L’Entre-deux-guerres en Alsace (10) “L’affaire de Haguenau” 1927-28
Michel Walter est désigné comme candidat UPR de la circonscription. Né en 1884 à Haguenau, professeur de mathématiques et de sciences naturelles, il participe à la fondation de l’UPR en 1919. Candidat déjà aux élections législatives de 1919 et 1924 il sera toujours parmi les candidats les mieux placés sur les listes d’Union nationale. Son parcours politique est difficile à suivre, tant et si bien qu’à l’époque il portait le surnom de girouette…
A l’origine, il se situe à l’aile gauche du parti, comme Gromer et Keppi, mais sa ligne politique sera moins claire, plus opportuniste, d’où son surnom. En réalité, sa position de cadre du parti l’oblige à une certaine souplesse pour maintenir l’unité entre une aile droite nationale et une aile gauche autonomisante. Il est l’instigateur de deux propositions de lois déposées à la chambre en vue d’une réforme de l’état dans le sens du régionalisme. Cependant, il a commis l’erreur de ne pas soutenir activement la liste UPR aux élections municipales de 1928. C’est pourquoi il va connaître un certain nombre de difficultés lors des élections législatives de la même année.
La campagne sera très tendue, notamment à cause des arrestations et à l’interdiction d’un nouveau journal, Das Neue Elsass. Ce ne sont plus de simples élections locales, mais bel et bien des élections de protestation à portée nationale. D’ailleurs, face à Michel Walter, l’autonomiste René Hauss va se présenter. Imprimeur à Strasbourg, en prison depuis 1927, rédacteur de la Zukunft, journal condamné par l’évêque, et membre de la Landespartei il sera fortement attaqué par l’UPR par le biais de l’Unterländer, pour qui il ne défendrait pas les droits religieux comme Walter. Sa présence à de telles élections a de quoi étonner. De fait il s’agit d’une manœuvre dirigée par Gromer, Keppi et Moschenross contre Walter, accusé de ne pas avoir soutenu avec assez de vigueur la liste Weiss aux récentes municipales et d’être trop favorable à l’aile droite de l’UPR. Il s’agit ici pour Gromer de montrer que les thèses autonomistes possèdent une influence certaine sur l’électorat de la circonscription, et qu’il est temps pour l’UPR d’en prendre conscience et de se défaire d’une politique par trop nationale, selon lui.
Au premier tour, René Hauss obtient 30 % des voix. L’aile droite tente de réagir pour éviter d’avoir à négocier avec Gromer, qui subventionne le désistement de Hauss à la condition que l’UPR soutienne un autonomiste et un communiste dans d’autres circonscriptions. Mais malgré de telles manœuvres, Walter va se rallier à de telles exigences, et Hauss se désistera le 25 avril lors d’une séance où seront présent Gromer, Keppi, Moschenross Muller et Haegy. La candidature apparaît donc bel est bien comme un coup monté qui permet alors à Gromer et l’aile gauche de l’UPR d’arriver à leurs fins : en effet Walter s’était engagé à désavouer l’arrestation des autonomistes et à protester contre les mesures policières et la dictature de l’état français, ce qu’il va faire dans un article de l’Unterländer du 28 avril 1928. Il sera élu avec 58 % des voix, même si l’on note un très faible report de voix des autonomistes vers son nom.
Ce ralliement de Walter à l’aile gauche du parti et à la politique du Volksfront est ainsi une véritable victoire de Gromer, et va dès lors conduire à ce que l’abbé avait toujours souhaité : Walter ne jouant plus son rôle de médiateur entre l’aile gauche et l’aile droite, la scission est inévitable, et cette dernière va créer un nouveau parti, l’APNA, en novembre 1928.
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