Haguenau, 1932

A Haguenau, la section cantonale de l’UPR a été réorganisée à la fin de l’année 1929[1]. A partir de cet instant, il apparaît que les réunions se font de plus en plus fréquentes, preuve d’un regain d’activité. Gromer et Walter y font ainsi de fréquentes allocutions et se font régulièrement renouveler la confiance, lors de votes sur diverses résolutions prises[2]. Ils travaillent donc très souvent de concert ; Walter prie en effet très souvent Gromer de préparer avec lui les réunions puis de l’accompagner.

Ainsi, le 20 mars 1932, lors de la réunion des délégués de la circonscription, l’abbé Gromer propose Michel Walter comme candidat de l’UPR, et celui-ci est désigné à l’unanimité[3]. On voit bien la différence avec les précédentes élections législatives, où Gromer et Walter s’opposaient ! Walter a pourtant tenu en grande partie ses promesses, et il a à plusieurs reprises soutenu le Volksfront ; dès lors, du fait de cet accord, aucun candidat autonomiste ne se présente dans la circonscription.

La campagne est très intense : de nombreuses réunions sont organisées dans tous les villages de la circonscription, et l’abbé Gromer sera en maintes occasions aux côtés du candidat. Celui-ci y développe plus particulièrement le thème de la défense religieuse et reproche notamment à l’APNA de faire passer l’intérêt national avant l’intérêt religieux : si la critique est connue, elle fait très forte impression dans les petits villages. Il détaille également quels sont les moyens mis en pratique par l’UPR pour défendre la politique du Volksfront ainsi que ses propositions pour sortir le canton des divers problèmes économiques[4], les environs de Haguenau étant particulièrement touchés par la crise du bois et du houblon.

Il y développe également les thèmes de la lutte contre les partis de gauche en leur reprochant, bien entendu, leur anticléricalisme, mais il prend bien soin de développer sa volonté de défendre les revendications sociales des ouvriers.

Michel Walter a cinq concurrents. La candidature de Léon Ginter, déjà candidat aux municipales, sous l’étiquette APNA-démocrates, n’est pas surprenante. L’UPR lui reproche cependant d’avoir joué un rôle important lors de la dissolution de 1928, puisqu’il l’appelait de ses vœux, et le présente à ce titre comme un adversaire de la défense des droits religieux[5]. Les autres candidatures sont celles de Möhn pour le parti communiste, de Hincker pour les socialistes, tous deux déjà présents lors des élections précédentes, de Doriath pour le parti communiste alsacien et enfin Wurch comme candidat indépendant. Il est à noter que l’Elz fait campagne pour Doriath, ce qui soulève le mécontentement de la section UPR de Haguenau, et l’abbé Gromer ne manquera pas de souligner sa désapprobation. Mais cette candidature de Doriath ne peut en aucun cas être comparée à celle de Hauss : le candidat communiste n’a que très peu de soutien dans la ville et il n’est pas aussi connu.

A l’issue du premier tour, Walter possède une solide avance, avec environ 46% des voix. Ginter arrive en seconde position avec près de 20%, ce qui prouve que l’APNA n’est pas en reste dans cette circonscription pourtant bien tenue par l’UPR, même si elle n’est pas en mesure d’inquiéter Walter. Les autres candidats ont en deçà des 15% (SFIO : 13.6%, PC : 12.3%, PCAL : 4.9%, Indépendants : 2.9%)

Aucun candidat ne se désiste pour le second tour, et c’est donc fort logiquement que Walter est élu, avec d’ailleurs 700 voix de plus qu’en 1928. Aussi, malgré une abstention en hausse (2500 votants en moins), Walter, entre les deux tours, améliore son score de 1200 voix, tandis que celui de l’APNA s’effondre. On peut dès lors se demander si Walter n’a pas bénéficié du report des voix de l’APNA, sans avoir pourtant passé d’accord. Il est par ailleurs très intéressant de constater que la présence d’un concurrent catholique national a moins de conséquence que celle d’un concurrent autonomiste d’importance, bénéficiant de soutiens. En 1928, Walter n’avait obtenu que 40 % des suffrages au premier tour et 58 au second, alors qu’en 1932, il obtient respectivement 46 et 63%. Le choix de s’entendre avec les personnalités autonomisantes de la ville, comme Gromer, porte donc ces fruits ; les partis autonomistes n’ont, dans la ville, aucune influence  sans l’aide de ce dernier et de Keppi.

Au total, grâce à sa meilleure implantation, l’UPR a réussi à contenir les assauts des catholiques nationaux. Cependant, il s’affirme de plus en plus comme un parti essentiellement rural. Dans les régions urbaines et industrielles autour de Mulhouse ou Strasbourg, l’UPR n’a qu’une influence très faible. Les bons résultats de l’UPR se rencontrent dans les régions rurales traditionnelles, où une population croyante suit le clergé, et dans les villes faiblement  industrialisées. L’APNA, quant à elle, n’a pas réussi à développer son influence. Les succès qu’elle remporte sont surtout « liés au poids personnel de ses candidats et à leur influence »[6]. Par ailleurs, à la lecture de ces résultats, on se rend compte que l’autonomisme est un phénomène essentiellement bas-rhinois. Dans ce département, les autonomistes font campagne à « visage découvert », et ils présentent cinq candidats sur les neuf circonscriptions: à Saverne (Dahlet), Sélestat (Hauss), Strasbourg-campagne (Roos), Strasbourg I (Schall) et Wissembourg (Heil). Et les résultats montrent qu’ils sont relativement bien implantés dans les arrondissements de Sélestat, Wissembourg et Strasbourg-campagne. Pour M. Dreyfus, l’autonomisme apparaît comme très lié à la pratique de la langue allemande, puisqu’il constate que c’est dans les régions où l’on parle le moins français que les autonomistes ont réalisé leurs meilleurs scores[7]. Mais il constate également que l’influence des autonomistes a été encore plus forte dans les cantons protestants, et ceci très certainement en raison du « poids culturel que représente l’allemand dans ces régions luthériennes ».

Ces élections nous montrent par ailleurs que les Alsaciens ne sont pas prêts, en 1932, à accepter le laïcisme : en effet, les partis anticléricaux ont été mis en échec un peu partout. De plus, en votant majoritairement pour l’UPR, l’Alsace a prouvé son attachement à son statut particulier sur les plans religieux, administratif et linguistique. Mais ce succès du parti catholique met également en lumière le désir de la population de rester dans le cadre de la France. L’autonomisme, le séparatisme, essuient des revers cinglants: le fait que ni Roos, ni Hauss ne soient arrivés à se faire élire marque l’échec de leur politique.


[1] Unterländer, n°223-246-253-271/ 1929

[2] Unterländer n° 223-264/ 1929.

[3] Idem n°68/1932

[4] Idem n° 96-101/ 1932

[5] Idem n°92-95/ 1932

[6] DREYFUS, op. cit., p. 186.

[7] Idem, p. 193.

Volksfront (12) les préparatifs aux élections législatives

Les élections législatives

Malgré ces succès, l’abbé Gromer écrira le 4 janvier à Mgr Fahrner : « l’atmosphère est lourde et sombre. M. Walter et moi-même avons de plus en plus de mal à convaincre » du bien-fondé de la politique du Volksfront[1]. De fait, peu après les élections cantonales, plusieurs voix se font à nouveau entendre pour demander un rapprochement, voire une réunification de l’UPR et de l’APNA. De plus, rappelons que l’agitation autonomiste se développe à l’Université lors de la rentrée universitaire, par le biais de la Jungmannschaft, qui dans un tract déclare qu’ « il faut que l’allemand qui est notre langue […] reste notre langue»[2].

A la mi-novembre, Monseigneur Ruch lance un appel pressant à l’Union des catholiques[3]. De plus, dans les « Zeitfragen », Didio estime en novembre que des relations « supportables entre les deux partis doivent être instaurées ». L’obstacle majeur à ce rapprochement est bien entendu le Volksfront. C’est pour cette raison que certains vont être tenté de minimiser les accords passés avec les autonomistes, en insistant sur leur caractère local, et sur la volonté, toujours locale, de faire barrage à l’élection « d’anticléricaux ». De la même manière, Médart Brogly insiste sur le fait que s’il y a eu alliance, c’est qu’autonomistes et communistes ont été les seuls à accepter la constitution d’une liste à la proportionnelle, proposition pourtant faite à tous les partis[4].

D’autre part, lors du Congrès départemental des démocrates, l’UPR est à plusieurs reprises pris à parti en raison de ses liens avec certains milieux autonomistes. Le parti catholique réplique par le biais de l’Elsässer, le 15 décembre, en déclarant « qu’il n’y a pas de Volksfront, mais seulement une communauté de travail à la mairie de Strasbourg et au conseil général pour discuter de questions purement économiques ». Les partis autonomistes se sentent bien évidemment floués et critiquent vertement cette position en mettant ironiquement en avant que « la différenciation entre Volksfront et communauté de travail est quelque peu théorique »[5]. Il y a donc, c’est un fait nouveau, une certaine modération de la part de l’UPR, qui cherche à minimiser le rôle du Volksfront et ses liens avec la Landespartei et la Fortschrittspartei.  .

L’année 1932 s’ouvre néanmoins avec l’amnistie accordée aux Alsaciens accusés d’autonomisme. Cette amnistie, justifiée par l’acquittement des accusés de Colmar par la cour d’assises de Besançon, avait été réclamée en maintes occasions depuis 1927 par les milieux autonomistes et par l’UPR[6]. Une telle décision aurait pu apaiser les esprits et était sans doute faite en ce sens. Mais pour beaucoup, dont l’abbé Gromer, elle venait bien tard et de plus, l’Elsässer Kurier a tôt fait de souligner le caractère limitatif de l’amnistie, notamment à propos des fonctionnaires dont la réintégration dans l’administration n’était pas de plein droit. De même le journal insiste sur le fait que les fonctionnaires signataires du Heimatbund ne sont pas encore réintégrés[7]. Les milieux autonomistes restent donc bien réticents à tout tentative d’apaisement.

Cette réticence des autonomistes et d’une certaine partie de l’UPR ne facilite pas les discussions avec l’APNA qui refusent de reconsidérer ses positions tant que son adversaire n’aura pas abandonné le Volksfront. Le gérant de l’APNA du Bas-Rhin, Schmidt-le-Roi, déclare au congrès du 10 janvier 1932 « qu’il ne peut être question d’une collaboration entre l’APNA et l’UPR aussi longtemps que l’UPR n’abandonnera pas sa communauté de travail avec les communistes et les autonomistes et ne se placera pas, sans aucune équivoque, sur le terrain national »[8]. Ce congrès adopte également une résolution adressée à tous les prêtres d’Alsace, dans laquelle il rejette la responsabilité de la scission et déclare que le meilleur moyen pour assurer la paix entre les catholiques est que les curés laissent à leurs paroissiens toute liberté de choix entre les deux partis et qu’ils les laissent lire la presse de leur choix (Le Bote étant toujours fortement critiqué par nombre de curés). Les partisans du Volksfront répliquent rapidement. Michel Walter, qui rappelons-le se présente aux législatives et ne veut pas réitérer son erreur de 1929, se fait le porte-parole de l’aile gauche de l’UPR en affirmant au Conseil municipal de Strasbourg qu’il restera le partisan de la « communauté de travail », aussi longtemps que « les circonstances et la défense de la Heimat l’exigeront »[9], mais il s’attache toutefois à nuancer ses propos et déclare que pour lui il n’y a pas d’alliance entre partis, mais juste une « communauté de travail » de caractère purement local au Conseil municipal de Strasbourg et au Conseil Général du Bas-Rhin.

L’abbé Gromer, quant à lui, répètera que « le Volksfront est la seule solution pour préserver les droits de la Heimat » lors d’une réunion de janvier 1932 à la Halle aux houblons de Haguenau. Haegy fait, lui, valoir dans Die Heimat les avantages du Volksfront à Colmar et Strasbourg (il parle avant tout de certaines subventions accordées à des œuvres chrétiennes) et il estime que « sa destruction compromettrait au plus haut degré les intérêts du peuple alsacien et provoquerait l’exultation de la loge franc-maçonne »[10]. Finalement, dans un communiqué du 11 janvier 1932, le Comité directeur de l’UPR note que « la communauté de travail entre les représentants de l’UPR et représentants des autres partis, au Conseil municipal de Strasbourg et au Conseil général du Bas-Rhin, ne signifie pas qu’il y a alliance entre partis, ne restreint en rien notre liberté d’action, et n’a nullement porté atteinte aux principes fondamentaux du parti »[11]. Et même si cette résolution a donné lieu à de vifs échanges au sein du comité directeur, Meck et Brogly y étant par exemple hostiles, elle montre bien qu’il n’est pas question, pour l’instant, de modifier la ligne politique du parti. L’E.K. ira plus loin le lendemain en écrivant que le Volksfront « est indispensable pour lutter contre l’ennemi commun, c’est-à-dire les partis du Cartel des gauches » et qu’il a permis « de pratiquer une politique de tolérance religieuse et de progrès social, favorable aux intérêts de la population alsacienne ». .

Dès lors, puisqu’ aucun des deux partis ne veut de réunification, on cherche tout de même à trouver un terrain d’entente avec l’APNA et négociations vont s’engager par le biais du Comte d’Andlau, sénateur UPR et proche de l’APNA. Ces négociations ont pour but de répartir les candidatures entre l’UPR, l’APNA et les démocrates, afin de faire échec aux candidats du Cartel. Elles échouent dans le Haut-Rhin pour des questions de personnes, la section APNA du département étant par ailleurs notoirement hostile à tout rapprochement avec l’UPR, qui est rappelons-le dirigé par Rossé, très autonomisant, et préfère favoriser l’option d’alliance avec les autres partis nationaux (socialistes, radicaux et démocrates)[12]. Dans le Bas-Rhin, un accord est de prime abord trouvé, avant que l’Assemblée générale de l’APNA du Bas-Rhin ne le rejette, le 21 mars, entraînant ainsi le parti dans une petite crise[13].

Par cette décision, l’APNA marque son désir de ne pas renier ses principes fondamentaux[14]. De plus, on constate que les deux partis ne s’opposent pas que sur le problème national. Car l’UPR veut favoriser une politique chrétienne mais aussi sociale. Une alliance avec les radicaux ou les socialistes n’est pas possible car, sur le plan religieux, tout les sépare. Mais une alliance avec l’APNA et les démocrates est tout aussi difficile pour des raisons sociales et économiques. Par ailleurs, il y a également des questions de personnes : l’APNA souhaite le départ de Rossé, Gromer et Walter de la vie politique alsacienne, les jugeant trop lié à la politique du Volksfront, trop autonomisant. A parti du 21 mars 1932, les choses sont donc claires : UPR et APNA feront campagne séparément.

Lors de la réunion des Comités départementaux, l’UPR du Bas-Rhin va réélire Michel Walter à sa tête, montrant ainsi son approbation envers la politique du Volksfront. Il y eu quelques passes d’armes, notamment à propos de Strasbourg, où Walter et Gromer ont plaidé pour le soutien aux candidats du Volksfront et ce dès le premier tour, alors que Didio proposait le soutien au démocrate Frey à Strasbourg-campagne. Mais priorité est donnée à la lutte contre les socialistes et les radicaux. La résolution adoptée donne le ton, en déclarant qu’il faut chercher à battre « les anticléricaux, les réactionnaires dans le domaine social et les chauvins ». Elle souligne également que « le parti ne se compromet en rien s’il fait une partie du chemin avec des partis qui, même si c’est sous une forme différente et avec des priorités différentes, poursuivent les mêmes buts et sont partisans de la tolérance religieuse, du progrès social, de l’entente entre les peuples et de la défense énergique des droits et revendications du peuple alsacien »[15]. Pour l’Elsässer, la responsabilité de l’échec des négociations revient entièrement à l’APNA[16]. Le comité départemental du Haut-Rhin, quant à lui, prend la décision de ne présenter de candidats que dans les circonscriptions ou elle détient un mandat.


[1] 6504/5c

[2] DREYFUS, op. cit., p. 174.

[3] Die Heimat, décembre 1931, p. 356.

[4] E.B. du 2 décembre 1931.

[5] Neue Welt, 16 décembre 1931.

[6] De même lors de nombreuses sessions du Conseil général, ainsi celle d’octobre 1929 par exemple, qui émet le vœu de voir le gouvernement retirer les sanctions. L’abbé Gromer en est le rapporteur. cf annexes.

[7] E.K. du 31 décembre 1931.

[8] E.B. du 11 janvier 1932, p.1.

[9] Die Heimat de janvier 1932, p.2-3.

[10] Idem.

[11] Idem, p. 8-12.

[12] BAECHLER, op. cit., p. 453.

[13] E.B. du 22 mars 1932. Dans une résolution, « les délégués constatent avec regret : 1. que ces signatures ont été données sans consultation préalable des organes compétents du Parti ; 2. que les conditions exigées pour une conciliation avec l’UPR établies lors de l’assemblée des délégués au Baeckehiesel à Strasbourg ne sont pas réalisées ». A la suite de cette décision, Schmidt –le-Roi démissionne de la gérance et Oberkirch de la présidence de l’APNA : ils étaient à l’origine de l’accord.

[14] Voir le programme de l’APNA.

[15] Elsässer du 18 mars 1932.

[16] Elsässer du 29 mars 1932.

Le Volksfront (10)

c) Une première tentative de rapprochement avec l’APNA.

C’est dans ce contexte que va se produire la première tentative de rapprochement avec l’APNA. De fait, les catholiques alsaciens sont, nous l’avons dit troublés : entre un évêque proche du nouveau parti, et des curés qui interdisent les journaux proches de celui-ci, la situation est, reconnaissons-le, confuse. Cependant, les négociations achoppent sur plusieurs points. En premier lieu, citons le poids des alliés politiques : en effet sans l’UPR, les autonomistes se retrouvent dans l’impasse n’ayant pas assez d’influence politique pour peser seuls dans les débats, et sans l’APNA, les démocrates sont voués à l’impuissance. Aussi, le curé Schaeffer propose dans le Volksfreund, hebdomadaire catholique, une solution de conciliation qui repose sur plusieurs conditions : ne plus discuter de la question de responsabilité quant à la scission, écarter les questions de personnes, éviter toute équivoque vis-à-vis de l’autonomisme et refuser toute alliance à gauche[1].

L’UPR va reprendre cette proposition mais y rajoutera certains éléments : « Notre parti a vivement regratté que la collaboration efficace des catholiques en un seul parti politique ait été détruite [...] Les catholiques de notre parti formulent tous le vœu pressant que l’on rende du moins possible, en dehors des partis politiques, une collaboration organisée pour la défense des intérêts religieux.

Notre parti [...] défendra en première ligne les intérêts religieux et de plus tous les autres droits politiques de notre population sur la base de son ancien programme. Son organisation et sa méthode d’action politique ont fait leurs preuves et n’ont pas à être abandonnées ni modifiées[2] ».

Il apparaît très clairement que l’UPR estime qu’elle n’a rien à modifier à son action antérieure, et qu’elle attend des gens de l’APNA qu’ils reconnaissent leur erreur et réintègre ses rangs sans tarder. Le Volksfreund réagira rapidement, estimant que la direction de l’UPR ne se contente que « de vœux pieux [3]». Il semblerait qu’en fait aucun des dirigeants deux partis ne songe réellement à une fusion : l’APNA, après ses dernières victoires, se sent le vent en poupe, tandis que l’UPR pense être dans son bon droit. Il semblerait que l’UPR ne se rende pas compte de sa grande part de responsabilité dans la scission, puisque, comme le remarque M. Oscar de Férenzy : « certains de ses dirigeants se sont laissé emporter à un moment donné par la vague autonomiste, se rendant solidaires d’un mouvement qui, recourant parfois aux méthodes et moyens les plus blâmables, poursuivait une utopie, et par là ils ont profondément heurté le sentiment national de ceux qui ont le cœur français[4] ».

C’est dans ce contexte que des élections municipales complémentaires ont lieu à Strasbourg et Colmar. Quatre sièges à Strasbourg et deux à Colmar étaient à pourvoir. A Strasbourg, l’UPR ne présente pas de candidats, préférant soutenir discrètement le candidat autonomiste[5]. L’APNA, les radicaux, les socialistes, les démocrates étaient également en lice. Les candidats du camp national arrivent nettement en tête au premier tour, mais faute d’accord un seul candidat de leur tendance sera élu[6], contre trois autonomistes. Les électeurs de l’UPR ont donc voté en grande partie pour les candidats autonomistes, tandis que le front commun décidé par le camp national, n’a pas tenu notamment à Strasbourg Ouest. A Colmar, le candidat autonomiste présenté est Rossé, une fois de plus candidat de l’UPR, qui se lance dans la campagne en compagnie d’un communiste, Oscar Dider. L’APNA aura beau jeu de critiquer à nouveau la collusion UPR/communistes, mais elle va se retirer au second tour, permettant à un socialiste et à un radical de se faire élire. On constate bien, sur ces deux cas particuliers, les difficultés que posent un rapprochement, et combien les liens entre l’UPR et les autonomistes, subsistent. Mais l’APNA se sent à nouveau en position de force, puisque Rossé est à présent mis à l’écart de la vie municipale de Colmar.


[1] Volksfreund du 2 mars 1930.

[2] Elsässer, 22 février 1930.

[3] Volksfreund du 9 mars 1930.

[4] FERENZY (O. de), La vérité à propos de l’Alsace, Paris, 1930,

[5] Nouveau Journal de Strasbourg, 2 octobre 1930.

[6] DREYFUS, op ; cit., voir tableau p. 164.

Le Volksfront (9) Echecs et oppositions au Heimatfront

b) Les Zeitfragen de Didio

A cet instant, l’on assiste pourtant à plusieurs débats au sein même de la mouvance autonomiste. En effet l’on craint que certains n’abandonnent l’idée première de l’autonomisme, à savoir la défense des particularismes alsaciens, pour entraîner l’Alsace dans l’autonomie administrative. De fait le groupe autonomiste de Dahlet ne manque pas de critiquer certaines tendances germanophiles : « les Heil, Wurtz et Roos n’ont aucun désir de servir l’Alsace ou de conserver aux Alsaciens le bilinguisme dans le cadre de la République, de travailler en faveur de la réorganisation administrative ou d’aider à l’échange culturel avec nos voisins. Si vraiment ils voulaient cela, ils n’auraient pas besoin des conseils des docteurs Ernst, Gilg et Hanhardt [1] ».

De même, les critiques de l’Evêque, les élections de mai 1929, ainsi que les échecs de Rouffach et Ribeauvillé renforcent, à l’intérieur de l’UPR, un courant hostile à la politique du Volksfront et favorable à un rapprochement avec l’APNA, dans le but de mener une politique plus réaliste sur la question alsacienne. De fait, certains signes montrent que les interventions de l’évêque ne sont pas restées sans effet et que la politique du Volksfront ne fait pas l’unanimité dans les milieux catholiques. Citons pour exemple, les difficultés importantes que connaît l’Elsässer depuis la création de l’Elsässer Bote, puisque son tirage diminue de près de 6000 exemplaires à 16 000 (contre 18 000 pour son concurrent). De même, le chanoine Didio, peu favorable au Volksfront, voit son influence grandir au sein de l’UPR. Une nouvelle orientation du journal l’Elsässer, après le décès de Mgr Muller-Simonis, va permettre au chanoine de rédiger un nouveau supplément mensuel, intitulé « Zeitfragen » (Questions actuelles), qui parait après janvier 1930. Didio entend par ce biais aborder toutes les questions politiques, sociales et culturelles, afin « de poser en termes nouveaux et non polémiques les problèmes alsaciens »[2]. Dans le premier numéro, il relance la discussion sur le régionalisme en proposant la réunion d’Etats généraux du régionalisme, où l’on aurait pour tâche de mettre au point des propositions concrètes d’organisation régionale. Ce faisant, il espère faire sortir les Alsaciens d’une opposition « stérile et sans issue ».

Le 16 février 1930, lors de l’Assemblée générale de l’UPR,  Didio est chargé du principal exposé sur la politique alsacienne.

Il fait voter une résolution qui rappelle l’attachement des délégués de l’UPR au programme régionaliste du parti, programme « parfaitement compatible avec l’intérêt national », et met en avant la priorité des intérêts religieux dans la détermination de la tactique du parti : » nous voulons qu’aujourd’hui comme par le passé, les intérêts religieux aient la priorité qui leur revient de droit. C’est pourquoi nous considérons de notre devoir de combattre en premier lieu les partis qui placent en tête de leurs revendications politiques l’introduction de la laïcité et l’anticléricalisme [...] La défaite des majorités anticléricales et antireligieuses des mairies de Strasbourg et de Colmar n’a certes pas porté préjudice à nos intérêts religieux[3] ».

Il y a ici une différence profonde par rapport au programme du Volksfront : comme nous l’avons fait remarquer, Gromer et les partisans du Volksfront tentent de trouver avec les autonomistes et les communistes alsaciens un terrain d’entente qui permette de défendre le particularisme culturel, institutionnel et économique tout en laissant de côté ce qui serait susceptible de diviser les trois tendances, en particulier les questions religieuses. Ce rassemblement ayant pour but d’obtenir un statut régional qui garantisse ce particularisme. Or, la priorité de Didio est de redonner la primauté aux intérêts religieux, et toute alliance de l’UPR doit être subordonnée à ce principe. Et dès lors, s’il s’avère que le Volksfront ne se révèle pas être la meilleure façon de défendre les intérêts religieux, il faudrait changer de tactique.

L’aile gauche du parti est furieuse, Gromer parlant de « trahison », admonestant Walter pour son manque de volonté politique[4]

Mais le chanoine provoquera une agitation bien plus grande lorsqu’il publie, dans les « Zeitfragen » de juin 1930, un article intitulé « Aus dem Turm heraus[5] », dans lequel il invite les Alsaciens à sortir de leur « tour d’ivoire » culturelle, dans laquelle ils sont restés trop longtemps, se coupant des grands courants culturels. En effet, dit-il « il n’existe pas de culture alsacienne, mais un particularisme alsacien dans la culture [...] Ce particularisme vient surtout du fait que l’Alsace a d’abord été un pays allemand puis une province française, même un département français, puis un demi-siècle de Reich, et de nouveau partie intégrante de l’Etat français, sans avoir trouvé une organisation politique qui corresponde entièrement à sa culture[6] ». S’il nie l’existence d’une culture alsacienne, ne reconnaissant qu’un particularisme alsacien, il reconnaît un problème culturel en Alsace, dû selon lui au fossé grandissant entre les élites gagnées par la culture française, et le peuple qui ne comprend que l’allemand. Il ajoute à cela le problème des générations, la nouvelle génération étant de culture française, tandis que l’ancienne gardait sa culture allemande. Pour lui, l’Alsacien a l’avantage de pouvoir apprécier sans préjugés les deux cultures, et c’est ce privilège qu’il faut développer, dans le but de devenir un médiateur entre les deux peuples. En niant la réalité d’une culture alsacienne, il remet en cause un des éléments fondamentaux du Volksfront. Les réactions de la presse nationale sont enthousiastes ; ainsi le journal Le Temps[7] pour qui « les articles de l’Elsässer font s’effondrer entièrement les bases intellectuelles que l’on voulait donner à l’autonomisme. Il ne reste qu’un particularisme, peu différent en somme de celui des autres régions françaises » et qui retient « le conseil donné à la jeunesse alsacienne de sortir de la « tour d’Ivoire » que l’autonomisme prétendait dresser dans nos départements recouvrés et de se mêler davantage à la vie intellectuelle de la grande patrie ». Il conclut en affirmant que «M. le chanoine Didio[...] porte un coup qui devrait être décisif[aux autonomistes] en proclamant que rien ne justifiait leur action, que cette dernière n’avait pas la moindre base intellectuelle et que les agitateurs mentaient, en définitive, à leurs compatriotes ».

Didio répond dans un entretien à l’Elsässer[8] que la presse de l’intérieur avait mal compris ses intentions, et faisait toujours l’erreur de confondre autonomisme et séparatisme. Il souligne par ailleurs les difficultés pour l’Alsace d’obtenir la reconnaissance de son particularisme culturel.

Les autonomistes, dont Gromer et l’abbé Zemb protesteront fortement.

Zemb reprochera notamment à Didio de donner l’impression que les Heimatrechtler pratiquent une politique de clocher[9]. Le fait que Didio apparaisse de plus en plus nettement en faveur d’une évolution dans le sens d’une intégration progressive à la culture française, sans toutefois fermer les portes à la culture allemande ne satisfait guère les milieux autonomisants. En avril 1931, Didio ira encore plus loin puisque pour lui, dans le domaine politique comme dans le domaine culturel il doit y avoir assimilation progressive. Le seul domaine qui ne peut connaître d’assimilation est le domaine religieux, la défense des institutions religieuses étant justement la priorité qu’il assigne à l’UPR. Les partisans du Volksfront, qui refusent l’assimilation politique et culturelle et laissent provisoirement les questions religieuses de côté, réagissent à nouveau par l’abbé Zemb[10], qui rappelle que « La concentration sur la Heimat n’est pas seulement un héritage de l’époque allemande, mais une réaction contre la politique erronée de l’Etat français [...].Cette réaction a pris une grande importance, parce qu’elle a alors réveillé le souvenir de l’époque particulariste d’avant guerre ». Il estime, tout comme Gromer le faisait, que cette réaction ne peut cesser que si l’Etat donne « une nouvelle orientation à sa politique » Léger[11] estime également, dans l’Unterländer du 27 juin, qu’il n’existe pas de politique de rechange, et que le maintien du Volksfront est une priorité : « Notre souci sera et restera toujours de ne pas nous laisser détourner de l’essentiel, ou même de mettre en danger le plus urgent, par de telles discussions. Il s’agit de lutter pour nos droits religieux, culturels et linguistiques. Ce qui ne peut se faire efficacement avec et avec des résultats concrets dans la situation actuelle, que si nous accueillons en amis et compagnons de lutte pour l’Alsace, tous ceux qui se trouvent sur le même chemin, pour le même but ».


[1] République, 16 février 1930

[2] BAECHLER, op. cit., p.443 et sqq.

[3] Elsässer du 17/ 02/1930.

[4] 6519/59  Correspondance politique entre Michel Walter et Gromer. 1926-1934 Lettre du 27 février 1930

[5] Il reprend ici le titre d’un article de Julius Bachem dans les Historisch-Politische Blätter de mars 1906, qui appelait le Zentrum à sortir de sa « tour d’Ivoire confessionnelle » pour s’ouvrir à d’autres milieux politiques.

[6] Elsässer, 6 juin 1930

[7] Le Temps du 17 juin 1930

[8] Entretien du 18 juin 1930

[9] « Zeitfragen » de juillet 1930.

[10] « Zeitfragen » de juin 1931

[11] Pseudonyme de Ritter selon M. Baechler.

Le Volksfront (8) Echecs et oppositions au Heimatfront

Les oppositions au Heimatfront

La politique du Volksfront a suscité dès le départ un nombre important d’oppositions, notamment dans l’UPR : une large fraction du parti est en effet favorable à une politique plus modérée et à un rapprochement avec l’APNA et les démocrates. De nombreux conflits vont éclater jusqu’au élections de 1931 et 1932, et l’attitude de l’évêque de Strasbourg, ainsi que plusieurs échecs électoraux, vont mettre le Volksfront à rude épreuve.

a)    Les premiers échecs

Le problème autonomiste se pose en premier lieu en août 1929, car on reproche à M. Rossé d’être allé représenter les catholiques alsaciens au Katholikentag de Fribourg-en-Brisgau. Au cours de ce Congrès, Rossé tient un discours très provocateur : « L’Histoire a de novueau placé l’Alsace dans la fédération étatique française, et nous remplissons loyalement nos devoirs en tant que citoyens français, en premier lieu parce que nous sommes catholiques et obéissons à la parole du Seigneur : rendez à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César [1]». Pour le Journal d’Alsace-Lorraine les « autonomistes ont cherché une fois de plus à Fribourg, le concours d’une sorte d’internationale noire qui doit les aider à renforcer l’influence cléricale en Alsace et à réaliser leur rêve [...] la création d’une sorte d’Etat tampon clérical entre Vosges et Rhin ».  Cette participation de Rossé à ce Congrès souleva des objections jusque dans l’UPR.

De même, l’élection sénatoriale d’octobre 1929, qui a lieu à la suite du décès du sénateur Heimer le 3 août 1929, est le premier échec grave de l’UPR depuis la scission. Il est question dans un premier temps de la candidature de Médart Brogly, mais c’est l’abbé Haegy qui est désigné lors de la réunion du Comité départemental de l’UPR du 8 septembre. Peu après, le Comité électoral de l’UPR amorce sa campagne électorale en faisant parvenir à tous les curés du Haut-Rhin une circulaire qui explique la signification d’une telle candidature[2] : « L’abbé Haegy joue depuis de longues années un rôle de premier plan dans la vie publique de notre Heimat. Son élection aura une signification considérable pour nos intérêts catholiques et alsaciens, bien au-delà de notre pays. [...] Nous vous prions, Monsieur le curé, d’user de vos bonnes relations avec M. le maire et les conseillers municipaux de votre localité afin que, dans sa séance du dimanche 15 septembre, votre conseil municipal ne désigne que des délégués sénatoriaux dont on peut attendre avec certitude qu’ils voteront le 20 octobre prochain, pour notre candidat, M. l’abbé Haegy[3] ».

En réponse à la candidature de Haegy, l’APNA décide de présenter le député Pfleger, soutenu par l’Elsässer Bote et La France de l’Est. L’abbé Haegy n’est pas le candidat de l’évêque, bien que celui-ci n’ait pas usé de son droit de veto.La campagne fut très vive et la presse y joua un grand rôle, mais c’est l’APNA qui se fera la plus virulente par le biais de  l’Elsässer Bote. Cette campagne est d’une importance morale très grande, car s’opposent, un an après la scission, les catholiques autonomistes aux catholiques nationaux. Sur le plan de la politique religieuse, les deux adversaires ont exactement la même position. Pfleger souligne par ailleurs qu’il défendra aussi bien  que GHaegy les droits et libertés religieuses, et ceci « non pas avec les communistes, contre l’autorité de l’évêque, comme [Haegy] le fait, mais avec l’évêque les autorités spirituelles et les autres français. » l’E.K du 11 octobre montre bien quelle est son attitude en prenant pour devise Immer gut Elsässisch.

Le 20 octobre, pourtant, il faut trois tours pour que Pfleger, pourtant en seconde position lors des précédents tours du scrutin, soit élu, grâce au report des voix socialistes sur son nom.Ce qui permet à l’UPR, de dénoncer la collusion entre l’APNA et les anticléricaux[4].

Ces élections montre une évolution nouvelle dans la vie politique de l’Alsace : en effet, l’APNA semble peu à peu équilibrer l’influence de l’UPR. Cette défaite est un coup dur pour l’UPR, mais n’est pas significative de l’état de l’opinion alsacienne, puisqu’il s’agit d’un vote de notables. Une plus grande importance est apportée aux élections de Ribeauvillé et Rouffach, que l’UPR va perdre également assez largement cette fois.

Il semble dès lors que l’autonomisme est en perte de vitesse en cette fin de 1929. Les élections de Ribeauvillé le démontrent bien puisque l’on note un recul des tendances autonomistes car l’UPR ne groupe, lors de cette élection, qu’un cinquième des électeurs inscrits… Mais plus encore, la politique du Volksfront, et la « division politique des catholiques[5] » ont attiré sur l’UPR le mécontentement de l’évêché, et il convient à présent de détailler l’attitude de Mgr Ruch.

L’évêque a condamné très tôt la politique de « front unique » et l’alliance avec les communistes. Il regrette beaucoup la scission et il songe un moment à interdire à tous les prêtres des son diocèse des activités de presse. C’est pourquoi en décembre 1928, il invite l’abbé Schies à se démettre de la direction de l’Elsässer[6] et il envisage la même mesure pour l’abbé Haegy ; son souci principal étant de ne pas rajouter à la scission politique une scission à l’intérieur de son clergé. Les milieux ecclésiastiques favorables à une politique plus active de défense des Heimatrechte réagissent par la voix de l’abbé Zemb, curé de Lichtenberg,  inspiré par Gromer[7]. Il fait circuler une lettre invitant le clergé à manifester son soutien aux curés autonomistes (dont Haegy).

De fait, Mgr Ruch est très nettement favorable à l’APNA et condamne à plusieurs reprises très fortement l’UPR et les différentes alliances que le parti a pu faire avec les communistes. Son soutien est marqué également par ses prises de positions en faveur des journaux « nationaux » de l’APNA, tel que l’Elsässer Bote ou le Messager d’Alsace, puisqu’en novembre 1930, l’évêque précise dans le Bulletin ecclésiastique qu »un catholique peut, sans commettre aucun péché, lire, porter, recommander, propager l’Elsässer Bote ou le Messager d’Alsace » et il ira même plus loin puisqu’il déclarera qu’ « un catholique peut, sans commettre aucun péché, être membre du parti catholique appelé APNA[8] ». Il s’agit ici de répondre aux attaques dont les deux journaux font l’objet de la part de nombreux curés qui en interdisent la lecture à leurs paroissiens, mais qui formulent également de violentes critiques contre l’APNA (du fait des différentes alliances conclues avec les socialistes). A contrario, l’évêque adressera une lettre confidentielle aux membres du conseil d’administration de l’Elsässer, par laquelle il « inflige un blâme au journal quotidien pour les fautes graves qu’il ne cesse de commettre contre la vérité, la justice, la charité. Ce n’est plus une feuille catholique ni chrétienne, ce n’est pas même une feuille d’honnêtes gens, mais un pamphlet de professionnels du mensonge et de la haine[9] ». Le secrétaire de l’évêque M. Douvier, prévient également que la  sanction sera rendue publique si l’Elsässer ne change pas d’attitude. L’Abbé Gromer annotera ce document, et écrira plus tard aux administrateurs du journal qu’il en est, plusieurs jours après, toujours « vert de rage ».

Il n’est pas étonnant de fait de voir que l’attitude de Mgr Ruch est fortement critiquée par une large partie de son clergé, puisqu’elle rompt avec la tradition de non-intervention dans les questions politiques. Des plaintes sont relayées jusqu’à Rome : en janvier 1929 alors que Walter et E. Muller se trouvent dans la ville pontificale, ainsi qu’en décembre puisque Schies et le chanoine Riehl remettent à des membres de la Curie un mémorandum qui critique les positions prises par l’évêque contre l’UPR[10]. Ils y déclarent qu’ils sont persuadés que protester d’un patriotisme ardent comme le préconise l’Evêque ne suffira pas à préserve l’Alsace de l’introduction des lois laïques : « nous sommes convaincus que la tactique que l’Evêque voudrait nous imposer nous mènerait à la défaite [...]. Nous sommes convaincus que notre peuple ne choisira que des représentants qui lui donnent pleinement satisfaction au point de vue de ses intérêts politiques. Si donc nous abandonnions à d’autres la défense de ces intérêts politiques, le peuple s’adresserait à d’autres, et c’en serait fait d’une majorité qui donnerait la première place aux intérêts religieux [...]. La défense politique et la défense religieuse sont si intimement liées, qu’on ne fera pas triompher l’une sans l’autre[11] [...]. Il est à craindre que dès maintenant les membres du clergé, les catholiques les plus fervents, ne voulant pas entrer en conflit ouvert avec la tactique politique de l’Evêque, ne se retirent complètement de la direction du parti. C’est dire que cette direction reviendrait à ceux qui seraient les moins disposés à se laisser conduire avant tout par le souci de l’intérêt religieux ».


[1] DREYFUS, op. cit. p. 154.

[2] DREYFUS, op. cit., p. 155

[3] STRUSS, op. cit., Anhang, p.44 ; le texte est en allemand, mais il est traduit dans Als.fse, 6 octobre 1929.

[4] E.K. du 21.10.1929.

[5] BAECHLER, op. cit., p. 439.

[6] 6519/50  Correspondance entre Julien Schies et Gromer. Le 15 décembre 1928, Schies fait allusion à une lettre de l’évêque qui lui interdit de poursuivre ses activités.

[7] 6519/62  Correspondance de l’abbé Joseph Zemb à Gromer. 1929-1935. En janvier, Gromer lui donne quelques conseils sur ce qu’il faut mettre en avant pour contrer l’évêque.

[8] BES du 15/11/1930.

[9] 6521/7  Blâme infligé par Mgr Ruch à l’Alsacien. 8.11.1930. Copie. Annoté rageusement par Gromer en plusieurs endroits.

[10] Cf. BAECHLER, op. cit., p. 441. « Le clergé, la population catholique d’Alsace, sont complètement désorientés par cette attitude contradictoire d’un chef ecclésiastique qui prétend ne point faire incursion dans un domaine qui lui est, de son propre avis, singulièrement étranger. Au point de vue religieux l’autorité épiscopale se trouve fortement ébranlée, la foi de nos plus fervents catholique est désemparée. Nous allons à une catastrophe. »

[11] L’abbé Gromer ne disait-il pas la même chose, presque mots pour mots, dans l’Opinion ?

Le Volksfront (2) L’entre-deux-guerres en Alsace

Dans de nombreuses circonscriptions, on peut constater un net succès de l’autonomisme, tandis que l’UPR a des résultats très satisfaisants un peu partout en Alsace. A Haguenau, bien que Walter arrive en tête avec plus de 7000 voix, Hauss arrive second avec plus de 5800 voix, soit près de 31% des voix, ce qui fait craindre le pire au comité directeur de l’UPR, puisque Walter ne peut compter ni sur les voix du candidat communiste, ni sur celles du candidat socialiste. Il envoie deux membres de premier plan, l’abbé Haegy et l’abbé Muller afin qu’ils fassent le tour des curés (Walter dénonçait ainsi en avril 1928 la « trahison des curés »]), des hommes de confiance et des électeurs importants pour faire voter Walter et éviter toute tractation avec les autonomistes[2].

Car, en fait, Gromer a entrepris, avec M. Keppi, de se rapprocher de Hauss. Et ils vont bientôt subordonner le désistement de ce dernier à trois conditions, jugées inacceptables par ce comité : soutenir le candidat communiste Hueber à Strasbourg, désigner Rossé comme le candidat officiel de l’UPR à Colmar, et retirer Silbermann au profit de Ricklin[3] à Altkirch. Plusieurs tractations ont lieu, et différentes options sont envisagées pour répondre à de telles exigences.

Enfin, le 25, la décision de retirer la candidature de Hauss est prise, et ce après une réunion de plusieurs heures réunissant Gromer, Keppi, Walter, le chanoine Didio, Moschenross et Haegy ainsi qu’une trentaine de curés et de chefs de section UPR de l’arrondissement[4]. C’est sur les instances de Keppi et Moschenross que l’on a décidé du retrait de Hauss, et c’est Keppi lui-même qui s’est rendu à la prison de Colmar pour demander à Hauss de retirer sa candidature[5]. Cet évènement montre parfaitement à quel point les membres autonomisants de l’UPR ont su jouer avec les évènements et avec le succès de Hauss, attitude qui a permis au trio Keppi-Gromer-Moschenross de prendre l’ascendant sur l’aile nationale du parti, puisqu’ils ont réussi à rallier Walter.

Ce dernier, en effet, a dû prendre un certain nombre d’engagements : celui de désavouer publiquement l’arrestation des autonomistes et de protester contre les mesures policières. Ceci transparaît dans un manifeste du comité électoral de UPR de Haguenau qui paraît dans l’Unterländer le 28 avril 1928, qui déclare condamner « la politique d’arbitraire policier et de despotisme », et demande que « les prisonniers soient libéré, arrachés à leurs cellules [...] Nous attendons des jurés alsacien un acquittement [...], un acquittement que M. Walter attend avec nous. C’est certainement une des raisons qui ont fait que M. Hauss a retiré sa candidature pour le prochain tour. [...] Il montre ainsi qu’il a dans notre candidat, Michel Walter, une pleine confiance ».[6]

Hauss expliquera pour sa part un peu plus tard, lors d’une réunion à Haguenau, « qu’il s’était désisté au second tour en faveur de M.Walter, après mûre réflexion et sans aucun marchandage, sachant qu’il (Walter) était le seul homme capable de défendre le programme autonomiste à la Chambre »[7]. Mais il est bien évident que ces affirmations ne peuvent être prises au sérieux…

Ainsi, au second tour, seuls deux candidats sont en lice : Michel Walter d’une part, et Möhn, du parti communiste, d’autre part. Michel Walter va l’emporter avec plus de 58% des voix.

1° tour

2nd tour

Votants

17557

14156 (-3401)

Walter

7109

8248 (+ 1140)

Hauss

5853

Möhn (communiste)

2504

5908 (+3404)

Socialistes

2092

Plusieurs enseignements peuvent être tirés de ces résultats : en premier lieu, l’on remarque une plus faible mobilisation, qui peut s’expliquer par le fait que beaucoup d’électeurs de Hauss se sont abstenus. De fait, M. Walter n’obtient qu’une évolution positive de 1140 voix, tandis que le candidat communiste semble avoir convaincu une minorité d’autonomistes. La presse “nationale” aura beau critiquer M.Walter, il est clair que sa candidature n’a pas fait l’unanimité chez les autonomistes.

Les conséquences de ces élections sont multiples.

En premier lieu, l’UPR, avec le ralliement de Walter à l’aile gauche du parti, prend une nouvelle orientation. Puisque le nouveau député se rallie à la politique prônée par l’aile gauche, et surtout l’influence de Gromer sur son « Grand Michel » semble à son apogée ; et de fait ce dernier ne peut plus jouer le rôle médiateur qui était le sien entre les deux tendances “nationale” et “régionaliste”. Ce qui va, à court terme, provoquer la scission de l’UPR et la création de l’APNA en novembre 1928.

En second lieu, la circonscription d’Haguenau voit sa réputation d’autonomisme renforcée. Pourtant, on ne peut négliger qu’une partie des électeurs a voté pour Hauss pour des raisons plus personnelles, ou en souvenir de l’action de son père.

En dernier lieu, soulignons que la participation active de Gromer et Keppi aux transactions avec Hauss, leur volonté de “piéger” Walter, place à nouveau la section UPR de la ville très à gauche sur l’échiquier de l’UPR. Plus rien ne s’oppose à ce que l’UPR s’engage dans la politique du Volksfront, préfigurée lors des élections municipales de 1928. Cette politique d’alliance avec les partis autonomistes et communistes pour la défense des droits alsaciens va dès lors connaître un développement important.



[1] Paroles de Walter lors de la réunion du Comité directeur du 23.04.1928 ; au cours de cette même réunion, tous les présents diront leur surprise face à l’ampleur du succès des autonomistes.

[2] BAECHLER, op. cit. p. 402

[3] Candidat autonomiste

[4] ADBR AL 157, rapport Commissaire spécial de Haguenau du 26.04.1928 et du 28.04.1928

[5] Bickler raconte cet épisode dans Ein besonderes Land, p. 121-123.

[6] Unterländer n°100

[7] cf rapport du commissaire spécial, en annexe

Le Volksfront (1) L’entre-deux-guerres en Alsace

Après la crise municipale de Haguenau et la victoire de la ligne régionaliste prônée par l’abbé Gromer et Jean Keppi, les tensions au sein de l’UPR se trouvèrent exacerbées entre l’aile gauche et l’aile droite du parti. Mais c’est également, et à nouveau, l’attitude de l’Etat français qui mettra le feu aux poudres.

En effet, à la veille de Noël 1927, la police procéda à une centaine de perquisitions dans les milieux autonomistes, et à la fin du mois de décembre, plusieurs autonomistes furent arrêtés sous l’inculpation de complot contre la sûreté de l’Etat. En tout, pas moins de 22 personnalités furent inculpées, dont quinze détenues, parmi lesquels Ricklin, Hauss, Schall, Rossé… [1]

De plus, le 11 juillet 1927, une loi établit un nouveau mode de scrutin pour les élections législatives, à savoir un scrutin d’arrondissement uninominal à deux tours. Contrairement au scrutin de liste précédemment utilisé, ce système renforce l’importance des questions de personnes au détriment des considérations purement politiques et diminue sensiblement l’emprise des partis sur les candidatures.

Ces deux décisions, du gouvernement et du parlement, sont lourdes de conséquences. La première, en effet, loin d’entraîner un apaisement des esprits, contribue à maintenir l’agitation : peu de preuves venant corroborer l’accusation de traîtrise, ce qui donne l’impression d’assister à un procès injuste. Nous y reviendrons. La seconde permet aux autonomistes de se présenter aux élections sans avoir à collaborer avec quelque parti influent. Certains possèdent une forte influence dans leur milieu, et ils peuvent se prévaloir de solides chances aux élections.

Les élections législatives d’avril 1928 s’ouvrent dans ce contexte, et la crise d’Haguenau est toujours présente dans les esprits. Pour s’adapter au nouveau mode de scrutin, l’UPR va créer des comités d’arrondissement qui désignent les candidats, sous réserve d’un refus du comité directeur[1]. Michel Walter est désigné pour la circonscription de Haguenau. Mais sa candidature ne fait pas l’unanimité. Il convient de préciser pourquoi.

Né à Haguenau en 1884, Michel Walter fait de brillantes études de physique, de mathématiques et de philosophie à l’université de Strasbourg, et devient professeur en 1905 et, à partir de 1919, enseigne au lycée Kléber à Strasbourg. Son activité politique débute bien avant la guerre, d’abord comme orateur du Volksverein, puis lors des élections au Reichstag, il participe à la campagne de Wetterlé. En 1919, il participe à la création de l’UPR[2], et devient membre du Comité provisoire. Puis il est élu vice président de la section de Strasbourg, où il forme l’aile gauche avec Keppi. Candidat aux élections législatives de 1919 et 1924[3], il est toujours parmi les candidats les mieux placés de la liste d’Union nationale. Mais, comme le fait remarquer M. Baechler[4] si « l’action politique de Keppi s’inspire d’une idée directrice, celle de Walter semble puiser avant tout aux sources de l’opportuniste ». Et c’est ainsi que, bien qu’il se situe à l’aile gauche du parti à l’origine, sa ligne politique ne sera pas aussi claire que celle de Keppi. Il apparaît ainsi plus souvent comme un opportuniste notoire, voire une girouette pour ses détracteurs[5]. Mais à sa décharge, son rôle de député l’amenait à ne pas se prononcer pour des thèses trop radicales au risque de se marginaliser par rapport à ses collègues. Mais, plus important, son rôle de garant du parti, au sein duquel il essaye de maintenir un semblant de cohésion entre une aile droite “nationale” et une aile gauche autonomisante, l’oblige à faire preuve de souplesse et à développer le sens du compromis. Mais ses tergiversations ne vont pas tarder à agacer certains, qui les lui feront cher payer.

Il reste toutefois l’un des principaux artisans des deux projets de lois déposés à la Chambre en vue d’une réforme de l’Etat dans le sens du régionalisme[6]. Projets qui resteront cependant lettre morte, mais qui montrent quand même qu’il fait preuve d’une réelle activité à l’Assemblée.

En 1928, il projette de se faire élire à Haguenau. Mais son action dans la ville n’a pas été aussi importante que celle de Keppi et Gromer, car il n’est pas un membre actif de la section locale de l’UPR, et n’a aucune activité au sein de la municipalité. De plus, rappelons-le, Gromer lui reproche plusieurs choses : de ne pas se prononcer assez clairement pour la ligne autonomisante d’une part, et surtout, de n’avoir pas soutenu activement la liste UPR aux élections municipales de 1928[7]. Sa très maladroite volonté d’apaisement envers le gouvernement français lui vaut bien des inimitiés et les attaques contre lui se multiplient au sein même de la section UPR de Haguenau. Ce qui transparaît lors de cette élection.

La campagne électorale[8] se déroule dans une ambiance très tendue, suite aux arrestations et à la suspension d’un nouveau journal[9]. En fait, toutes les conditions sont réunies pour faire de ces élections « des élections de protestations »[10], comme le montrent déjà les candidatures de certains autonomistes, dont certains sont emprisonnés[11]. L’UPR mène campagne contre le Cartel, accusé de menacer de causer l’anarchie financière et le Kulturkampf scolaire, et plaide pour un « sain régionalisme » qui rejette toute séparation de l’Alsace et de la France[12]. Michel Walter reprend tout ces thèmes et les développe au cours de sa campagne, mais la candidature tardive de l’autonomiste René Hauss va bouleverser la donne. Ce dernier, en effet, inculpé dans le cadre des arrestations anti-autonomistes de Noël 1927, se trouve en prison au moment de la campagne. Ce qui lui permet, dans ses tracts électoraux[13] de se présenter comme un martyr de la répression gouvernementale. Le fait que son père, Charles Hauss, député au Reichstag de la circonscription de 1912 à 1918, ait été la personnalité la plus marquante du Centre alsacien-lorrain dans l’avant guerre, lui donne une forte assise dans la circonscription. Mais par-dessus tout, il présente le vote en sa faveur comme le seul moyen de protestation contre les agissements du gouvernement.

L’Unterländer défend vigoureusement la candidature de Walter, et parle de vengeance personnelle à l’égard de ce dernier, sans toutefois en développer les raisons ; mais surtout, le journal insiste sur le fait que Hauss est l’un des rédacteurs de la Zukunft, journal condamné par l’évêque, et surtout membre de la Landespartei[14]. Cette candidature de Hauss se révèle, selon M. Baechler, être une manœuvre de Keppi, Gromer et Moschenross. Ceux-ci ont en effet été très contrariés de voir que Walter n’avait pas soutenu la liste Weiss aux élections municipales, et qu’il avait tenté d’imposer une abstention de l’UPR lors de ces élections. Il a, en effet, contacté plusieurs membres de la section UPR de Haguenau, leur demandant de renoncer à présenter une liste cette année, proposant même de mener lui-même une liste aux élections municipales de 1929[15]. De fait, l’UPR et Walter, n’ont pratiquement pas soutenu la liste Weiss. C’est donc également une lutte d’influence au sein de l’UPR qui s’exacerbe ici : le “trio” juge la politique au sein du parti trop favorable à l’aile droite, et pas assez à l’écoute des revendications régionalistes de l’aile gauche.

Pour autant, l’abbé Gromer donne une autre version de cette affaire. Il soutient que si l’attitude de Walter l’a profondément contrarié, il n’a, à aucun moment, suscité la candidature de M. Hauss, avec qui il déclare entretenir des relations tendues[16] :

« Un certain côté, mal informé, m’a cru lié à M. Hauss avant son installation à Haguenau (il s’agit là de la venue de Hauss comme Kreisleiter à Haguenau) par des rapports personnels. C’est erroné. Voici l’exacte vérité des faits : en 1907, c’est moi qui ai ouvertement combattu la Reichstagkandidatur (sic) de Hauss père pour Haguenau[17]. C’est connu, car cela a fait l’objet d’une polémique dans la presse. M. Hauss fils, je l’ai à peine connu jusqu’après 1928. Je n’ai pas eu le moindre rapport avec la candidature de René Hauss opposée à M. Walter (députation) en 1928 dans l’arrondissement à Haguenau. Par contre, trois semaines avant le premier tour de scrutin, j’ai passé (sic) chez les maires de mon canton et leur ai donné le mot d’ordre : pour M. Walter. On m’a prié de poser ma propre candidature, j’ai refusé, car je n’ai jamais aimé la félonie. Lorsque le lendemain du 1er tour de scrutin le résultat pour M. Walter s’est montré défavorable, je me suis aussitôt acheminé vers Strasbourg ; j’ai déclaré à M. Walter qu’il passera au second tour, et à 14 heures une réunion de 4 hommes dirigeants de l’UPR a reçu cette assurance».

Cependant, si l’on peut regarder comme vraie cette assertion, il n’en reste pas moins que M. Gromer, par l’intermédiaire de Keppi a eu, après le premier tour de scrutin, des relations avec M. Hauss, dans le but d’accélérer son désistement. Mais analysons plutôt les résultats du premier tour.


[1] Cf. Christian Baechler, op. cit. p. 399

[2] Il est alors vice président du Cercle d’adultes de la Cathédrale

[3] Grâce notamment à l’aide de Keppi

[4] Baechler, op. cit. p. 599

[5] Voir les différentes caricatures dont il fait l’objet…

[6] cf Pierre Vonau, op. cit.

[7] Fonds Gromer 6504/5c Lettre à M. Fahrner, janvier 1928, « Walter s’est efforcé de semer la désunion parmi nos braves gens du conseil municipal pour qu’ils renoncent à présenter une liste [...] contre moi aussi il agit de différentes façons : car mon mandat lui plairait » Autre lettre à M. Fahrner, janvier 1928 : «  [...] Le Grand Michel qui sème encore et toujours la désunion, tourne toujours autour de moi ! »

[8] 6504/8 fff Tracts pour les élections législatives à Haguenau. 1928.

[9] Das neue Elsass cf Elsässer du 13.03.1928 qui critique particulièrement le fait qu’arrestations et suspensions se fassent en pleine campagne : « Nous ne nous laisserons pas intimider ! » proclame t-elle !

[10] Baechler, Christian op. cit. p. 401

[11] Celle de Hauss, de Schall, de Baumann par exemple

[12] Elsässer du 9.3.1928

[13] Fonds Gromer 6504/2b

[14] Unterländer n° 94/ 1928

[15] Fonds Gromer 6520/11 k Notes de Gromer sur le compte de Michel Walter.

[16] 6500/2 Mon attitude 1939-1945. Autojustification de 32 p. dact. ( en 4 exemplaires, avec annotations), accompagnée de nombreux brouillons et de pièces justificatives. Nous citons ici le paragraphe 3 de la partie n° IX.

[17] Il préférait une candidature de Spahn.


[1] Les autres sont : Fasshauer, Rossé, Heil, Eggeman femme Fasshauer et Stürmel. Les accusés déclarés « en fuite » sont Karl Roos, Ernst, Pinck, Ley et Hirtzel.