intéressant dans ce débat, ce n’est évidemment pas de savoir qui a raison, mais de constater que ce n’est pas le chargé du budget de la municipalité qui répond, mais le secrétaire de mairie, Jean Keppi. Il mène seul une campagne de contre-attaque très bien informée et à aucun moment le maire, ou les conseillers municipaux, n’interviennent (si ce n’est pour calmer les deux protagonistes), alors qu’eux aussi sont visés par les accusations. On a donc la confirmation que c’est bel et bien Jean Keppi qui a la main mise sur les finances de la ville. Puisque, certes le secrétaire de mairie présente le budget, mais il ne devrait pas en être le seul architecte. Et il semble bien que cela soit le cas dans la ville.
C’est aussi la première fois que l’opposition tente une manœuvre de discrédit d’une telle ampleur contre l’UPR. Les Neueste Nachrichten se présentent comme un journal neutre, mais sont tout de même très proches des milieux de l’APNA et démocrates, aux côtés desquels elles se présentent aux municipales de 1935. Cette polémique n’est bien entendu qu’un petit exemple des nombreuses querelles qui opposent les deux factions. Mais l’on voit peu à peu apparaître une nouvelle donnée de la vie municipale, à savoir l’accroissement de l’influence des Neueste Nachrichten. Le fait que l’Unterländer, qui auparavant ne prenait pas la peine de répondre aux traits lancés par les NN, y réponde cette fois-ci, laisse à pense que l’opposition commence à bénéficier d’une audience non négligeable. Elle semble ainsi petit à petit se structurer autour d’un homme, Désiré Brumbt, qui en tant que rédacteur dans les NN dispose de ces pages comme tribune pour les futures élections.
La création d’une section locale des Jeunesse-UPR[2]
En 1928, on assiste à Colmar à la création du premier groupe de « Jeunes-UPR », de tendance plutôt régionaliste. Il voit le jour au moment même ou Mgr Ruch interdit aux cercles de jeunes gens catholiques de se mêler de politique, ce qui n’est bien évidemment pas un hasard. Dès l’origine, ce mouvement affirme « son appartenance à l’UPR »[3] et son soutien à son programme, mais prend bien soin d’insister tout particulièrement sur les problèmes de défense de la Heimat. Jusqu’en 1931, le développement de ces groupes est relativement lent : pas plus d’une centaine de jeunes dans la région de Colmar, par exemple[4]. Mais le 16 août 1931, lors de la première assemblée régionale qui a lieu près de Ribeauvillé, on décide de créer une fédération, qui sera provisoirement présidée par Rossé, et de publier un organe, qui paraîtra une à deux fois par mois dans les journaux catholiques comme l’Unterländer, à partir de 1932. C’est le point de départ d’une croissance rapide, la publicité offerte par ces journaux permettant de faire connaître le mouvement jusque dans les campagnes les plus reculées. Les Jeunesses UPR sont ouvertes aux jeunes de 16 à 28 ans, mais le Comité directeur insère un article qui précise qu’à partir de 21 ans, les jeunes UPR sont automatiquement inscrits dans le parti. Il s’agit par cette manœuvre de signifier la dépendance du mouvement et d’éviter qu’une organisation autonome ne se développe à l’intérieur même du parti. De plus, les JUPR sont organisées en sections locales, regroupées en régions (au nombre de onze en 1938) avec à leur tête une fédération ; l’adhésion se fait par recommandation, cooptation et paiement d’une cotisation mensuelle.
La création de la section haguenovienne est assez tardive[5]. La réunion constitutive, à laquelle vont participer de nombreuses personnalités de premier plan de la section UPR locale, dont Keppi, le maire Weiss et Gromer, a lieu le 2 juillet 1932 au restaurant « Au Raisin » et le rédacteur de l’édition locale de l’Unterländer, Ritter, est élu président du groupe. Lors de son discours d’intronisation, il rappelle les buts des Jeunesses UPR, (qui seront par ailleurs définitivement définis par le comité directeur du parti le 13 octobre 1933 :
1) Former les jeunes à la politique et les diriger dans l’étude des problèmes qui touchent la Heimat alsacienne.
2) Les intégrer dans l’organisation politique de l’UPR
3) développer chez les jeunes l’esprit de solidarité et de camaraderie, ainsi que le combat au service de la Heimat.
Puis il appelle les jeunes à s’investir dans la propagation des idéaux de l’UPR, par la distribution de tracts ou le porte-à-porte.
Il faut toutefois noter l’absence de renseignements sur le nombre des membres qui constituent la section ainsi que leur âge ou origine sociale. Mais la forte activité de la section pendant les années (multiples réunions, foule nombreuse…) qui suivent laisse à penser que le groupe est relativement bien étoffé, et surtout extrêmement dynamique.
Conformément aux buts fixés, les activités consistent en des exposés suivis de débats sur des questions d’actualité telles que le particularisme alsacien, les méfaits qu’occasionnerait une nouvelle guerre, la situation politique alsacienne, française, etc… Ces allocutions sont très souvent faites par des personnages de premier plan de la vie haguenovienne. Ainsi Keppi et le maire Weiss sont présents à de nombreuses réunions, auxquelles participent également l’adjoint Pfister et bien entendu Ritter comme président de la section. L’abbé Gromer, quant à lui, est quasiment tout le temps présent, ses exposés sont fréquents dès 1932 et vont se faire encore plus nombreux par après. Gromer trouve auprès de ces jeunes une tribune très favorable à sa politique du Volksfront[6], et ses discours font une forte impression sur ces jeunes. Car, en effet, il devient très vite évident que les JUPR sont très favorables à l’accentuation de certains aspects du programme de l’UPR, notamment les revendications régionales et le pacifisme. Sur le plan alsacien par exemple, elles vont préconiser, à la suite de leur président Rossé et avec l’appui de Gromer, jusqu’en 1938, la constitution d’un large front alsacien. Il faut également souligner les revendications constantes pour la paix et le rapprochement franco-allemand, dont il sera par ailleurs question à l’assemblée d’Hirsingue en 1933[7]. Enfin, les JUPR ont également pour mission de diffuser la presse catholique, en l’occurrence l’Unterländer, et chaque année un prix est remis à la section qui a apporté le plus grand nombre de nouveaux lecteurs.
Mais en ce qui concerne les activités, il faut également parler des rassemblements régionaux des JUPR qui ont lieu une fois par an. Et, en 1934, cette manifestation a lieu à Haguenau. D’après l’Unterländer[8], elle réunit environ 2500 jeunes qui défilent dans les rues en uniforme, chemise grise et béret basque, après un service religieux (Protestant et catholique)[9]. L’après midi est consacré à une réunion à la Halle aux Houblons au cours de laquelle on vote une résolution sous forme de profession de foi au programme de l’UPR.
Les commentaires de la presse adverse sont assez concordants, dans la mesure où de nombreuses voix s’élèvent pour comparer ces jeunes en uniforme aux jeunesses nazies, l’Humanité parlant d’ailleurs de rassemblement « cléricalo-militaire »[10]. Il est bien entendu cependant que le mouvement est très différent de celui du national-socialisme, même si l’encadrement relève par certains aspects d’une discipline bien militaire !
L’intérêt principal des jeunesses UPR pour la section locale du parti est que grâce à elle, le parti renforce son assise et assure le renouvellement futur de ses membres. Mais ces jeunes apportent également un soutien logistique lors des élections, par la distribution de tracts, par la publicité qu’ils font au parti au sein de leur famille… Ce groupe représente un terreau favorable aux idées autonomisantes de Gromer et lui confère une plus grande assise dans la ville et dans la section UPR, il n’est pas rare d’ailleurs que les JUPR de Haguenau critiquent les options jugées trop « molles » des députés UPR. Gromer, par ailleurs va voir son influence dans les JUPR renforcée : il devient à partir de 1935 le « théoricien » de toutes les JUPR d’Alsace.
De plus, dans un long article en trois parties de l’Unterländer[11], il détaille les actions et les buts des JUPR. Il part ainsi du Moyen-Age pour montrer qu’il y a toujours eu dans la jeunesse une aspiration à la Renaissance et à la Réforme, ce qui lui permet de distinguer les aspirations des jeunes de son époque : pour lui, à la lumière des rassemblements de jeunesses de 1934, les jeunes générations ne se contentent plus de réformes : elles veulent rajeunir l’Etat, le reconstruire, et n’ont pas peur d’espérer un « bouleversement » (Umwälzung) complet. L’abbé Gromer pose ici la question du renouvellement de l’Etat, rendu incontournable à cause de la corruption de la démocratie (voir les affaires qui touchent la IIIème république) et des désordres engendrés par le capitalisme. Pourtant, aux grands débats nationaux, il dit préférer rester dans « sa propre maison », et c’est pourquoi il se propose de détailler trois réponses occasionnées par les questionnements suivants :
Qu’est ce que la jeunesse alsacienne a à attendre des mouvements de jeunesse de la France de l’intérieur?
Qu’est ce que les jeunes peuvent trouver dans les rangs de l’UPR ?
Que peuvent attendre les anciens du parti de ces jeunes ?
Il y détaille en premier lieu que les jeunes alsaciens sont confrontés à des difficultés bien particulières et que, bien que l’Alsace fasse partie intégrante de l’Etat français, elle a une vie politique bien à elle. Pour autant, les instances françaises ne comprennent pas la situation en Alsace et ce n’est pas vers les mouvements comme les Jeunesse Patriotes ou les Camelots qu’il faut se tourner pour trouver une solution. Il faut au contraire que les jeunes alsaciens se méfient de tous les mouvements révolutionnaires ; car s’il faut craindre le chaos, et les conséquences de la crise économique, il ne faut pas s’en prendre à la démocratie. Au contraire, il faut que tout soit fait pour que les libertés des individus s’accordent avec « l’intérêt général », et ce, sous l’autorité de l’état. Il appelle ainsi la jeunesse à assainir la démocratie, et à s’instruire des valeurs « communiquées par nos pères » : l’ordre, le devoir…
Par ailleurs, il montre que les jeunes doivent aussi inscrire leur activité politique dans le cadre de l’Alsace. Il faut que les Jeunesses alsaciennes prennent conscience de l’importance des revendications régionalistes, et s’investissent dans la défense des particularismes. Pour lui, le reproche de ne pas faire preuve d’un horizon assez large n’est pas justifié. Il n’y a pas de « tour d’Ivoire » dans lequel se terre l’autonomisme. S’il a tant défendu les particularismes alsaciens justement pour que les jeunes s’y sentent bien.
Il démontre également que pour lui, les jeunes, en adéquation avec les « vieux » du parti, veulent un Etat fort et fermement dirigé et que les inimitiés personnelles cessent en Alsace. Il dévoile ici une part de son programme politique en 1935 : sa volonté de donner à l’UPR, en s’appuyant sur les jeunesses-UPR, une ligne politique plus claire, qui conserve une partie du programme de l’UPR (renforcement des pouvoir de l’exécutif français) tout en revendiquant une ligne plus régionaliste.
Enfin, il conclut en montrant que l’ancienne et la nouvelle génération doivent donner ensemble la preuve qu’elles ont les yeux ouverts sur le monde, et qu’elles comptent bien y jouer un rôle essentiel. Et ceci passe par l’affirmation du particularisme alsacien, que tout membre de l’UPR doit défendre, sans se laisser impressionner par les accusations d’antipatriotisme de la France, de la même manière que les admonestations du « gendarme allemand » n’ont pas effrayé leurs aînés.
Le mouvement apparaît comme un moyen pour Rossé et Gromer de faire pression sur la direction de l’UPR, afin qu’elle relance une politique alsacienne plus active ; et dans cette mesure, les JUPR sont un élément de radicalisation de la politique de l’UPR. Soulignons également que ce groupement a une fonction secondaire, celle d’éviter que ces jeunes ne soient attirés par des idées plus radicales, comme les mouvements autonomistes ou les ligues, qui ne manquent pas en retour d’attaquer le mouvement. Pour preuve, les assauts répétées, et sans conséquence réelle, des Jeunesses patriotes à partir de 1935, qui reprochent leur reprochent essentiellement de « renforcer les partis politiques, vieille formule désuète et surannée »[12].
Cette organisation des Jeunesses-UPR est donc un formidable moyen pour la faction autonomisante de l’UPR de renforcer son influence sur le parti. Pourtant, la politique du Volksfront est de plus en plus critiquée au sein du parti catholique. Et la position de Gromer, Rossé et Keppi se fragilise d’autant.
[1] Unterländer n° 139 à 146, 1932.
[2] Cf. Fonds Gromer cote 6502/7 Documentation de Gromer sur la Jung-Volkspartei.
- 1 chemise
Ainsi que la lettre de Rossé du 4 février 1933 annotée par Gromer, fonds Gromer n° 6500/3 i
[3] BAECHLER, op. cit., p. 605.
[4] ADBR AL 98 p. 674.
[5] Unterländer n° 154/1932.
[6] Zur Orientierung innerhalb der UPR und ihrer Junggruppen, Haguenau, 1934 ou cf. 6502/7 Documentation de Gromer sur la Jung-Volkspartei.
[7] Unterländer n° 122/ 1933.
[8] Idem n°110.
[9] Voir les photographies contenues dans Histoire de Haguenau, JP Grasser, op. cit. p.241.
[10] Idem, n° 114-115
[11] Unterländer du 23 mars 1935
[12] Jeune Patriote A., 5 février 1935.
A Haguenau, la section cantonale de l’UPR a été réorganisée à la fin de l’année 1929[1]. A partir de cet instant, il apparaît que les réunions se font de plus en plus fréquentes, preuve d’un regain d’activité. Gromer et Walter y font ainsi de fréquentes allocutions et se font régulièrement renouveler la confiance, lors de votes sur diverses résolutions prises[2]. Ils travaillent donc très souvent de concert ; Walter prie en effet très souvent Gromer de préparer avec lui les réunions puis de l’accompagner.
Ainsi, le 20 mars 1932, lors de la réunion des délégués de la circonscription, l’abbé Gromer propose Michel Walter comme candidat de l’UPR, et celui-ci est désigné à l’unanimité[3]. On voit bien la différence avec les précédentes élections législatives, où Gromer et Walter s’opposaient ! Walter a pourtant tenu en grande partie ses promesses, et il a à plusieurs reprises soutenu le Volksfront ; dès lors, du fait de cet accord, aucun candidat autonomiste ne se présente dans la circonscription.
La campagne est très intense : de nombreuses réunions sont organisées dans tous les villages de la circonscription, et l’abbé Gromer sera en maintes occasions aux côtés du candidat. Celui-ci y développe plus particulièrement le thème de la défense religieuse et reproche notamment à l’APNA de faire passer l’intérêt national avant l’intérêt religieux : si la critique est connue, elle fait très forte impression dans les petits villages. Il détaille également quels sont les moyens mis en pratique par l’UPR pour défendre la politique du Volksfront ainsi que ses propositions pour sortir le canton des divers problèmes économiques[4], les environs de Haguenau étant particulièrement touchés par la crise du bois et du houblon.
Il y développe également les thèmes de la lutte contre les partis de gauche en leur reprochant, bien entendu, leur anticléricalisme, mais il prend bien soin de développer sa volonté de défendre les revendications sociales des ouvriers.
Michel Walter a cinq concurrents. La candidature de Léon Ginter, déjà candidat aux municipales, sous l’étiquette APNA-démocrates, n’est pas surprenante. L’UPR lui reproche cependant d’avoir joué un rôle important lors de la dissolution de 1928, puisqu’il l’appelait de ses vœux, et le présente à ce titre comme un adversaire de la défense des droits religieux[5]. Les autres candidatures sont celles de Möhn pour le parti communiste, de Hincker pour les socialistes, tous deux déjà présents lors des élections précédentes, de Doriath pour le parti communiste alsacien et enfin Wurch comme candidat indépendant. Il est à noter que l’Elz fait campagne pour Doriath, ce qui soulève le mécontentement de la section UPR de Haguenau, et l’abbé Gromer ne manquera pas de souligner sa désapprobation. Mais cette candidature de Doriath ne peut en aucun cas être comparée à celle de Hauss : le candidat communiste n’a que très peu de soutien dans la ville et il n’est pas aussi connu.
A l’issue du premier tour, Walter possède une solide avance, avec environ 46% des voix. Ginter arrive en seconde position avec près de 20%, ce qui prouve que l’APNA n’est pas en reste dans cette circonscription pourtant bien tenue par l’UPR, même si elle n’est pas en mesure d’inquiéter Walter. Les autres candidats ont en deçà des 15% (SFIO : 13.6%, PC : 12.3%, PCAL : 4.9%, Indépendants : 2.9%)
Aucun candidat ne se désiste pour le second tour, et c’est donc fort logiquement que Walter est élu, avec d’ailleurs 700 voix de plus qu’en 1928. Aussi, malgré une abstention en hausse (2500 votants en moins), Walter, entre les deux tours, améliore son score de 1200 voix, tandis que celui de l’APNA s’effondre. On peut dès lors se demander si Walter n’a pas bénéficié du report des voix de l’APNA, sans avoir pourtant passé d’accord. Il est par ailleurs très intéressant de constater que la présence d’un concurrent catholique national a moins de conséquence que celle d’un concurrent autonomiste d’importance, bénéficiant de soutiens. En 1928, Walter n’avait obtenu que 40 % des suffrages au premier tour et 58 au second, alors qu’en 1932, il obtient respectivement 46 et 63%. Le choix de s’entendre avec les personnalités autonomisantes de la ville, comme Gromer, porte donc ces fruits ; les partis autonomistes n’ont, dans la ville, aucune influence sans l’aide de ce dernier et de Keppi.
Au total, grâce à sa meilleure implantation, l’UPR a réussi à contenir les assauts des catholiques nationaux. Cependant, il s’affirme de plus en plus comme un parti essentiellement rural. Dans les régions urbaines et industrielles autour de Mulhouse ou Strasbourg, l’UPR n’a qu’une influence très faible. Les bons résultats de l’UPR se rencontrent dans les régions rurales traditionnelles, où une population croyante suit le clergé, et dans les villes faiblement industrialisées. L’APNA, quant à elle, n’a pas réussi à développer son influence. Les succès qu’elle remporte sont surtout « liés au poids personnel de ses candidats et à leur influence »[6]. Par ailleurs, à la lecture de ces résultats, on se rend compte que l’autonomisme est un phénomène essentiellement bas-rhinois. Dans ce département, les autonomistes font campagne à « visage découvert », et ils présentent cinq candidats sur les neuf circonscriptions: à Saverne (Dahlet), Sélestat (Hauss), Strasbourg-campagne (Roos), Strasbourg I (Schall) et Wissembourg (Heil). Et les résultats montrent qu’ils sont relativement bien implantés dans les arrondissements de Sélestat, Wissembourg et Strasbourg-campagne. Pour M. Dreyfus, l’autonomisme apparaît comme très lié à la pratique de la langue allemande, puisqu’il constate que c’est dans les régions où l’on parle le moins français que les autonomistes ont réalisé leurs meilleurs scores[7]. Mais il constate également que l’influence des autonomistes a été encore plus forte dans les cantons protestants, et ceci très certainement en raison du « poids culturel que représente l’allemand dans ces régions luthériennes ».
Ces élections nous montrent par ailleurs que les Alsaciens ne sont pas prêts, en 1932, à accepter le laïcisme : en effet, les partis anticléricaux ont été mis en échec un peu partout. De plus, en votant majoritairement pour l’UPR, l’Alsace a prouvé son attachement à son statut particulier sur les plans religieux, administratif et linguistique. Mais ce succès du parti catholique met également en lumière le désir de la population de rester dans le cadre de la France. L’autonomisme, le séparatisme, essuient des revers cinglants: le fait que ni Roos, ni Hauss ne soient arrivés à se faire élire marque l’échec de leur politique.
[1] Unterländer, n°223-246-253-271/ 1929
[2] Unterländer n° 223-264/ 1929.
[3] Idem n°68/1932
[4] Idem n° 96-101/ 1932
[5] Idem n°92-95/ 1932
[6] DREYFUS, op. cit., p. 186.
[7] Idem, p. 193.