Le Volksfront (10)

c) Une première tentative de rapprochement avec l’APNA.

C’est dans ce contexte que va se produire la première tentative de rapprochement avec l’APNA. De fait, les catholiques alsaciens sont, nous l’avons dit troublés : entre un évêque proche du nouveau parti, et des curés qui interdisent les journaux proches de celui-ci, la situation est, reconnaissons-le, confuse. Cependant, les négociations achoppent sur plusieurs points. En premier lieu, citons le poids des alliés politiques : en effet sans l’UPR, les autonomistes se retrouvent dans l’impasse n’ayant pas assez d’influence politique pour peser seuls dans les débats, et sans l’APNA, les démocrates sont voués à l’impuissance. Aussi, le curé Schaeffer propose dans le Volksfreund, hebdomadaire catholique, une solution de conciliation qui repose sur plusieurs conditions : ne plus discuter de la question de responsabilité quant à la scission, écarter les questions de personnes, éviter toute équivoque vis-à-vis de l’autonomisme et refuser toute alliance à gauche[1].

L’UPR va reprendre cette proposition mais y rajoutera certains éléments : « Notre parti a vivement regratté que la collaboration efficace des catholiques en un seul parti politique ait été détruite [...] Les catholiques de notre parti formulent tous le vœu pressant que l’on rende du moins possible, en dehors des partis politiques, une collaboration organisée pour la défense des intérêts religieux.

Notre parti [...] défendra en première ligne les intérêts religieux et de plus tous les autres droits politiques de notre population sur la base de son ancien programme. Son organisation et sa méthode d’action politique ont fait leurs preuves et n’ont pas à être abandonnées ni modifiées[2] ».

Il apparaît très clairement que l’UPR estime qu’elle n’a rien à modifier à son action antérieure, et qu’elle attend des gens de l’APNA qu’ils reconnaissent leur erreur et réintègre ses rangs sans tarder. Le Volksfreund réagira rapidement, estimant que la direction de l’UPR ne se contente que « de vœux pieux [3]». Il semblerait qu’en fait aucun des dirigeants deux partis ne songe réellement à une fusion : l’APNA, après ses dernières victoires, se sent le vent en poupe, tandis que l’UPR pense être dans son bon droit. Il semblerait que l’UPR ne se rende pas compte de sa grande part de responsabilité dans la scission, puisque, comme le remarque M. Oscar de Férenzy : « certains de ses dirigeants se sont laissé emporter à un moment donné par la vague autonomiste, se rendant solidaires d’un mouvement qui, recourant parfois aux méthodes et moyens les plus blâmables, poursuivait une utopie, et par là ils ont profondément heurté le sentiment national de ceux qui ont le cœur français[4] ».

C’est dans ce contexte que des élections municipales complémentaires ont lieu à Strasbourg et Colmar. Quatre sièges à Strasbourg et deux à Colmar étaient à pourvoir. A Strasbourg, l’UPR ne présente pas de candidats, préférant soutenir discrètement le candidat autonomiste[5]. L’APNA, les radicaux, les socialistes, les démocrates étaient également en lice. Les candidats du camp national arrivent nettement en tête au premier tour, mais faute d’accord un seul candidat de leur tendance sera élu[6], contre trois autonomistes. Les électeurs de l’UPR ont donc voté en grande partie pour les candidats autonomistes, tandis que le front commun décidé par le camp national, n’a pas tenu notamment à Strasbourg Ouest. A Colmar, le candidat autonomiste présenté est Rossé, une fois de plus candidat de l’UPR, qui se lance dans la campagne en compagnie d’un communiste, Oscar Dider. L’APNA aura beau jeu de critiquer à nouveau la collusion UPR/communistes, mais elle va se retirer au second tour, permettant à un socialiste et à un radical de se faire élire. On constate bien, sur ces deux cas particuliers, les difficultés que posent un rapprochement, et combien les liens entre l’UPR et les autonomistes, subsistent. Mais l’APNA se sent à nouveau en position de force, puisque Rossé est à présent mis à l’écart de la vie municipale de Colmar.


[1] Volksfreund du 2 mars 1930.

[2] Elsässer, 22 février 1930.

[3] Volksfreund du 9 mars 1930.

[4] FERENZY (O. de), La vérité à propos de l’Alsace, Paris, 1930,

[5] Nouveau Journal de Strasbourg, 2 octobre 1930.

[6] DREYFUS, op ; cit., voir tableau p. 164.

L’autonomisme, explication d’un phénomène récurrent

L’autonomisme est un terme que l’on emploie fréquemment, et sous lequel on a mis un peu de tout. En fait, on retrouve trois tendances distinctes, notamment en Alsace durant l’entre-deux guerres.

Le régionalisme tout d’abord, tel qu’il est revendiqué par les “catholiques nationaux”, correspond à une volonté de décentralisation avec un Conseil Régional élu ayant compétence dans des domaines très restreints tels les cultes, l’instruction, le commerce, l’industrie… Cette tendance réunis une grande partie des alsaciens durant notre période, et on a fait justice à cette position depuis…

Le Fédéralisme, pour sa part, répond à une demande d’une plus forte autonomie politique dans le cadre de la République (prérogatives législatives), ce qui équivaut à se retrouver dans une situation proche de celle du Reichsland ; c’est dans ce courant que l’abbé Gromer s’inscrit par exemple, et que s’inscrivent aujourd’hui certains mouvements en Alsace.

En dernier lieu, le séparatisme, est une tendance qui revendique une séparation complète de l’Alsace-Lorraine, qui deviendrait alors un état indépendant qui rejoindrait pour les uns les Etats-Unis d’Europe à créer, et pour les autres serait purement et simplement rattaché à l’Allemagne, qui seule a reconnu toutes les particularités de l’Alsace (contrairement à la France laïque). Cette dernière tendance n’est que le fait d’une minorité extrémiste (Ricklin, Ernst, Hauss…) et c’est la seule à être punissable par la loi[1].

Très souvent l’amalgame sera fait à tort entre les trois tendances, et le mot prendra la connotation négative qu’on lui connait. Il connaît encore un certain succès en Alsace, voire dans d’autres régions.


[1] cf par exemple le procès de Colmar etc…

Biographies Alsaciennes: FREY Charles (Strasbourg 1888- Strasbourg 1955)

FREY Charles (Strasbourg 1888- Strasbourg 1955)

Charles Frey est député du Bas-rhin de 1919 à 1936, sous secrétaire d’état au commerce et à l’industrie de janvier 1931 à février 1932 et maire de Strasbourg de 1935 à sa mort.

Fils d’un ancien ébéniste devenu employé des postes, il étudie la philosophie, la littérature anglaise et la philologie romane.

Il se révèle très vite être attiré par le journalisme et la politique. Il débute dans la Strasburger Bürgerzeitung, avant de publier en 1911 comme rédacteur responsable l’hebdomadaire Das Neue Elsass, dans lequel il collabore avec de nombreux socialistes et démocrates. Il s’oppose au Zentrum car il est défavorable à la nouvelle Constitution, et il exprime rapidement dans son journal sa sympathie pour les « nationalistes » et il défend très vite l’idée d’un ralliement des démocrates, famille politique dans laquelle il s’inscrit, au nationalisme. Pour lui, les démocrates doivent donner la priorité à la question alsacienne, et c’est pour cette raison qu’il propose rapidement de former un « parti national alsacien ».

Lorsque la Fortschrittspartei est créée (rappelons qu’elle regroupe les forces libérales et démocrates sur la base d’une volonté plus marquée d’affirmer le particularisme alsacien) il en sera l’un des dirigeants, à à peine vingt-quatre ans.

Mobilisé pendant la guerre, il se fait incorporer dans le service sanitaire de Strasbourg. En 1919, il participe à la formation du Parti Républicain Démocratique dont il est le Vice-président ; candidat aux élections, il sera élu sur la liste du Bloc national à Strasbourg-campagne, circonscription dans laquelle il sera réélu jusqu’en 1936, où il sera battu par le communiste DAUL. En ce qui concerne la question alsacienne, Charles Frey se prononce pour le respect du statut religieux de l’Alsace et le bilinguisme. Il dénonce dans une intervention à la Chambre e 6 février 1929 le parti socialiste comme responsable par sa politique centralisatrice et assimilationniste du développement du mouvement autonomiste. Il préconise également le renforcement des services d’Alsace et de Lorraine, et rejette aussi bien la départementalisation pure et simple que l’autonomie administrative. Il se fait très critique à propos de l’Allemagne nazie, en mars 1934 il déclare que le fascisme a rompu la communauté de destin entre l’Alsace et l’Allemagne, la communauté de culture a été rompue par la révolution national-socialiste.

Ainsi, battu en 1936, il n’en restera pas moins maire à la direction des affaires municipales de Strasbourg, charge à laquelle il a accédé en 1935. Il assume par exemple l’évacuation de Strasbourg et  reste dans la ville déserte de ses habitants jusqu’à la veille de l’occupation de la ville par les Allemands, avant de se replier sur Périgueux. Il rentre à Strasbourg le 27 novembre 1944, alors que la ville vient d’être libérée. Après la guerre, il sera président d’honneur de l’Union Démocratique de la rénovation, parti formé avec les gaullistes.

Publié dans: on 11 novembre 2008 at 15:13 Commentaires (2)
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Le Volksfront (2) L’entre-deux-guerres en Alsace

Dans de nombreuses circonscriptions, on peut constater un net succès de l’autonomisme, tandis que l’UPR a des résultats très satisfaisants un peu partout en Alsace. A Haguenau, bien que Walter arrive en tête avec plus de 7000 voix, Hauss arrive second avec plus de 5800 voix, soit près de 31% des voix, ce qui fait craindre le pire au comité directeur de l’UPR, puisque Walter ne peut compter ni sur les voix du candidat communiste, ni sur celles du candidat socialiste. Il envoie deux membres de premier plan, l’abbé Haegy et l’abbé Muller afin qu’ils fassent le tour des curés (Walter dénonçait ainsi en avril 1928 la « trahison des curés »]), des hommes de confiance et des électeurs importants pour faire voter Walter et éviter toute tractation avec les autonomistes[2].

Car, en fait, Gromer a entrepris, avec M. Keppi, de se rapprocher de Hauss. Et ils vont bientôt subordonner le désistement de ce dernier à trois conditions, jugées inacceptables par ce comité : soutenir le candidat communiste Hueber à Strasbourg, désigner Rossé comme le candidat officiel de l’UPR à Colmar, et retirer Silbermann au profit de Ricklin[3] à Altkirch. Plusieurs tractations ont lieu, et différentes options sont envisagées pour répondre à de telles exigences.

Enfin, le 25, la décision de retirer la candidature de Hauss est prise, et ce après une réunion de plusieurs heures réunissant Gromer, Keppi, Walter, le chanoine Didio, Moschenross et Haegy ainsi qu’une trentaine de curés et de chefs de section UPR de l’arrondissement[4]. C’est sur les instances de Keppi et Moschenross que l’on a décidé du retrait de Hauss, et c’est Keppi lui-même qui s’est rendu à la prison de Colmar pour demander à Hauss de retirer sa candidature[5]. Cet évènement montre parfaitement à quel point les membres autonomisants de l’UPR ont su jouer avec les évènements et avec le succès de Hauss, attitude qui a permis au trio Keppi-Gromer-Moschenross de prendre l’ascendant sur l’aile nationale du parti, puisqu’ils ont réussi à rallier Walter.

Ce dernier, en effet, a dû prendre un certain nombre d’engagements : celui de désavouer publiquement l’arrestation des autonomistes et de protester contre les mesures policières. Ceci transparaît dans un manifeste du comité électoral de UPR de Haguenau qui paraît dans l’Unterländer le 28 avril 1928, qui déclare condamner « la politique d’arbitraire policier et de despotisme », et demande que « les prisonniers soient libéré, arrachés à leurs cellules [...] Nous attendons des jurés alsacien un acquittement [...], un acquittement que M. Walter attend avec nous. C’est certainement une des raisons qui ont fait que M. Hauss a retiré sa candidature pour le prochain tour. [...] Il montre ainsi qu’il a dans notre candidat, Michel Walter, une pleine confiance ».[6]

Hauss expliquera pour sa part un peu plus tard, lors d’une réunion à Haguenau, « qu’il s’était désisté au second tour en faveur de M.Walter, après mûre réflexion et sans aucun marchandage, sachant qu’il (Walter) était le seul homme capable de défendre le programme autonomiste à la Chambre »[7]. Mais il est bien évident que ces affirmations ne peuvent être prises au sérieux…

Ainsi, au second tour, seuls deux candidats sont en lice : Michel Walter d’une part, et Möhn, du parti communiste, d’autre part. Michel Walter va l’emporter avec plus de 58% des voix.

1° tour

2nd tour

Votants

17557

14156 (-3401)

Walter

7109

8248 (+ 1140)

Hauss

5853

Möhn (communiste)

2504

5908 (+3404)

Socialistes

2092

Plusieurs enseignements peuvent être tirés de ces résultats : en premier lieu, l’on remarque une plus faible mobilisation, qui peut s’expliquer par le fait que beaucoup d’électeurs de Hauss se sont abstenus. De fait, M. Walter n’obtient qu’une évolution positive de 1140 voix, tandis que le candidat communiste semble avoir convaincu une minorité d’autonomistes. La presse “nationale” aura beau critiquer M.Walter, il est clair que sa candidature n’a pas fait l’unanimité chez les autonomistes.

Les conséquences de ces élections sont multiples.

En premier lieu, l’UPR, avec le ralliement de Walter à l’aile gauche du parti, prend une nouvelle orientation. Puisque le nouveau député se rallie à la politique prônée par l’aile gauche, et surtout l’influence de Gromer sur son « Grand Michel » semble à son apogée ; et de fait ce dernier ne peut plus jouer le rôle médiateur qui était le sien entre les deux tendances “nationale” et “régionaliste”. Ce qui va, à court terme, provoquer la scission de l’UPR et la création de l’APNA en novembre 1928.

En second lieu, la circonscription d’Haguenau voit sa réputation d’autonomisme renforcée. Pourtant, on ne peut négliger qu’une partie des électeurs a voté pour Hauss pour des raisons plus personnelles, ou en souvenir de l’action de son père.

En dernier lieu, soulignons que la participation active de Gromer et Keppi aux transactions avec Hauss, leur volonté de “piéger” Walter, place à nouveau la section UPR de la ville très à gauche sur l’échiquier de l’UPR. Plus rien ne s’oppose à ce que l’UPR s’engage dans la politique du Volksfront, préfigurée lors des élections municipales de 1928. Cette politique d’alliance avec les partis autonomistes et communistes pour la défense des droits alsaciens va dès lors connaître un développement important.



[1] Paroles de Walter lors de la réunion du Comité directeur du 23.04.1928 ; au cours de cette même réunion, tous les présents diront leur surprise face à l’ampleur du succès des autonomistes.

[2] BAECHLER, op. cit. p. 402

[3] Candidat autonomiste

[4] ADBR AL 157, rapport Commissaire spécial de Haguenau du 26.04.1928 et du 28.04.1928

[5] Bickler raconte cet épisode dans Ein besonderes Land, p. 121-123.

[6] Unterländer n°100

[7] cf rapport du commissaire spécial, en annexe

L’Entre-deux-guerres en Alsace (8) “L’affaire de Haguenau” 1927-28

Au lendemain d’une entrevue entre le maire Weiss, le préfet Borromée et Paul Valot[1], qui ne laissait pas présager la dissolution, le 24 janvier 1928, l’acte de dissolution sera signé par le président du Conseil Raymond Poincaré et par le président de la République Gaston Doumergue ; il reste très évasif : «  Les dissentiments survenus au sein du Conseil municipal de Haguenau par suite de l’attitude prise par la municipalité sont de nature à compromettre gravement la bonne marche des affaires administratives et même le maintien de l’ordre public. »[2]

Le décret prévoit une délégation de trois personnes pour assurer l’administration de la ville en attendant de nouvelles élections. Deux de ces trois personnes sont des partis de gauche, ce qui va à l’encontre des précédentes élections ou la droite était majoritaire. Ce simple fait montre bien que le gouvernement est persuadé que la gauche l’emportera lors des élections « Le bon sens l’emportera à Haguenau » dira un ministre à Walter[3].

L’UPR, par le biais de l’Unterländer, réplique tout de suite : « Nous mènerons le combat par tous les moyens et nous n’admettrons que deux limites, la pensée chrétienne et le devoir du bon citoyen français. »[4] De plus, l’UPR va accuser le gouvernement d’avoir dissous le conseil parce que Haguenau se trouvait être la seule ville important d’Alsace à ne pas être aux mains des socialistes[5]. Il s’agit donc pour la gauche de permettre à la ville d’en finir « avec le règne du clergé »[6]. L’abbé Gromer, quant à lui ira jusqu’à dire « Nous ne nous laisserons pas marcher sur les pieds !  »[7]

La campagne électorale sera violente, et mettra en avant le thème du nationalisme. L’UPR par le biais de l’Unterländer, tirera à boulets rouges sur les partis de gauche, « Sous des prétextes fallacieux et des manœuvres irréfléchies, la communauté de Haguenau a été précipitée dans le combat le plus haineux auquel aucun ville alsacienne n’a jamais été confrontée. Vous aurez à décider si dimanche prochain le sort de la ville sera remis entre les mains du parti qui vous a mis dans la situation actuelle […] c’est un parti du Kulturkampf. »

La liste UPR- Indépendants agite donc le spectre du Kulturkampf, dénonçant l’anticléricalisme et accusant les partis de gauche de n’aspirer qu’au pouvoir pour faire triompher le laïcisme. Le parti met en avant ses réalisations depuis neuf ans et s’affirme en même temps comme le seul parti qui marque avec autant de force son attachement à l’Alsace. « Vous aimez le drapeau tricolore ; mais pour vous, le drapeau alsacien, qui avant 1914 représentait l’idée française en Alsace, n’est pas un chiffon. »

L’opposition quant à elle réplique en se rassemblant et en menant la campagne contre les personnalités de Gromer et Keppi de façon très claire ; ainsi dans leurs tracts : « [s’adressant à leurs électeurs] Vous aurez à décider si notre ville doit continuer à être dominée par quelques employés municipaux salariés [...] par une clique fanatique de gens […] des employés municipaux qui contin[uent] à façonner et conduire par le bout du nez une majorité municipale ».

Pour eux donc, Gromer et Keppi sont les chefs du Heimatbund, des instructeurs, dont le seul but est de mener une politique de haine, de trahison nationale, et qui donnent à Haguenau sa réputation de capitale de l’autonomisme, ce qui est préjudiciable du point de vue économique. Pourtant, aucun des documents que nous avons pu compulser ne prouve une “main-mise” complète opérée sur le conseil municipal, il est donc certain que la gauche force le trait ici.

Mais il est tout aussi certain que le conseil municipal cherche à promouvoir l’idée d’une Alsace au statut bien plus autonome que celui qu’elle possède à ce moment précis. Ce qui est inacceptable pour la gauche, voire même une partie de l’UPR. La campagne se déroule donc sur un ton violent et négatif, ceci tenant bien sûr au fait que la situation n’est guère courante.

La dissolution a été ressentie comme un acte de répression et de fait, la campagne n’est plus seulement l’occasion pour l’UPR de battre un autre parti, mais également d’exprimer au gouvernement ses rancœurs et ses désirs.


[1] Unterländer n° 19/ 1928

[2] Décret sur la dissolution du conseil municipal de Haguenau, signé par Poincaré et Doumergue

[3] Fonds Gromer, 6519/59 Correspondance politique entre Michel Walter et Gromer. 1926-1934

[4] Unterländer n° 21 1928

[5] Unterländer n° 24 1928

[6] Unterländer n° 27 1928

[7] Fonds Gromer 6504/5 a

Publié dans: on 10 août 2008 at 9:41 Laisser un commentaire
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L’Entre-deux-guerres en Alsace (7) “L’affaire de Haguenau” 1927-28

En janvier 1928, une pétition adressée au préfet, signée par onze chefs d’entreprise et mille ouvriers, demande au Président du conseil de dissoudre le Conseil municipal, accusés à nouveau d’être soumis à l’influence de deux fonctionnaires (Gromer et Keppi) signataires du Heimatbund. Cette pétition est signée par onze chefs d’entreprise et 1000 ouvriers[1]

La volonté du gouvernement de dissoudre le conseil municipal sera vivement critiquée par l’Unterländer[2], qui la juge anticonstitutionnelle, vu que si l’opposition démissionne, donc les 12 membres, les 13 membres restant assureraient toujours le bon fonctionnement de la municipalité ; une dissolution ne pouvant que nuire à l’image de marque du gouvernement en Alsace.

Il semble que le gouvernement ait hésité avant de prendre cette décision de dissolution. En effet un certain nombre de tractations ont eu lieu, et tournait surtout autour de l’abbé Gromer ; Poincaré, par exemple va demander sa démission du poste de conseiller général comme condition pour ne pas dissoudre le conseil municipal. Gromer laissera cette question de sa démission en suspens, tout en déclarant être prêt à se retirer de toute fonction politique… Il est assez intéressant de constater que l’abbé Gromer a pris tellement d’envergure que l’on a mis en balance son éviction de la scène politique avec la dissolution du conseil municipal. Car, si les postes politiques qu’il occupe sont importants, ils ne sont pas de premier ordre. C’est surtout que l’on exagère en fait l’influence qu’il peut avoir ; car si celle ci est importante, c’est surtout du au fait que les maladresses commises par les différents gouvernements exaspèrent les esprits. De plus, comment comprendre un tel acharnement sur cette personnalité précise, ainsi que les tractations menées pour que Walter ne soutiennent pas les membres de l’UPR durant cette crise ?

En fait, Gromer ne pense pas possible que la dissolution ait lieu, du moins dans un premier temps : pour lui, une telle décision serait faire le jeu des communistes : « la dissolution ne pourrait être qu’utile au développement du communisme en Alsace » dira t’il, jouant par ailleurs double jeu, puisqu’il sera l’instigateur d’une alliance entre l’UPR et les communistes. C’est toutefois une période assez dure pour lui, puisque, comme il le reconnaîtra lui-même, alors qu’il s’attendait à ce qu’on le soutienne, que l’UPR intervienne pour lui, aucune voix ne se fera entendre, que cela soit à l’UPR, mais aussi de la part de ses amis, pour lui apporter assistance. Il se défendra comme il le pourra durant cette période, ne cessant de déclarer qu’il agit par idéalisme surtout, pour ne pas voir son travail détruit par la « Loge et les juifs ». Il refusera ainsi de se démettre de ses fonctions, tant qu’il ne recevra pas les garanties nécessaires sur l’attitude du gouvernement.


[1] Unterländer n° 12 1928

[2] Unterländer n° 13 15 17/ 1928

Publié dans: on 31 juillet 2008 at 15:28 Laisser un commentaire
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