Le second tour ne fait que confirmer les enseignements du premier. Pourtant, obéissant aux décisions nationales, socialistes et communistes font des listes communes. Mais il semblerait bien que les communistes n’aient pas suivi les consignes, et qu’ils se soient rabattu en majorité rabattu sur les autonomistes. A Bischwiller, Walter est élu, mais son score par rapport au premier tour n’évolue que peu alors que celui de Schall a sérieusement augmenté.
| 1er tour | 2e tour | |
| Inscrits | 8777 | 8777 |
| Votants | 5877 | 5662 |
| Axprimés | 5633 | 5478 |
| UPR (Walter) | 2645 | 2689 |
| APNA | 979 | 1016 |
| Autonomiste (Schall) | 945 | 1325 |
| SFIO | 605 | 448 |
| PCF | 461 | - |
Plus surprenante est la courte défaite de Dalhet à Bouxwiller, qui s’incline devant un démocrate, M. Hoeffel
| 1er tour | 2e tour | |
| Inscrits | 4256 | 4256 |
| Exprimés | 2669 | 2943 |
| Démocrates | 1310 | 1433 |
| Progressistes (Dalhet) | 879 | 1315 |
| SFIO | 304 | 195 |
| PCF | 206 | - |
A Brumath, le candidat national, M. Sprauer est élu sans grande difficulté face au candidat progressiste.
C’est le canton de Strasbourg Sud qu’il faut analyser plus en avant. En effet, le communiste Hueber, soutenu par Gromer et les partisans du Volksfront, affronte le candidat de la SFIO Naegelen, qui bénéficie du soutien des radicaux et du Parti communiste français. Il part donc avec un sérieux avantage mais son élection dépend de l’attitude des électeurs de l’APNA et du parti démocrate, qui ont le choix entre voter pour le « Front Populaire » ou le « Volksfront »… La droite bourgeoise recommande l’abstention, mais il semblerait bien que des électeurs de droite aient voté pour Hueber, dans le but de contrer le candidat socialiste, jugé trop laïc.
| 1er tour | 2e tour | |
| Inscrits | 6186 | 6184 |
| Exprimés | 3733 | 4101 |
| Communiste A.L. (Hueber) | 1734 | 2339 |
| SFIO (Naegelen) | 1021 | 1762 |
| Radicaux (Heintz) | 567 | - |
| PCF (Mohn) | 411 | - |
Au total, dans le Bas-Rhin, l’UPR gagne quatre sièges qu’elle prend à l’APNA, aux démocrates et aux autonomistes. Le résultat de ces élections est donc un grand succès pour l’UPR, et un échec important pour l’APNA, qui en perd deux, et surtout pour la Landespartei, qui en perd trois. L’APNA, rattachée à présent à la Fédération Républicaine, perd une bonne partie de son audience pour devenir, selon les mots de Walter « un parti fait de quelques bourgeois sans influence sur les masses »[1].
Il en résulte que le Conseil général du Bas-Rhin est constitué comme suit :
| Après les élections | Avant les élections | Différence | |
| APNA | 5 | 7 | -2 |
| Démocrates | 6 | 5 | +1 |
| Radicaux | 0 | 1 | -1 |
| SFIO | 1 | 1 | = |
| UPR | 13 | 9 | +4 |
| Indépendants | 4 | 4 | = |
| Autonomistes : | |||
| Landespartei | 1 | 4 | -3 |
| Progressistes | 2 | 2 | = |
| Landespartei dissidente | 1 | 0 | +1 |
| Communistes dissidents | 2 | 2 | = |
On retient que ces élections voient la masse autonomisante diminuer, et ce d’autant plus que les nouveaux conseillers élus sous l’étiquette de l’UPR sont des modérés, proches de Michel Walter et Didio.
Dans le Haut Rhin, on l’a vu, Joseph Rossé est menacé. De fait, les radicaux et les communistes se désistent pour le candidat socialiste, M. Richard, tandis que le candidat démocrate est maintenu. La lutte sera acharnée, et malgré une très forte participation (moins de 10 % d’abstention) Rossé est battu de près de six cents voix d’écart, ce qui constitue un sérieux coup pour l’UPR et surtout l’aile gauche du parti. Pourtant, la situation dans le Haut-Rhin est peu modifiée : l’UPR maintient ses positions au Conseil général, avec douze conseillers, tandis que l’APNA perd deux sièges au profit des radicaux et des indépendants.
Que reste-il, après ces élections, du mouvement du Volksfront ? En réalité, peu de choses. Et la presse nationale ne manque pas de le signifier : « L’autonomisme doctrinal a subi une très sensible défaite », titrent les Dernières Nouvelles[2], qui se réjouissent en particulier de l’échec de Rossé. Le Messager d’Alsace[3] souligne l’écroulement du Volksfront, et se réjouit également de la défaite de Rossé. L’ELZ préfère souligner la défaite de Naegelen à Strasbourg, mais ne manque pas de critiquer l’attitude de Walter lui reprochant une politique « infecte » à l’égard de l’autonomisme.
L’UPR apparaît plus que jamais comme le parti incontournable en Alsace. Son influence sort renforcée de ces élections, puisqu’elle se maintient dans le Haut-Rhin, et gagne quatre sièges dans le Bas-Rhin ; elle devient le « parti-clé » de l’Alsace[4]. L’autonomisme, qui a voulu la défier, se retrouve vaincu et marginal ; mais d’un autre côté, les partis nationaux ne peuvent rien faire contre elle ; le gouvernement se doit, dès cet instant, d’en faire un interlocuteur privilégié.
Pourtant, le parti doit encore faire un choix, définitif cette fois-ci. On a vu les difficultés que connaît le Volksfront, pourtant l’UPR n’y a pas complètement renoncé, et ce en grande partie grâce à l’attitude de l’abbé Gromer ou de Rossé. Mais la défaite de ce dernier porte un coup dur aux partisans du Volksfront. Ils savent que le temps leur est compté, mais leur influence dans le parti, notamment grâce aux jeunesses-UPR, est encore forte.
[1] Elsässer du 9 juin 1934.
[2] DN. Strasbourg, 15 octobre 1934.
[3] Messager d’Alsace, 15 octobre 1934.
[4] DREYFUS, op. cit., p. 221.