La fin du Volksfront (1) La situation économique et sociale de l’Alsace

Une cruelle désillusion

Il convient tout d’abord de revenir plus en détail sur la crise économique et sociale qui se développe en France, et qui fait sentir ses effets très tôt en Alsace. La question de l’Allemagne, avec la victoire d’Hitler aux élections de 1933 amène également des bouleversements politiques en Alsace, qu’il convient d’examiner.

1) La situation de l’Alsace La crise économique et sociale[1]

L’Alsace, comme nous l’avons fait remarquer, est touchée plus tôt que le reste de la France par la crise. Dès 1929, le textile connaît de graves difficultés du fait de la perte des marchés extérieurs, occasionnée par le manque de liquidités des pays acquéreurs. Le chômage augmente de fait et passe de quelques centaines à près de 4800 de septembre 1931 à janvier 1932. Le nombre de chômeurs partiels étant de près de 40 000[2].  En octobre 1934, durant la session du Conseil général du Haut-Rhin, on cite les chiffres de 6423 chômeurs complets et 26 000 chômeurs partiels. Le Bas-Rhin, quant à lui, semble moins touché par la crise, mais on compte tout de même 4300 chômeurs en 1936[3].

L’UPR s’inquiète assez rapidement de la situation. Dès septembre 1931, l’E.K. s’interroge dans une série d’articles de septembre 1931 sur les causes de la crise économique en Alsace, et croit trouver en la politique d’assimilation la cause de tous les maux économiques de l’Alsace[4]. La « colonisation » de l’industrie et du système bancaire alsacien par les groupes français et étrangers est directement visée.

Le parti catholique réclame assez rapidement une protection douanière plus efficace[5] et préconise, sinon un rapprochement franco-allemand[6], du moins une action énergique en Alsace car la perte des débouchés de la Sarre inquiète fortement.

Pourtant, ce qui a surtout inquiété l’UPR, ce sont les difficultés qui touchent ses électeurs, et particulièrement les agriculteurs. En effet, dès 1930, le cours des produits agricoles à la production baisse. Avec d’une part l’augmentation de ses tarifs douaniers, puis, d’autre part, la perte du débouché agricole de la Sarre, l’agriculture est dans une mauvaise passe. L’union douanière demandée par Sturmel répond à ce problème, et il sera suivi par le Conseil général du Haut-Rhin, qui en émet également le vœu en novembre 1935. L’UPR se préoccupe également du pouvoir d’achat de ses électeurs, et demande toute une série de mesures pour le relever : abattement des prix des engrais, des machines agricoles, réduction des prix de l’électricité, des transports…

Dans son ensemble, l’UPR rejette de la même manière les excès du capitalisme et du socialisme, et, lors de l’Assemblée générale de l’UPR du Bas-Rhin, le 22 septembre 1935, Walter fait une déclaration dans laquelle il stigmatise l’échec du libéralisme économique et il déclare « que le salut ne viendra que de la construction d’un nouvel ordre économique qui prendra pour base l’organisation de corporations »[7].

L’UPR va également insister sur la réforme régionale pour l’économie alsacienne et française. Ce sera par ailleurs l’un des arguments avancés dans la proposition de loi de Michel Walter de 1934[8].


[1] 6506/8  Dossier de Gromer : économie sociale en Alsace.

-          1 chemise avec quelques coupures de presse.

Très intéressé par la question, il ne donne pourtant pas de « programme économique » dans ses archives. Mais il reste compétent pour ces questions, il fera par ailleurs parti du « groupement alsacien de vigilance et d’action économique », lancé en mai 1938. Ce groupement sera présidé provisoirement par Rossé, avec qui Gromer entretient une correspondance suivie. Il regroupera un certain nombre de personnalités comme Walter, Wallach, Oberkirch, Ruillier (directeur de la Société alsacienne d’industrie cotonnière), J. Wenger Valentin, administrateur délégué du Crédit industriel d’Alsace et de Lorraine etc…

[2] Cf. BAECHLER, op. cit., p. 467. Et voir Die Heimat de mai 1932, p. 154-159.

[3] A. BRAUN, L’avenir alsacien et l’expérience du Front Populaire, Paris 1938, p. 53.

[4] Cette série d’article est regroupée sous le titre « Notwendige Bemerkungen zur Wirtschaftskrise in Elsass-Lothringen ». Elle sera par ailleurs publiée sous forme de brochure comme n° 5 des « Flugschriften der Elsässischen Volkspartei » d’Alsatia.

[5] J.O. du 1er mars 1932, p. 981 sqq.

[6] Ibidem, p. 986, Sturmel fait cette proposition, et il est très critiqué par Meck, pour qui «jamais  le moment de réaliser une union douanière n’a été aussi défavorable et malencontreux ».

[7] Elsässer du 23 septembre 1935.

[8] Le texte prévoyat une Assemblée régionale dont le statut serait celui des conseils généraux : un délégué par canton élu pour six ans avec renouvellement de l’Assemblée par moitié tous les trois ans. Les pouvoirs de cette Assemblée seraient ceux des conseils généraux élargis en matière de travaux publics et de problèmes d’intérêt régional. Voir le Nouv. J. Strasbourg, 6 juin 1934.

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