Haguenau, 1932

A Haguenau, la section cantonale de l’UPR a été réorganisée à la fin de l’année 1929[1]. A partir de cet instant, il apparaît que les réunions se font de plus en plus fréquentes, preuve d’un regain d’activité. Gromer et Walter y font ainsi de fréquentes allocutions et se font régulièrement renouveler la confiance, lors de votes sur diverses résolutions prises[2]. Ils travaillent donc très souvent de concert ; Walter prie en effet très souvent Gromer de préparer avec lui les réunions puis de l’accompagner.

Ainsi, le 20 mars 1932, lors de la réunion des délégués de la circonscription, l’abbé Gromer propose Michel Walter comme candidat de l’UPR, et celui-ci est désigné à l’unanimité[3]. On voit bien la différence avec les précédentes élections législatives, où Gromer et Walter s’opposaient ! Walter a pourtant tenu en grande partie ses promesses, et il a à plusieurs reprises soutenu le Volksfront ; dès lors, du fait de cet accord, aucun candidat autonomiste ne se présente dans la circonscription.

La campagne est très intense : de nombreuses réunions sont organisées dans tous les villages de la circonscription, et l’abbé Gromer sera en maintes occasions aux côtés du candidat. Celui-ci y développe plus particulièrement le thème de la défense religieuse et reproche notamment à l’APNA de faire passer l’intérêt national avant l’intérêt religieux : si la critique est connue, elle fait très forte impression dans les petits villages. Il détaille également quels sont les moyens mis en pratique par l’UPR pour défendre la politique du Volksfront ainsi que ses propositions pour sortir le canton des divers problèmes économiques[4], les environs de Haguenau étant particulièrement touchés par la crise du bois et du houblon.

Il y développe également les thèmes de la lutte contre les partis de gauche en leur reprochant, bien entendu, leur anticléricalisme, mais il prend bien soin de développer sa volonté de défendre les revendications sociales des ouvriers.

Michel Walter a cinq concurrents. La candidature de Léon Ginter, déjà candidat aux municipales, sous l’étiquette APNA-démocrates, n’est pas surprenante. L’UPR lui reproche cependant d’avoir joué un rôle important lors de la dissolution de 1928, puisqu’il l’appelait de ses vœux, et le présente à ce titre comme un adversaire de la défense des droits religieux[5]. Les autres candidatures sont celles de Möhn pour le parti communiste, de Hincker pour les socialistes, tous deux déjà présents lors des élections précédentes, de Doriath pour le parti communiste alsacien et enfin Wurch comme candidat indépendant. Il est à noter que l’Elz fait campagne pour Doriath, ce qui soulève le mécontentement de la section UPR de Haguenau, et l’abbé Gromer ne manquera pas de souligner sa désapprobation. Mais cette candidature de Doriath ne peut en aucun cas être comparée à celle de Hauss : le candidat communiste n’a que très peu de soutien dans la ville et il n’est pas aussi connu.

A l’issue du premier tour, Walter possède une solide avance, avec environ 46% des voix. Ginter arrive en seconde position avec près de 20%, ce qui prouve que l’APNA n’est pas en reste dans cette circonscription pourtant bien tenue par l’UPR, même si elle n’est pas en mesure d’inquiéter Walter. Les autres candidats ont en deçà des 15% (SFIO : 13.6%, PC : 12.3%, PCAL : 4.9%, Indépendants : 2.9%)

Aucun candidat ne se désiste pour le second tour, et c’est donc fort logiquement que Walter est élu, avec d’ailleurs 700 voix de plus qu’en 1928. Aussi, malgré une abstention en hausse (2500 votants en moins), Walter, entre les deux tours, améliore son score de 1200 voix, tandis que celui de l’APNA s’effondre. On peut dès lors se demander si Walter n’a pas bénéficié du report des voix de l’APNA, sans avoir pourtant passé d’accord. Il est par ailleurs très intéressant de constater que la présence d’un concurrent catholique national a moins de conséquence que celle d’un concurrent autonomiste d’importance, bénéficiant de soutiens. En 1928, Walter n’avait obtenu que 40 % des suffrages au premier tour et 58 au second, alors qu’en 1932, il obtient respectivement 46 et 63%. Le choix de s’entendre avec les personnalités autonomisantes de la ville, comme Gromer, porte donc ces fruits ; les partis autonomistes n’ont, dans la ville, aucune influence  sans l’aide de ce dernier et de Keppi.

Au total, grâce à sa meilleure implantation, l’UPR a réussi à contenir les assauts des catholiques nationaux. Cependant, il s’affirme de plus en plus comme un parti essentiellement rural. Dans les régions urbaines et industrielles autour de Mulhouse ou Strasbourg, l’UPR n’a qu’une influence très faible. Les bons résultats de l’UPR se rencontrent dans les régions rurales traditionnelles, où une population croyante suit le clergé, et dans les villes faiblement  industrialisées. L’APNA, quant à elle, n’a pas réussi à développer son influence. Les succès qu’elle remporte sont surtout « liés au poids personnel de ses candidats et à leur influence »[6]. Par ailleurs, à la lecture de ces résultats, on se rend compte que l’autonomisme est un phénomène essentiellement bas-rhinois. Dans ce département, les autonomistes font campagne à « visage découvert », et ils présentent cinq candidats sur les neuf circonscriptions: à Saverne (Dahlet), Sélestat (Hauss), Strasbourg-campagne (Roos), Strasbourg I (Schall) et Wissembourg (Heil). Et les résultats montrent qu’ils sont relativement bien implantés dans les arrondissements de Sélestat, Wissembourg et Strasbourg-campagne. Pour M. Dreyfus, l’autonomisme apparaît comme très lié à la pratique de la langue allemande, puisqu’il constate que c’est dans les régions où l’on parle le moins français que les autonomistes ont réalisé leurs meilleurs scores[7]. Mais il constate également que l’influence des autonomistes a été encore plus forte dans les cantons protestants, et ceci très certainement en raison du « poids culturel que représente l’allemand dans ces régions luthériennes ».

Ces élections nous montrent par ailleurs que les Alsaciens ne sont pas prêts, en 1932, à accepter le laïcisme : en effet, les partis anticléricaux ont été mis en échec un peu partout. De plus, en votant majoritairement pour l’UPR, l’Alsace a prouvé son attachement à son statut particulier sur les plans religieux, administratif et linguistique. Mais ce succès du parti catholique met également en lumière le désir de la population de rester dans le cadre de la France. L’autonomisme, le séparatisme, essuient des revers cinglants: le fait que ni Roos, ni Hauss ne soient arrivés à se faire élire marque l’échec de leur politique.


[1] Unterländer, n°223-246-253-271/ 1929

[2] Unterländer n° 223-264/ 1929.

[3] Idem n°68/1932

[4] Idem n° 96-101/ 1932

[5] Idem n°92-95/ 1932

[6] DREYFUS, op. cit., p. 186.

[7] Idem, p. 193.

Les élections législatives de 1932 en Alsace: entre confrontation et confusion

  1. Les résultats des élections

La campagne de l’UPR se fait essentiellement sur le thème de la défense des intérêts du peuple alsacien face à la crise économique et de la défense de la paix[1]. L’APNA, quant à elle, a beau jeu d’insister sur le danger du mouvement hitlérien et, rappelant les tensions qui ont lieu à l’Université par exemple, met en avant la nécessité de clarifier la situation politique en Alsace, en condamnant l’autonomisme et les alliances passées par l’UPR avec autonomistes et communistes[2].  Il convient à présent de revenir sur les résultats du 1er mai.

Ils sont donnés par le tableau suivant[3] :

Circonscription Votants Dém. APNA UPR Radic. SFIO PCF. Auton. PCal
Bas-Rhin
Erstein 16124 3663 7660 2067 1382 1352
Haguenau 16570 3246 7711 2253 2057 811
Molsheim 15351 1770 10861 (élu) 1390 1330
Saverne 21569 7500 679 991 8117 (Progr.) 554
Sélestat 14756 7564 (élu) 545 918 5109 620
Strasbourg I 18877 4296 1307 820 5876 1035 2784 2759
Strasbourg II 12525 1729 3942 710 5522
Strasbourg-Campagne 23110 8033 2652 2790 3540 5379
Wissembourg 11732 2919 4397 2091 224 1712
Haut-Rhin
Altkirch 12772 3970 7579 (élu) 1221
Colmar 21029 2518 8894 3069 3632 1850 750
Guebwiller 17249 3786 5417 4628 745
Mulhouse 23444 7037 4754 442 8159 2937
Mulhouse-campagne 21049 2487 9582 6045 2290
Ribeauvillé 15537 4680 2892 2501 2483 172
Thann 17255 1611 8622 (élu) 2932 1317

Soit les pourcentages suivants : (en % par rapport aux exprimés)

Bas-Rhin

1928              1932              Différence

Haut-Rhin

1928            1932             Différence

Démocrates 16.1 13.4 - 2.7 13.5 10.0 -3.5
APNA 11.8 +11.8 10.2 +10.2
UPR 25.0 21.6 -3.4 40.4 39.4 -1
Radicaux 3.9 1.7 -2.2 3.7 2.9 -0.8
SFIO 18.9 14.9 -4 18.9 24.1 +5.2
PCF 20.1 8.2 -11.9 13.3 7..8 -5.5
PCAL 8.3 +8.3 0.6 +0.6
Autonomistes 7.5 10.1 +2.6 7.5 -7.5
Progressistes 4.0 5.5 +1.5
Divers 4.5 4.4 +0.1 3.3 4.8 +1.5

Ainsi, au premier tour, il n’y a que quatre élus : Meck à Molsheim, Oberkirch qui bat facilement l’autonomiste Hauss à Sélestat, et dans le Haut-Rhin, les deux UPR autonomisants, Stürmel (Altkirch) et Brom à Thann. L’UPR maintient ses positions, malgré la scission de 1928, puisque le parti obtient 21.6% des suffrages exprimés dans le Bas-Rhin, et 39.4% dans le Haut-Rhin, soit une baisse très faible par rapport à 1928. Ce premier tour est toutefois un échec pour l’APNA, qui ne dépasse pas les 12 % dans le Bas-Rhin. On ne peut manquer de remarquer, toutefois, que la part des voix nationales (APNA, Démocrates, radicaux, SFIO) progresse dans les deux départements, plus sensiblement dans le Haut-Rhin (+ 11.1%). La gauche connaît ceci dit un recul sévère, tandis que les autonomistes maintiennent bien leurs positions.

La préparation du second tour s’engage sur ces éléments et des représentants de l’UPR, de l’APNA et des démocrates se rencontrent le 4 mai à Strasbourg, pour définir une politique commune dans le Bas-Rhin, dans le but de s’opposer au Cartel. Plusieurs décisions seront prises : à Strasbourg I, le candidat UPR est retiré au profit des démocrates, alors que l’autonomiste Schall est maintenu pour le second tour. De la même manière, on soutiendra Wolff contre Dahlet à Saverne et l’UPR soutiendra également Frey qui se présente contre Roos. On ne peut manquer de constater que les liens avec le Volksfront se relâche quelque peu. Cependant, à Saverne, malgré l’accord, l’UPR soutient Dahlet jusqu’à la veille du scrutin et ne transmet le mot d’ordre de voter pour le démocrate Wolff qu’au tout dernier moment ; à Haguenau, aussi, l’APNA maintient sa candidature contre Walter, nous y reviendrons. La situation reste donc relativement confuse. Dans le Haut-Rhin, enfin, on voit apparaître une candidature nouvelle à Ribeauvillé, fruit de l’alliance entre l’UPR et l’APNA, qui désirent contrecarrer la candidature de l’industriel Burrus.

Le second tour délivre les résultats suivants :

Circonscription Votants Dém. APNA UPR Radic. SFIO PCF. Auton. PCAL /Divers
Bas-Rhin
Erstein 12256 101 9249 575 1847 484
Haguenau 14040 1102 8959 299 3401 227
Saverne 20695 8815 307 11516 (progr.) 554
Strasbourg I 20589 6189 8382 1177 4839
Strasbourg II 13643 6192 494 6575
Strasbourg-Campagne 24425 11730 3958 6708 + divers 2029
Wissembourg 12386 116 6843 4243 99 1061
Haut-Rhin
Colmar 22093 11156 8869 1626
Guebwiller 14188 7505 6372 288
Mulhouse 24521 12367 10436 1717
Mulhouse-campagne 21464 11807 8131 1384
Ribeauvillé 11716 4032 Burrus, élu 7593.

Ce qui nous donne la répartition en sièges suivante :

Bas-Rhin

1928              1932              Différence

Haut-Rhin

1928            1932             Différence

Démocrates 1 1 = 0 1 +1
APNA 2 1 -1 1 0 -1
UPR 3 4 +1 5 5 =
SFIO 1 1 = 1 0 -1
PCAL 1 1 =
Progressistes 1 1 =
Indépendant 0 1 +1

En définitive sont élus dans le Bas-Rhin trois UPR, à Erstein (Seltz), Haguenau (Walter) et Wissembourg (Elsaesser qui bat l’APNA Weydmann), un socialiste à Strasbourg I (Georges Weill), un démocrate à Strasbourg campagne (Frey), un progressiste autonomisant à Saverne (Dahlet) et un communiste autonomiste à Strasbourg II (Mourer). Dans le Haut-Rhin, l’UPR conserve ses cinq sièges, alors que le candidat APNA Grumbach est défait à Mulhouse par le candidat démocrate Wallach. Le grand vainqueur de ces élections est l’UPR, qui confirme sa prédominance dans les deux départements : elle conserve ses cinq sièges dans le Haut-Rhin, et en gagne un dans le Bas-Rhin. L’APNA, dont la volonté était de promouvoir une politique catholique-nationale et de faire contrepoids à l’UPR, n’est pas arrivée à ses fins. Avec moins de 12 % des voix dans le Bas-Rhin, elle ne fait reculer l’UPR que de 3,4% des suffrages. Elle n’arrive pas à s’imposer contre les « poids lourds » de l’UPR ; au final, seul Oberkirch est élu. L’APNA peine à ainsi percer dans de nombreuses circonscriptions, l’exemple le plus intéressant pour notre étude étant celui de Haguenau.

Justement, dans le fief de l’aile autonomisante de l’UPR, ville de Gromer et Keppi, où se présente Walter, comment ces élections se sont elles déroulées ?


[1] E.K. du 29 avril 1932.

[2] E.B. du 30 avril 1932.

[3] Voir DREYFUS, op. cit., p. 181.

Camille Dahlet (1)

Dahlet Camille (Saverne 1883 – Brumath 1963).

Camille DAHLET est né le 21 juillet 1883 à Saverne dans une famille qui semble  très francophile puisque son père a présidé la section de Saverne du Souvenir Français, structure chargée de l’entretien des tombes des soldats français.

A l’école Camille DAHLET cotoya René SCHICKELE,Figure emblématique d’une “alsacianité de l’esprit”,  avec qui il restera lié d’une grande amitié puisque ce dernier en fera d’ailleurs le personnage d’un de ses romans sous le nom de François KERN.
Étudiant en pharmacie à Strasbourg, il s’inscrit dans une association d’étudiants alsaciens-lorrains francophiles, et animera la revue Hazweiess (H2S), fondée en 1893 pour les étudiants en pharmacie,  dans laquelle il découvrit sans doute son intérêt et son talent pour le journalisme.

C’est de cette époque que datent également ses convictions européennes et sa passion pour la culture alsacienne. Il fera aussi partie de ces Alsaciens qui fêteront régulièrement, et souvent au grand jour, le Quatorze Juillet, ce qui lui valut bien entendu  des ennuis avec les autorités prussiennes, très promptes à réagir à ce genre de provocations.

Vie politique
C’est en 1919 qu’il apparaît véritablement sur la scène politique. Il se signale alors par des articles très critiques vis-à-vis de l’Administration française dans le «Strassburger Echo» d’abord, puis dans « La République », organes du parti radical socialiste dont il sera un temps rédacteur en chef.
Malgré et peut-être à cause de son profond attachement pour la France, il sera ainsi le premier à protester contre les injustices, à dénoncer les scandales et les “erreurs” du pouvoir central français dans la Province. Il aura toujours à cet instant à coeur de défendre le point de vue et les intérêts alsaciens et la participation des Alsaciens à la gestion de leurs affaires.
Il s’élèvera avec véhémence et conviction, dans des articles restés célèbres, contre l’éviction des fonctionnaires alsaciens, contre les commissions de triage, contre les spoliations, bref  contre ce que l’on qualifiait de “colonisation” de l’Alsace à l’époque de la part des “planqués” venus de “l’intérieur” (qui bénéficiait d’une prime).

L’autonomisme

Camille Dahlet  sera le premier parler de « Heimatrechte », et il deviendra une des figures de proue du mouvement autonomiste dans la région. En cette même année de 1919, on le retrouve membre du parti radical dont il animera l’aile régionaliste. Nos travaux permettent, en pointillés, de montrer son influence sur la mouvance autonomiste dans la période.

Volksfront (12) les préparatifs aux élections législatives

Les élections législatives

Malgré ces succès, l’abbé Gromer écrira le 4 janvier à Mgr Fahrner : « l’atmosphère est lourde et sombre. M. Walter et moi-même avons de plus en plus de mal à convaincre » du bien-fondé de la politique du Volksfront[1]. De fait, peu après les élections cantonales, plusieurs voix se font à nouveau entendre pour demander un rapprochement, voire une réunification de l’UPR et de l’APNA. De plus, rappelons que l’agitation autonomiste se développe à l’Université lors de la rentrée universitaire, par le biais de la Jungmannschaft, qui dans un tract déclare qu’ « il faut que l’allemand qui est notre langue […] reste notre langue»[2].

A la mi-novembre, Monseigneur Ruch lance un appel pressant à l’Union des catholiques[3]. De plus, dans les « Zeitfragen », Didio estime en novembre que des relations « supportables entre les deux partis doivent être instaurées ». L’obstacle majeur à ce rapprochement est bien entendu le Volksfront. C’est pour cette raison que certains vont être tenté de minimiser les accords passés avec les autonomistes, en insistant sur leur caractère local, et sur la volonté, toujours locale, de faire barrage à l’élection « d’anticléricaux ». De la même manière, Médart Brogly insiste sur le fait que s’il y a eu alliance, c’est qu’autonomistes et communistes ont été les seuls à accepter la constitution d’une liste à la proportionnelle, proposition pourtant faite à tous les partis[4].

D’autre part, lors du Congrès départemental des démocrates, l’UPR est à plusieurs reprises pris à parti en raison de ses liens avec certains milieux autonomistes. Le parti catholique réplique par le biais de l’Elsässer, le 15 décembre, en déclarant « qu’il n’y a pas de Volksfront, mais seulement une communauté de travail à la mairie de Strasbourg et au conseil général pour discuter de questions purement économiques ». Les partis autonomistes se sentent bien évidemment floués et critiquent vertement cette position en mettant ironiquement en avant que « la différenciation entre Volksfront et communauté de travail est quelque peu théorique »[5]. Il y a donc, c’est un fait nouveau, une certaine modération de la part de l’UPR, qui cherche à minimiser le rôle du Volksfront et ses liens avec la Landespartei et la Fortschrittspartei.  .

L’année 1932 s’ouvre néanmoins avec l’amnistie accordée aux Alsaciens accusés d’autonomisme. Cette amnistie, justifiée par l’acquittement des accusés de Colmar par la cour d’assises de Besançon, avait été réclamée en maintes occasions depuis 1927 par les milieux autonomistes et par l’UPR[6]. Une telle décision aurait pu apaiser les esprits et était sans doute faite en ce sens. Mais pour beaucoup, dont l’abbé Gromer, elle venait bien tard et de plus, l’Elsässer Kurier a tôt fait de souligner le caractère limitatif de l’amnistie, notamment à propos des fonctionnaires dont la réintégration dans l’administration n’était pas de plein droit. De même le journal insiste sur le fait que les fonctionnaires signataires du Heimatbund ne sont pas encore réintégrés[7]. Les milieux autonomistes restent donc bien réticents à tout tentative d’apaisement.

Cette réticence des autonomistes et d’une certaine partie de l’UPR ne facilite pas les discussions avec l’APNA qui refusent de reconsidérer ses positions tant que son adversaire n’aura pas abandonné le Volksfront. Le gérant de l’APNA du Bas-Rhin, Schmidt-le-Roi, déclare au congrès du 10 janvier 1932 « qu’il ne peut être question d’une collaboration entre l’APNA et l’UPR aussi longtemps que l’UPR n’abandonnera pas sa communauté de travail avec les communistes et les autonomistes et ne se placera pas, sans aucune équivoque, sur le terrain national »[8]. Ce congrès adopte également une résolution adressée à tous les prêtres d’Alsace, dans laquelle il rejette la responsabilité de la scission et déclare que le meilleur moyen pour assurer la paix entre les catholiques est que les curés laissent à leurs paroissiens toute liberté de choix entre les deux partis et qu’ils les laissent lire la presse de leur choix (Le Bote étant toujours fortement critiqué par nombre de curés). Les partisans du Volksfront répliquent rapidement. Michel Walter, qui rappelons-le se présente aux législatives et ne veut pas réitérer son erreur de 1929, se fait le porte-parole de l’aile gauche de l’UPR en affirmant au Conseil municipal de Strasbourg qu’il restera le partisan de la « communauté de travail », aussi longtemps que « les circonstances et la défense de la Heimat l’exigeront »[9], mais il s’attache toutefois à nuancer ses propos et déclare que pour lui il n’y a pas d’alliance entre partis, mais juste une « communauté de travail » de caractère purement local au Conseil municipal de Strasbourg et au Conseil Général du Bas-Rhin.

L’abbé Gromer, quant à lui, répètera que « le Volksfront est la seule solution pour préserver les droits de la Heimat » lors d’une réunion de janvier 1932 à la Halle aux houblons de Haguenau. Haegy fait, lui, valoir dans Die Heimat les avantages du Volksfront à Colmar et Strasbourg (il parle avant tout de certaines subventions accordées à des œuvres chrétiennes) et il estime que « sa destruction compromettrait au plus haut degré les intérêts du peuple alsacien et provoquerait l’exultation de la loge franc-maçonne »[10]. Finalement, dans un communiqué du 11 janvier 1932, le Comité directeur de l’UPR note que « la communauté de travail entre les représentants de l’UPR et représentants des autres partis, au Conseil municipal de Strasbourg et au Conseil général du Bas-Rhin, ne signifie pas qu’il y a alliance entre partis, ne restreint en rien notre liberté d’action, et n’a nullement porté atteinte aux principes fondamentaux du parti »[11]. Et même si cette résolution a donné lieu à de vifs échanges au sein du comité directeur, Meck et Brogly y étant par exemple hostiles, elle montre bien qu’il n’est pas question, pour l’instant, de modifier la ligne politique du parti. L’E.K. ira plus loin le lendemain en écrivant que le Volksfront « est indispensable pour lutter contre l’ennemi commun, c’est-à-dire les partis du Cartel des gauches » et qu’il a permis « de pratiquer une politique de tolérance religieuse et de progrès social, favorable aux intérêts de la population alsacienne ». .

Dès lors, puisqu’ aucun des deux partis ne veut de réunification, on cherche tout de même à trouver un terrain d’entente avec l’APNA et négociations vont s’engager par le biais du Comte d’Andlau, sénateur UPR et proche de l’APNA. Ces négociations ont pour but de répartir les candidatures entre l’UPR, l’APNA et les démocrates, afin de faire échec aux candidats du Cartel. Elles échouent dans le Haut-Rhin pour des questions de personnes, la section APNA du département étant par ailleurs notoirement hostile à tout rapprochement avec l’UPR, qui est rappelons-le dirigé par Rossé, très autonomisant, et préfère favoriser l’option d’alliance avec les autres partis nationaux (socialistes, radicaux et démocrates)[12]. Dans le Bas-Rhin, un accord est de prime abord trouvé, avant que l’Assemblée générale de l’APNA du Bas-Rhin ne le rejette, le 21 mars, entraînant ainsi le parti dans une petite crise[13].

Par cette décision, l’APNA marque son désir de ne pas renier ses principes fondamentaux[14]. De plus, on constate que les deux partis ne s’opposent pas que sur le problème national. Car l’UPR veut favoriser une politique chrétienne mais aussi sociale. Une alliance avec les radicaux ou les socialistes n’est pas possible car, sur le plan religieux, tout les sépare. Mais une alliance avec l’APNA et les démocrates est tout aussi difficile pour des raisons sociales et économiques. Par ailleurs, il y a également des questions de personnes : l’APNA souhaite le départ de Rossé, Gromer et Walter de la vie politique alsacienne, les jugeant trop lié à la politique du Volksfront, trop autonomisant. A parti du 21 mars 1932, les choses sont donc claires : UPR et APNA feront campagne séparément.

Lors de la réunion des Comités départementaux, l’UPR du Bas-Rhin va réélire Michel Walter à sa tête, montrant ainsi son approbation envers la politique du Volksfront. Il y eu quelques passes d’armes, notamment à propos de Strasbourg, où Walter et Gromer ont plaidé pour le soutien aux candidats du Volksfront et ce dès le premier tour, alors que Didio proposait le soutien au démocrate Frey à Strasbourg-campagne. Mais priorité est donnée à la lutte contre les socialistes et les radicaux. La résolution adoptée donne le ton, en déclarant qu’il faut chercher à battre « les anticléricaux, les réactionnaires dans le domaine social et les chauvins ». Elle souligne également que « le parti ne se compromet en rien s’il fait une partie du chemin avec des partis qui, même si c’est sous une forme différente et avec des priorités différentes, poursuivent les mêmes buts et sont partisans de la tolérance religieuse, du progrès social, de l’entente entre les peuples et de la défense énergique des droits et revendications du peuple alsacien »[15]. Pour l’Elsässer, la responsabilité de l’échec des négociations revient entièrement à l’APNA[16]. Le comité départemental du Haut-Rhin, quant à lui, prend la décision de ne présenter de candidats que dans les circonscriptions ou elle détient un mandat.


[1] 6504/5c

[2] DREYFUS, op. cit., p. 174.

[3] Die Heimat, décembre 1931, p. 356.

[4] E.B. du 2 décembre 1931.

[5] Neue Welt, 16 décembre 1931.

[6] De même lors de nombreuses sessions du Conseil général, ainsi celle d’octobre 1929 par exemple, qui émet le vœu de voir le gouvernement retirer les sanctions. L’abbé Gromer en est le rapporteur. cf annexes.

[7] E.K. du 31 décembre 1931.

[8] E.B. du 11 janvier 1932, p.1.

[9] Die Heimat de janvier 1932, p.2-3.

[10] Idem.

[11] Idem, p. 8-12.

[12] BAECHLER, op. cit., p. 453.

[13] E.B. du 22 mars 1932. Dans une résolution, « les délégués constatent avec regret : 1. que ces signatures ont été données sans consultation préalable des organes compétents du Parti ; 2. que les conditions exigées pour une conciliation avec l’UPR établies lors de l’assemblée des délégués au Baeckehiesel à Strasbourg ne sont pas réalisées ». A la suite de cette décision, Schmidt –le-Roi démissionne de la gérance et Oberkirch de la présidence de l’APNA : ils étaient à l’origine de l’accord.

[14] Voir le programme de l’APNA.

[15] Elsässer du 18 mars 1932.

[16] Elsässer du 29 mars 1932.

Le Volksfront (1) L’entre-deux-guerres en Alsace

Après la crise municipale de Haguenau et la victoire de la ligne régionaliste prônée par l’abbé Gromer et Jean Keppi, les tensions au sein de l’UPR se trouvèrent exacerbées entre l’aile gauche et l’aile droite du parti. Mais c’est également, et à nouveau, l’attitude de l’Etat français qui mettra le feu aux poudres.

En effet, à la veille de Noël 1927, la police procéda à une centaine de perquisitions dans les milieux autonomistes, et à la fin du mois de décembre, plusieurs autonomistes furent arrêtés sous l’inculpation de complot contre la sûreté de l’Etat. En tout, pas moins de 22 personnalités furent inculpées, dont quinze détenues, parmi lesquels Ricklin, Hauss, Schall, Rossé… [1]

De plus, le 11 juillet 1927, une loi établit un nouveau mode de scrutin pour les élections législatives, à savoir un scrutin d’arrondissement uninominal à deux tours. Contrairement au scrutin de liste précédemment utilisé, ce système renforce l’importance des questions de personnes au détriment des considérations purement politiques et diminue sensiblement l’emprise des partis sur les candidatures.

Ces deux décisions, du gouvernement et du parlement, sont lourdes de conséquences. La première, en effet, loin d’entraîner un apaisement des esprits, contribue à maintenir l’agitation : peu de preuves venant corroborer l’accusation de traîtrise, ce qui donne l’impression d’assister à un procès injuste. Nous y reviendrons. La seconde permet aux autonomistes de se présenter aux élections sans avoir à collaborer avec quelque parti influent. Certains possèdent une forte influence dans leur milieu, et ils peuvent se prévaloir de solides chances aux élections.

Les élections législatives d’avril 1928 s’ouvrent dans ce contexte, et la crise d’Haguenau est toujours présente dans les esprits. Pour s’adapter au nouveau mode de scrutin, l’UPR va créer des comités d’arrondissement qui désignent les candidats, sous réserve d’un refus du comité directeur[1]. Michel Walter est désigné pour la circonscription de Haguenau. Mais sa candidature ne fait pas l’unanimité. Il convient de préciser pourquoi.

Né à Haguenau en 1884, Michel Walter fait de brillantes études de physique, de mathématiques et de philosophie à l’université de Strasbourg, et devient professeur en 1905 et, à partir de 1919, enseigne au lycée Kléber à Strasbourg. Son activité politique débute bien avant la guerre, d’abord comme orateur du Volksverein, puis lors des élections au Reichstag, il participe à la campagne de Wetterlé. En 1919, il participe à la création de l’UPR[2], et devient membre du Comité provisoire. Puis il est élu vice président de la section de Strasbourg, où il forme l’aile gauche avec Keppi. Candidat aux élections législatives de 1919 et 1924[3], il est toujours parmi les candidats les mieux placés de la liste d’Union nationale. Mais, comme le fait remarquer M. Baechler[4] si « l’action politique de Keppi s’inspire d’une idée directrice, celle de Walter semble puiser avant tout aux sources de l’opportuniste ». Et c’est ainsi que, bien qu’il se situe à l’aile gauche du parti à l’origine, sa ligne politique ne sera pas aussi claire que celle de Keppi. Il apparaît ainsi plus souvent comme un opportuniste notoire, voire une girouette pour ses détracteurs[5]. Mais à sa décharge, son rôle de député l’amenait à ne pas se prononcer pour des thèses trop radicales au risque de se marginaliser par rapport à ses collègues. Mais, plus important, son rôle de garant du parti, au sein duquel il essaye de maintenir un semblant de cohésion entre une aile droite “nationale” et une aile gauche autonomisante, l’oblige à faire preuve de souplesse et à développer le sens du compromis. Mais ses tergiversations ne vont pas tarder à agacer certains, qui les lui feront cher payer.

Il reste toutefois l’un des principaux artisans des deux projets de lois déposés à la Chambre en vue d’une réforme de l’Etat dans le sens du régionalisme[6]. Projets qui resteront cependant lettre morte, mais qui montrent quand même qu’il fait preuve d’une réelle activité à l’Assemblée.

En 1928, il projette de se faire élire à Haguenau. Mais son action dans la ville n’a pas été aussi importante que celle de Keppi et Gromer, car il n’est pas un membre actif de la section locale de l’UPR, et n’a aucune activité au sein de la municipalité. De plus, rappelons-le, Gromer lui reproche plusieurs choses : de ne pas se prononcer assez clairement pour la ligne autonomisante d’une part, et surtout, de n’avoir pas soutenu activement la liste UPR aux élections municipales de 1928[7]. Sa très maladroite volonté d’apaisement envers le gouvernement français lui vaut bien des inimitiés et les attaques contre lui se multiplient au sein même de la section UPR de Haguenau. Ce qui transparaît lors de cette élection.

La campagne électorale[8] se déroule dans une ambiance très tendue, suite aux arrestations et à la suspension d’un nouveau journal[9]. En fait, toutes les conditions sont réunies pour faire de ces élections « des élections de protestations »[10], comme le montrent déjà les candidatures de certains autonomistes, dont certains sont emprisonnés[11]. L’UPR mène campagne contre le Cartel, accusé de menacer de causer l’anarchie financière et le Kulturkampf scolaire, et plaide pour un « sain régionalisme » qui rejette toute séparation de l’Alsace et de la France[12]. Michel Walter reprend tout ces thèmes et les développe au cours de sa campagne, mais la candidature tardive de l’autonomiste René Hauss va bouleverser la donne. Ce dernier, en effet, inculpé dans le cadre des arrestations anti-autonomistes de Noël 1927, se trouve en prison au moment de la campagne. Ce qui lui permet, dans ses tracts électoraux[13] de se présenter comme un martyr de la répression gouvernementale. Le fait que son père, Charles Hauss, député au Reichstag de la circonscription de 1912 à 1918, ait été la personnalité la plus marquante du Centre alsacien-lorrain dans l’avant guerre, lui donne une forte assise dans la circonscription. Mais par-dessus tout, il présente le vote en sa faveur comme le seul moyen de protestation contre les agissements du gouvernement.

L’Unterländer défend vigoureusement la candidature de Walter, et parle de vengeance personnelle à l’égard de ce dernier, sans toutefois en développer les raisons ; mais surtout, le journal insiste sur le fait que Hauss est l’un des rédacteurs de la Zukunft, journal condamné par l’évêque, et surtout membre de la Landespartei[14]. Cette candidature de Hauss se révèle, selon M. Baechler, être une manœuvre de Keppi, Gromer et Moschenross. Ceux-ci ont en effet été très contrariés de voir que Walter n’avait pas soutenu la liste Weiss aux élections municipales, et qu’il avait tenté d’imposer une abstention de l’UPR lors de ces élections. Il a, en effet, contacté plusieurs membres de la section UPR de Haguenau, leur demandant de renoncer à présenter une liste cette année, proposant même de mener lui-même une liste aux élections municipales de 1929[15]. De fait, l’UPR et Walter, n’ont pratiquement pas soutenu la liste Weiss. C’est donc également une lutte d’influence au sein de l’UPR qui s’exacerbe ici : le “trio” juge la politique au sein du parti trop favorable à l’aile droite, et pas assez à l’écoute des revendications régionalistes de l’aile gauche.

Pour autant, l’abbé Gromer donne une autre version de cette affaire. Il soutient que si l’attitude de Walter l’a profondément contrarié, il n’a, à aucun moment, suscité la candidature de M. Hauss, avec qui il déclare entretenir des relations tendues[16] :

« Un certain côté, mal informé, m’a cru lié à M. Hauss avant son installation à Haguenau (il s’agit là de la venue de Hauss comme Kreisleiter à Haguenau) par des rapports personnels. C’est erroné. Voici l’exacte vérité des faits : en 1907, c’est moi qui ai ouvertement combattu la Reichstagkandidatur (sic) de Hauss père pour Haguenau[17]. C’est connu, car cela a fait l’objet d’une polémique dans la presse. M. Hauss fils, je l’ai à peine connu jusqu’après 1928. Je n’ai pas eu le moindre rapport avec la candidature de René Hauss opposée à M. Walter (députation) en 1928 dans l’arrondissement à Haguenau. Par contre, trois semaines avant le premier tour de scrutin, j’ai passé (sic) chez les maires de mon canton et leur ai donné le mot d’ordre : pour M. Walter. On m’a prié de poser ma propre candidature, j’ai refusé, car je n’ai jamais aimé la félonie. Lorsque le lendemain du 1er tour de scrutin le résultat pour M. Walter s’est montré défavorable, je me suis aussitôt acheminé vers Strasbourg ; j’ai déclaré à M. Walter qu’il passera au second tour, et à 14 heures une réunion de 4 hommes dirigeants de l’UPR a reçu cette assurance».

Cependant, si l’on peut regarder comme vraie cette assertion, il n’en reste pas moins que M. Gromer, par l’intermédiaire de Keppi a eu, après le premier tour de scrutin, des relations avec M. Hauss, dans le but d’accélérer son désistement. Mais analysons plutôt les résultats du premier tour.


[1] Cf. Christian Baechler, op. cit. p. 399

[2] Il est alors vice président du Cercle d’adultes de la Cathédrale

[3] Grâce notamment à l’aide de Keppi

[4] Baechler, op. cit. p. 599

[5] Voir les différentes caricatures dont il fait l’objet…

[6] cf Pierre Vonau, op. cit.

[7] Fonds Gromer 6504/5c Lettre à M. Fahrner, janvier 1928, « Walter s’est efforcé de semer la désunion parmi nos braves gens du conseil municipal pour qu’ils renoncent à présenter une liste [...] contre moi aussi il agit de différentes façons : car mon mandat lui plairait » Autre lettre à M. Fahrner, janvier 1928 : «  [...] Le Grand Michel qui sème encore et toujours la désunion, tourne toujours autour de moi ! »

[8] 6504/8 fff Tracts pour les élections législatives à Haguenau. 1928.

[9] Das neue Elsass cf Elsässer du 13.03.1928 qui critique particulièrement le fait qu’arrestations et suspensions se fassent en pleine campagne : « Nous ne nous laisserons pas intimider ! » proclame t-elle !

[10] Baechler, Christian op. cit. p. 401

[11] Celle de Hauss, de Schall, de Baumann par exemple

[12] Elsässer du 9.3.1928

[13] Fonds Gromer 6504/2b

[14] Unterländer n° 94/ 1928

[15] Fonds Gromer 6520/11 k Notes de Gromer sur le compte de Michel Walter.

[16] 6500/2 Mon attitude 1939-1945. Autojustification de 32 p. dact. ( en 4 exemplaires, avec annotations), accompagnée de nombreux brouillons et de pièces justificatives. Nous citons ici le paragraphe 3 de la partie n° IX.

[17] Il préférait une candidature de Spahn.


[1] Les autres sont : Fasshauer, Rossé, Heil, Eggeman femme Fasshauer et Stürmel. Les accusés déclarés « en fuite » sont Karl Roos, Ernst, Pinck, Ley et Hirtzel.

L’Entre-deux-guerres en Alsace (11) “L’affaire de Haguenau” 1927-28

Pour la ville de Haguenau, le vote important en faveur de Hauss, les manœuvres de Gromer et Keppi ne vont pas changer la réputation que l’on fait à la ville d’être un des bastions de l’autonomisme. Les tractations qu’ils ont menées avec Hauss placent ainsi à nouveau la section haguenovienne du parti très à gauche de l’échiquier de l’UPR. Mais ici, on assiste surtout à une nouvelle victoire de la politique du Volksfront, à savoir cette politique d’alliance avec les partis autonomistes et communistes pour la défense des droits alsaciens. En réaction au procès de Colmar et aux condamnations, Walter va présenter deux propositions de résolutions pour l’amnistie des condamnés. Cette décision de s’orienter encore plus dans un sens autonomiste est prise en juillet 1928, et répond aussi aux besoins de l’UPR de ne pas perdre d’électeurs, vu l’exaspération sans cesse croissante des Alsaciens face aux manœuvres de l’Etat. Le 28 juillet 1928, une manifestation de protestation va avoir lieu à Haguenau et rassemblera plus de 400 personnes au Crocodile. Walter, Gromer, Keppi, Rossé le communiste Liebrich vont tour à tour y intervenir sur les thèmes de la justice, de l’assimilation du problème de la langue… Dès lors, il est à constater que Walter souhaitera souvent avoir Gromer à ses côtés lors de différentes réunions ou manifestations. De plus, une résolution du Conseil Général d’octobre 1929 revenant sur le Heimatbund et sur l’attitude de l’état français en 1928, inspirée par Gromer, exprime clairement l’ascendant pris par les idées politiques de ce dernier :

« Le conseil Général considérant que les mesures de sanctions prises en 1926 […] représentent une atteinte grave à la liberté d’opinion […] et que la suite de ces mesures a été le procès de Colmar qui peut être considéré comme la plus grande erreur […] commise dans nos provinces […] émet le vœu que le gouvernement reprenne sans exception aucun les mesures de sanction, accorde une réparation complète aux victimes de ces mesures de rigueur, et prenne l’initiative pour qu’une amnistie totale soit accordée aux condamnés de Colmar. » Concluant par « Le Gouvernement s’est rendu coupable dans les derniers mois d’empiètements graves sur la liberté de réunion et […] a instauré un régime arbitraire qui ne trouve pas son pareil dans l’histoire d’Alsace. »[1]. C’est une victoire pour l’abbé Gromer.

Enfin, cette politique de Volksfront entraîne par ailleurs la mise en parenthèse du problème religieux, la participation des communistes au mouvement ne permettant pas une résolution commune, et ainsi le mouvement sera condamné par l’évêque de Strasbourg. Mais la présence de l’abbé Gromer à la tête du mouvement suffit à rassurer les catholiques quant à l’intérêt qui sera porté aux questions religieuses.

Les élections cantonales se déroulent dans ce climat singulier. Le 30 septembre 1928, les délégués UPR du canton se réunissant et Gromer est à nouveau investit comme candidat. Le fait qu’une autre personnalité de l’UPR se présente, M. Kleinclaus, issu de l’aile droite du parti, montre à quel point les cadres du parti sont très divisés, avant la scission. Les élections sont sans appel, dès le premier tour, Gromer est élu avec 75% des voix ; à Haguenau même il recueille plus de 70 % des suffrages. Il réalise ainsi le meilleur score de toute l’alsace, ce qu’il ne manquera pas d’exposer dans ses lettres[2]. Sa position en 1928 est ainsi toujours solide en Alsace.


[1] Fonds Gromer 6504/8qq Vœux concernant l’amnistie des signataires du Heimatbund. 1929.

[2] Fonds Gromer, 6504/7

Publié dans:  on 24 septembre 2008 at 21:58 Laisser un commentaire
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L’Entre-deux-guerres en Alsace (10) “L’affaire de Haguenau” 1927-28


Michel Walter est désigné comme candidat UPR de la circonscription. Né en 1884 à Haguenau, professeur de mathématiques et de sciences naturelles, il participe à la fondation de l’UPR en 1919. Candidat déjà aux élections législatives de 1919 et 1924 il sera toujours parmi les candidats les mieux placés sur les listes d’Union nationale. Son parcours politique est difficile à suivre, tant et si bien qu’à l’époque il portait le surnom de girouette…

A l’origine, il se situe à l’aile gauche du parti, comme Gromer et Keppi, mais sa ligne politique sera moins claire, plus opportuniste, d’où son surnom. En réalité, sa position de cadre du parti l’oblige à une certaine souplesse pour maintenir l’unité entre une aile droite nationale et une aile gauche autonomisante. Il est l’instigateur de deux propositions de lois déposées à la chambre en vue d’une réforme de l’état dans le sens du régionalisme. Cependant, il a commis l’erreur de ne pas soutenir activement la liste UPR aux élections municipales de 1928. C’est pourquoi il va connaître un certain nombre de difficultés lors des élections législatives de la même année.

La campagne sera très tendue, notamment à cause des arrestations et à l’interdiction d’un nouveau journal, Das Neue Elsass. Ce ne sont plus de simples élections locales, mais bel et bien des élections de protestation à portée nationale. D’ailleurs, face à Michel Walter, l’autonomiste René Hauss va se présenter. Imprimeur à Strasbourg, en prison depuis 1927, rédacteur de la Zukunft, journal condamné par l’évêque, et membre de la Landespartei il sera fortement attaqué par l’UPR par le biais de l’Unterländer, pour qui il ne défendrait pas les droits religieux comme Walter. Sa présence à de telles élections a de quoi étonner. De fait il s’agit d’une manœuvre dirigée par Gromer, Keppi et Moschenross contre Walter, accusé de ne pas avoir soutenu avec assez de vigueur la liste Weiss aux récentes municipales et d’être trop favorable à l’aile droite de l’UPR. Il s’agit ici pour Gromer de montrer que les thèses autonomistes possèdent une influence certaine sur l’électorat de la circonscription, et qu’il est temps pour l’UPR d’en prendre conscience et de se défaire d’une politique par trop nationale, selon lui.

Au premier tour, René Hauss obtient 30 % des voix. L’aile droite tente de réagir pour éviter d’avoir à négocier avec Gromer, qui subventionne le désistement de Hauss à la condition que l’UPR soutienne un autonomiste et un communiste dans d’autres circonscriptions. Mais malgré de telles manœuvres, Walter va se rallier à de telles exigences, et Hauss se désistera le 25 avril lors d’une séance où seront présent Gromer, Keppi, Moschenross Muller et Haegy. La candidature apparaît donc bel est bien comme un coup monté qui permet alors à Gromer et l’aile gauche de l’UPR d’arriver à leurs fins : en effet Walter s’était engagé à désavouer l’arrestation des autonomistes et à protester contre les mesures policières et la dictature de l’état français, ce qu’il va faire dans un article de l’Unterländer du 28 avril 1928. Il sera élu avec 58 % des voix, même si l’on note un très faible report de voix des autonomistes vers son nom.


Ce ralliement de Walter à l’aile gauche du parti et à la politique du Volksfront est ainsi une véritable victoire de Gromer, et va dès lors conduire à ce que l’abbé avait toujours souhaité : Walter ne jouant plus son rôle de médiateur entre l’aile gauche et l’aile droite, la scission est inévitable, et cette dernière va créer un nouveau parti, l’APNA, en novembre 1928.