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L’Entre-deux-guerres en Alsace (9) “L’affaire de Haguenau” 1927-28

Le Premier tour a lieu le 26 février 1928. La participation sera très forte : 93%. La majorité absolue est de 1606 voix. 17 membres de la liste UPR sont élus, alors que les meilleurs scores de l’opposition seront de moins de 1600 voix. L’Unterländer titrera «  Das Urteil des Volkes » (le verdict du peuple) et l’Elsässer « Bravo aux catholiques de Haguenau …Vous avez sauvé la citadelle »

Georges Weiss enverra à Poincaré un télégramme dans lequel il affirme l’attachement de la population à la France. La situation semble toutefois un peu évoluer dans le reste de la France, puisque des journaux comme La Victoire, par le biais d’un article de Gustave Hervé, dira en substance que ni Haguenau, ni la section UPR de Haguenau ne sont autonomiste (il faut comprendre séparatistes), mais qu’ils désirent tout simplement défendre le catholicisme.

Au second tour il n’y a plus que la liste de L’UPR. Georges Weiss sera réélu maire, et son deuxième adjoint, Victor Casper, affirme rejeter l’emprise de la laïcité tout comme l’autonomisme «  Il n’y en a pas un parmi nous qui songe un seul instant à une séparation de l’Alsace avec notre mère patrie et à des sentiments autonomistes. Nous sommes tous français, sincèrement et loyalement, sans pour cela cesser d’être alsaciens. Nous confessons, en outre nos opinions chrétiennes et religieuses, et combattrons tout ce qui s’opposera à nos principes. »

L’UPR sort ainsi grand vainqueur de ces élections, et peut dès lors se présenter comme le porte-parole des revendications alsaciennes. Toutefois un certain nombre de tensions au sein même du parti se sont peu à peu révélées. Elles vont éclater peu après. Car l’affaire de Haguenau revêt une importance primordiale pour l’UPR car c’est l’instant ou la rupture entre une extrême gauche du parti automisante et l’extrême droite nationaliste va se concrétiser.

Car des personnalités comme le comte de Leusse, Haenggi, Kleinhaus (ces deux derniers étant membres du comité directeur de l’UPR) ont fait campagne pour la liste d’entente nationale, opposée à celle de l’UPR. D’un autre côté l’aile autonomisante a conclu un accord avec les communistes, afin d’établir la troisième liste de dernière minute, manœuvre habile qui a permis cette victoire.

De plus au cours de la campagne électorale, les dirigeants communistes ont soutenu officiellement la liste Weiss. Il semble que Keppi, en accord avec Gromer, soit à l’origine de ce dernier accord, bien que des journaux comme S’Elsass dénoncent « l’immoralité d’une alliance électorale avec les communistes ». L’abstention de Michel Walter, qui n’a pas soutenu la liste Weiss lors des élections, aura bien des conséquences, sur lesquelles il convient à présent de revenir.

C’est peu dire qu’il y a eu beaucoup d’incompréhension de la part du gouvernement lors de cette crise. Les journaux nationaux ne comprennent pas cette affaire, et ne comprennent pas l’attitude des habitants qui devaient tant à la France, puisqu’il est par exemple à rappeler que la ville doit son développement économique en grande part grâce à la caserne militaire installée sur son sol. Gromer y sera bien souvent décrit comme un fanatique haineux, un « démon », et il subira de plein fouet une campagne de calomnie savamment orchestrée par ses adversaires.

Déjà notons que les rapports qu’entretenaient Gromer avec le préfet se sont dégradés, puisque celui-ci, furieux lui dira en février 1928, refusant de lui serrer la main, « Votre situation n’est pas claire ». Le préfet refusera par la suite de collaborer avec lui, et Gromer radicalisera lui aussi sa position, refusant à présent les invitations de la préfecture à différentes cérémonies.

Les diffamations vont se multiplier : les uns le décrivent au bras d’une femme et jurent de posséder une photo pour le prouver, les autres, père… Un dossier sera même constitué. C’est ainsi que lors d’une visite à Mgr Kretz, Gromer apprendra la constitution de ce dossier, réalisé semble t’il par le Sénateur Eugène Muller, qui pourtant, lors d’une entrevue avec Gromer en février 1928, assure n’avoir rien fait contre ce dernier, dossier dont la publication débutera s’il ne se retire pas de la vie politique. Les relations avec le Sénateur sont ambiguës, lors d’une réunion à laquelle assiste Gromer, un homme le prend à parti et lui fait comprendre que le Sénateur aurait dit « désapprouver l’abbé Gromer et ses propos violents et communistes ».

Ce à quoi Gromer répond dans un courrier au sénateur qu’il ne « tolérera pas que l’on [le] lâche à la critique d’individus louches ». On l’accuse ainsi, “preuves” à l’appui, de mener une vie immorale, d’avoir un enfant, une maîtresse régulière, et même, chose incongrue, d’avoir tenté de voler une statuette à Mme Nessel

On le voit, un peu de tout donc. Gromer sera même attaqué par ses confrères qui l’accuseront de mauvaise conduite dans son travail en 1921. C’est tout un homme que l’on cherche ainsi à abattre. L’abbé, en homme intègre, mais soucieux de son image, va mener ainsi une véritable enquête pour récuser les accusations, et s’engagera même à se retirer de toute activité (politique, mais également au musée de Haguenau…) si sa culpabilité est prouvée. T

outes ces calomnies, et malgré la victoire de L’UPR aux élections municipales, le laisseront meurtris ; et il déclarera qu’il a été « traîné dans la boue journellement, menacé, torturé sans cesse », ce qui va le conduire à radicaliser son point de vue, et tout faire pour que l’UPR se dote d’un programme encore plus régionaliste, avec comme but ultime de se détacher de l’aile droite du mouvement. Il garde également une rancune tenace envers Walter. Et c’est lors des élections législatives de 1928 dans la circonscription de Haguenau que cette volonté va se manifester.


25 août 2008 - Posté par Homere | Histoire, Politique | , , , , | Pas encore de commentaires

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