Les jeunesses catholiques en Alsace

1) L’abbé Gromer dans la ville de Haguenau

Comme nous l’avons vu, la ville de Haguenau reste profondément attachée à la politique menée par l’abbé Gromer et Walter, qu’elle vient de réélire. Pourtant à Haguenau, les tensions nées du Heimatbund, si elles se sont un temps apaisées, commencent à se raviver à partir de 1932. Et l’opposition retrouve de la voix et recommence à critiquer le rôle de Jean Keppi et de l’abbé Gromer dans la ville.

Cette critique de l’hégémonie de l’UPR se fait à travers les articles de Désiré Brumbt dans la page locale des Neueste Nachrichten (Dernières nouvelles). S’il est évident que l’opposition n’était pas en reste pour tenter de contrer l’UPR dans la ville, l’élément nouveau est que l’Unterländer, journal UPR de la ville, met, cette fois-ci, une attention particulière à répondre aux Neueste Nachichten, qui attaquent principalement l’action et la gestion de la municipalité. C’est que l’affaire est d’importance.

Il y a tout d’abord une polémique financière. En effet, la ville connaît en 1932 un déficit budgétaire de plus d’un million et demi de francs. Ce déficit est principalement lié à la chute des prix du bois et, en pleine période de crise et de ralentissement économique, ne paraît somme toute pas si extraordinaire si on le compare à celui d’autres villes. Pourtant, Désiré Brumbt saisit cette occasion pour remettre en cause la gestion de la municipalité et plus particulièrement l’action de Keppi, qu’il accuse de mener une politique de luxe en cette période économique difficile, ce qui conduit à une augmentation des impôts locaux. Il a beau jeu d’exposer l’exemple de l’ancien maire Nessel, maire de 1870 à 1902, qu’il présente comme un champion de l’économie et de la gestion municipale. Jean Keppi lui répondra en quatre « épisodes », par le biais de l’Unterländer[1], dans lesquels il fait le choix de manier ironie et sérieux. Ironie, car il se moque de Brumbt, qu’il ne « savait pas doué en économie » et le titre qu’il choisit « Herr Brumbt als lokaler Finanzhistoriker » ne manque pas de piquant. Mais il essaie également d’y démontrer que l’administration municipale actuelle ne mène pas une politique de luxe et que pour équilibrer le budget, elle a simplement vendu quelques titres, un terrain et augmenté légèrement les impôts ; actions somme toute assez légères si on les compare à l’ampleur de la crise. Mais en plus il s’ingénie à démontrer que, contrairement à ce qu’affirme Brumbt, Nessel n’était pas un aussi bon gestionnaire que cela, puisqu’il avait lui aussi utilisé les mêmes procédés et cela dans une part bien plus large alors que les problèmes économiques étaient moins importants alors. La polémique entre les deux hommes enflent, mais tous deux resteront sur leurs positions, ayant acquis une haine tenace l’un pour l’autre.

Ce qui est intéressant dans ce débat, ce n’est évidemment pas de savoir qui a raison, mais de constater que ce n’est pas le chargé du budget de la municipalité qui répond, mais le secrétaire de mairie, Jean Keppi. Il mène seul une campagne de contre-attaque très bien informée et à aucun moment le maire, ou les conseillers municipaux, n’interviennent (si ce n’est pour calmer les deux protagonistes), alors qu’eux aussi sont visés par les accusations. On a donc la confirmation que c’est bel et bien Jean Keppi qui a la main mise sur les finances de la ville. Puisque, certes le secrétaire de mairie présente le budget, mais il ne devrait pas en être le seul architecte. Et il semble bien que cela soit le cas dans la ville.

C’est aussi la première fois que l’opposition tente une manœuvre de discrédit d’une telle ampleur contre l’UPR. Les Neueste Nachrichten se présentent comme un journal neutre, mais sont tout de même très proches des milieux de l’APNA et démocrates, aux côtés desquels elles se présentent aux municipales de 1935. Cette polémique n’est bien entendu qu’un petit exemple des nombreuses querelles qui opposent les deux factions. Mais l’on voit peu à peu apparaître une nouvelle donnée de la vie municipale, à savoir l’accroissement de l’influence des Neueste Nachrichten. Le fait que l’Unterländer, qui auparavant ne prenait pas la peine de répondre aux traits lancés par les NN, y réponde cette fois-ci, laisse à pense que l’opposition commence à bénéficier d’une audience non négligeable. Elle semble ainsi petit à petit se structurer autour d’un homme, Désiré Brumbt, qui en tant que rédacteur dans les NN dispose de ces pages comme tribune pour les futures élections.

La création d’une section locale des Jeunesse-UPR[2]

En 1928, on assiste à Colmar à la création du premier groupe de « Jeunes-UPR », de tendance plutôt régionaliste. Il voit le jour au moment même ou Mgr Ruch interdit aux cercles de jeunes gens catholiques de se mêler de politique, ce qui n’est bien évidemment pas un hasard. Dès l’origine, ce mouvement affirme « son appartenance à l’UPR »[3] et son soutien à son programme, mais prend bien soin d’insister tout particulièrement sur les problèmes de défense de la Heimat. Jusqu’en 1931, le développement de ces groupes est relativement lent : pas plus d’une centaine de jeunes dans la région de Colmar, par exemple[4]. Mais le 16 août 1931, lors de la première assemblée régionale qui a lieu près de Ribeauvillé, on décide de créer une fédération, qui sera provisoirement présidée par Rossé, et de publier un organe, qui paraîtra une à deux fois par mois dans les journaux catholiques comme l’Unterländer, à partir de 1932. C’est le point de départ d’une croissance rapide, la publicité offerte par ces journaux permettant de faire connaître le mouvement jusque dans les campagnes les plus reculées. Les Jeunesses UPR sont ouvertes aux jeunes de 16 à 28 ans, mais le Comité directeur insère un article qui précise qu’à partir de 21 ans, les jeunes UPR sont automatiquement inscrits dans le parti. Il s’agit par cette manœuvre de signifier la dépendance du mouvement et d’éviter qu’une organisation autonome ne se développe à l’intérieur même du parti. De plus, les JUPR sont organisées en sections locales, regroupées en régions (au nombre de onze en 1938) avec à leur tête une fédération ; l’adhésion se fait par recommandation, cooptation et paiement d’une cotisation mensuelle.

La création de la section haguenovienne est assez tardive[5]. La réunion constitutive, à laquelle vont participer de nombreuses personnalités de premier plan de la section UPR locale, dont Keppi, le maire Weiss et Gromer, a lieu le 2 juillet 1932 au restaurant « Au Raisin » et le rédacteur de l’édition locale de l’Unterländer, Ritter, est élu président du groupe. Lors de son discours d’intronisation, il rappelle les buts des Jeunesses UPR, (qui seront par ailleurs définitivement définis par le comité directeur du parti le 13 octobre 1933 :

1)      Former les jeunes à la politique et les diriger dans l’étude des problèmes qui touchent la Heimat alsacienne.

2)      Les intégrer dans l’organisation politique de l’UPR

3)      développer chez les jeunes l’esprit de solidarité et de camaraderie, ainsi que le combat au service de la Heimat.

Puis il appelle les jeunes à s’investir dans la propagation des idéaux de l’UPR, par la distribution de tracts ou le porte-à-porte.

Il faut toutefois noter l’absence de renseignements sur le nombre des membres qui constituent la section ainsi que leur âge ou origine sociale. Mais la forte activité de la section pendant les années (multiples réunions, foule nombreuse…) qui suivent laisse à penser que le groupe est relativement bien étoffé, et surtout extrêmement dynamique.

Conformément aux buts fixés, les activités consistent en des exposés suivis de débats sur des questions d’actualité telles que le particularisme alsacien, les méfaits qu’occasionnerait une nouvelle guerre, la situation politique alsacienne, française, etc… Ces allocutions sont très souvent faites par des personnages de premier plan de la vie haguenovienne. Ainsi Keppi et le maire Weiss sont présents à de nombreuses réunions, auxquelles participent également l’adjoint Pfister et bien entendu Ritter comme président de la section. L’abbé Gromer, quant à lui, est quasiment tout le temps présent, ses exposés sont fréquents dès 1932 et vont se faire encore plus nombreux par après. Gromer trouve auprès de ces jeunes une tribune très favorable à sa politique du Volksfront[6], et ses discours font une forte impression sur ces jeunes. Car, en effet, il devient très vite évident que les JUPR sont très favorables à l’accentuation de certains aspects du programme de l’UPR, notamment les revendications régionales et le pacifisme. Sur le plan alsacien par exemple, elles vont préconiser, à la suite de leur président Rossé et avec l’appui de Gromer, jusqu’en 1938, la constitution d’un large front alsacien. Il faut également souligner les revendications constantes pour la paix et le rapprochement franco-allemand, dont il sera par ailleurs question à l’assemblée d’Hirsingue en 1933[7]. Enfin, les JUPR ont également pour mission de diffuser la presse catholique, en l’occurrence l’Unterländer, et chaque année un prix est remis à la section qui a apporté le plus grand nombre de nouveaux lecteurs.

Mais en ce qui concerne les activités, il faut également parler des rassemblements régionaux des JUPR qui ont lieu une fois par an. Et, en 1934, cette manifestation a lieu à Haguenau. D’après l’Unterländer[8], elle réunit environ 2500 jeunes qui défilent dans les rues en uniforme, chemise grise et béret basque, après un service religieux (Protestant et catholique)[9]. L’après midi est consacré à une réunion à la Halle aux Houblons au cours de laquelle on vote une résolution sous forme de profession de foi au programme de l’UPR.

Les commentaires de la presse adverse sont assez concordants, dans la mesure où de nombreuses voix s’élèvent pour comparer ces jeunes en uniforme aux jeunesses nazies, l’Humanité parlant d’ailleurs de rassemblement « cléricalo-militaire »[10]. Il est bien entendu cependant que le mouvement est très différent de celui du national-socialisme, même si l’encadrement relève par certains aspects d’une discipline bien militaire !

L’intérêt principal des jeunesses UPR pour la section locale du parti est que grâce à elle, le parti renforce son assise et assure le renouvellement futur de ses membres. Mais ces jeunes apportent également un soutien logistique lors des élections, par la distribution de tracts, par la publicité qu’ils font au parti au sein de leur famille… Ce groupe représente un terreau favorable aux idées autonomisantes de Gromer et lui confère une plus grande assise dans la ville et dans la section UPR, il n’est pas rare d’ailleurs que les JUPR de Haguenau critiquent les options jugées trop « molles » des députés UPR. Gromer, par ailleurs va voir son influence dans les JUPR renforcée : il devient à partir de 1935 le « théoricien » de toutes les JUPR d’Alsace.

De plus, dans un long article en trois parties de l’Unterländer[11], il détaille les actions et les buts des JUPR. Il part ainsi du Moyen-Age pour montrer qu’il y a toujours eu dans la jeunesse une aspiration à la Renaissance et à la Réforme, ce qui lui permet de distinguer les aspirations des jeunes de son époque : pour lui, à la lumière des rassemblements de jeunesses de 1934, les jeunes générations ne se contentent plus de réformes : elles veulent rajeunir l’Etat, le reconstruire, et n’ont pas peur d’espérer un « bouleversement » (Umwälzung) complet. L’abbé Gromer pose ici la question du renouvellement de l’Etat, rendu incontournable à cause de la corruption de la démocratie (voir les affaires qui touchent la IIIème république) et des désordres engendrés par le capitalisme. Pourtant, aux grands débats nationaux, il dit préférer rester dans « sa propre maison », et c’est pourquoi il se propose de détailler trois réponses occasionnées par les questionnements suivants :

Qu’est ce que la jeunesse alsacienne a à attendre des mouvements de jeunesse de la France de l’intérieur?

Qu’est ce que les jeunes peuvent trouver dans les rangs de l’UPR ?

Que peuvent attendre les anciens du parti de ces jeunes ?

Il y détaille en premier lieu que les jeunes alsaciens sont confrontés à des difficultés bien particulières et que, bien que l’Alsace fasse partie intégrante de l’Etat français, elle a une vie politique bien à elle. Pour autant, les instances françaises ne comprennent pas la situation en Alsace et ce n’est pas vers les mouvements comme les Jeunesse Patriotes ou les Camelots qu’il faut se tourner pour trouver une solution. Il faut au contraire que les jeunes alsaciens se méfient de tous les mouvements révolutionnaires ; car s’il faut craindre le chaos, et les conséquences de la crise économique, il ne faut pas s’en prendre à la démocratie. Au contraire, il faut que tout soit fait pour que les libertés des individus s’accordent avec « l’intérêt général », et ce, sous l’autorité de l’état. Il appelle ainsi la jeunesse à assainir la démocratie, et à s’instruire des valeurs « communiquées par nos pères » : l’ordre, le devoir…

Par ailleurs, il montre que les jeunes doivent aussi inscrire leur activité politique dans le cadre de l’Alsace. Il faut que les Jeunesses alsaciennes prennent conscience de l’importance des revendications régionalistes, et s’investissent dans la défense des particularismes. Pour lui, le reproche de ne pas faire preuve d’un horizon assez large n’est pas justifié. Il n’y a pas de « tour d’Ivoire » dans lequel se terre l’autonomisme. S’il a tant défendu les particularismes alsaciens justement pour que les jeunes s’y sentent bien.

Il démontre également que pour lui, les jeunes, en adéquation avec les « vieux » du parti, veulent un Etat fort et fermement dirigé et que les inimitiés personnelles cessent en Alsace. Il dévoile ici une part de son programme politique en 1935 : sa volonté de donner à l’UPR, en s’appuyant sur les jeunesses-UPR, une ligne politique plus claire, qui conserve une partie du programme de l’UPR (renforcement des pouvoir de l’exécutif français) tout en revendiquant une ligne plus régionaliste.

Enfin, il conclut en montrant que l’ancienne et la nouvelle génération doivent donner ensemble la preuve qu’elles ont les yeux ouverts sur le monde, et qu’elles comptent bien y jouer un rôle essentiel. Et ceci passe par l’affirmation du particularisme alsacien, que tout membre de l’UPR doit défendre, sans se laisser impressionner par les accusations d’antipatriotisme de la France, de la même manière que les admonestations du « gendarme allemand » n’ont pas effrayé leurs aînés.

Le mouvement apparaît comme un moyen pour Rossé et Gromer de faire pression sur la direction de l’UPR, afin qu’elle relance une politique alsacienne plus active ; et dans cette mesure, les JUPR sont un élément de radicalisation de la politique de l’UPR. Soulignons également que ce groupement a une fonction secondaire, celle d’éviter que ces jeunes ne soient attirés par des idées plus radicales, comme les mouvements autonomistes ou les ligues, qui ne manquent pas en retour d’attaquer le mouvement. Pour preuve, les assauts répétées, et sans conséquence réelle, des Jeunesses patriotes à partir de 1935, qui reprochent leur reprochent essentiellement de « renforcer les partis politiques, vieille formule désuète et surannée »[12].

Cette organisation des Jeunesses-UPR est donc un formidable moyen pour la faction autonomisante de l’UPR de renforcer son influence sur le parti. Pourtant, la politique du Volksfront est de plus en plus critiquée au sein du parti catholique. Et la position de Gromer, Rossé et Keppi se fragilise d’autant.


[1] Unterländer n° 139 à 146, 1932.

[2] Cf. Fonds Gromer cote 6502/7  Documentation de Gromer sur la Jung-Volkspartei.

-          1 chemise

Ainsi que la lettre de Rossé du 4 février 1933 annotée par Gromer, fonds Gromer n° 6500/3 i

[3] BAECHLER, op. cit., p. 605.

[4] ADBR AL 98 p. 674.

[5] Unterländer n° 154/1932.

[6] Zur Orientierung innerhalb der UPR und ihrer Junggruppen, Haguenau, 1934 ou cf. 6502/7  Documentation de Gromer sur la Jung-Volkspartei.

[7] Unterländer n° 122/ 1933.

[8] Idem n°110.

[9] Voir les photographies contenues dans Histoire de Haguenau, JP Grasser, op. cit. p.241.

[10] Idem, n° 114-115

[11] Unterländer du 23 mars 1935

[12] Jeune Patriote A., 5 février 1935.

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Haguenau, 1932

A Haguenau, la section cantonale de l’UPR a été réorganisée à la fin de l’année 1929[1]. A partir de cet instant, il apparaît que les réunions se font de plus en plus fréquentes, preuve d’un regain d’activité. Gromer et Walter y font ainsi de fréquentes allocutions et se font régulièrement renouveler la confiance, lors de votes sur diverses résolutions prises[2]. Ils travaillent donc très souvent de concert ; Walter prie en effet très souvent Gromer de préparer avec lui les réunions puis de l’accompagner.

Ainsi, le 20 mars 1932, lors de la réunion des délégués de la circonscription, l’abbé Gromer propose Michel Walter comme candidat de l’UPR, et celui-ci est désigné à l’unanimité[3]. On voit bien la différence avec les précédentes élections législatives, où Gromer et Walter s’opposaient ! Walter a pourtant tenu en grande partie ses promesses, et il a à plusieurs reprises soutenu le Volksfront ; dès lors, du fait de cet accord, aucun candidat autonomiste ne se présente dans la circonscription.

La campagne est très intense : de nombreuses réunions sont organisées dans tous les villages de la circonscription, et l’abbé Gromer sera en maintes occasions aux côtés du candidat. Celui-ci y développe plus particulièrement le thème de la défense religieuse et reproche notamment à l’APNA de faire passer l’intérêt national avant l’intérêt religieux : si la critique est connue, elle fait très forte impression dans les petits villages. Il détaille également quels sont les moyens mis en pratique par l’UPR pour défendre la politique du Volksfront ainsi que ses propositions pour sortir le canton des divers problèmes économiques[4], les environs de Haguenau étant particulièrement touchés par la crise du bois et du houblon.

Il y développe également les thèmes de la lutte contre les partis de gauche en leur reprochant, bien entendu, leur anticléricalisme, mais il prend bien soin de développer sa volonté de défendre les revendications sociales des ouvriers.

Michel Walter a cinq concurrents. La candidature de Léon Ginter, déjà candidat aux municipales, sous l’étiquette APNA-démocrates, n’est pas surprenante. L’UPR lui reproche cependant d’avoir joué un rôle important lors de la dissolution de 1928, puisqu’il l’appelait de ses vœux, et le présente à ce titre comme un adversaire de la défense des droits religieux[5]. Les autres candidatures sont celles de Möhn pour le parti communiste, de Hincker pour les socialistes, tous deux déjà présents lors des élections précédentes, de Doriath pour le parti communiste alsacien et enfin Wurch comme candidat indépendant. Il est à noter que l’Elz fait campagne pour Doriath, ce qui soulève le mécontentement de la section UPR de Haguenau, et l’abbé Gromer ne manquera pas de souligner sa désapprobation. Mais cette candidature de Doriath ne peut en aucun cas être comparée à celle de Hauss : le candidat communiste n’a que très peu de soutien dans la ville et il n’est pas aussi connu.

A l’issue du premier tour, Walter possède une solide avance, avec environ 46% des voix. Ginter arrive en seconde position avec près de 20%, ce qui prouve que l’APNA n’est pas en reste dans cette circonscription pourtant bien tenue par l’UPR, même si elle n’est pas en mesure d’inquiéter Walter. Les autres candidats ont en deçà des 15% (SFIO : 13.6%, PC : 12.3%, PCAL : 4.9%, Indépendants : 2.9%)

Aucun candidat ne se désiste pour le second tour, et c’est donc fort logiquement que Walter est élu, avec d’ailleurs 700 voix de plus qu’en 1928. Aussi, malgré une abstention en hausse (2500 votants en moins), Walter, entre les deux tours, améliore son score de 1200 voix, tandis que celui de l’APNA s’effondre. On peut dès lors se demander si Walter n’a pas bénéficié du report des voix de l’APNA, sans avoir pourtant passé d’accord. Il est par ailleurs très intéressant de constater que la présence d’un concurrent catholique national a moins de conséquence que celle d’un concurrent autonomiste d’importance, bénéficiant de soutiens. En 1928, Walter n’avait obtenu que 40 % des suffrages au premier tour et 58 au second, alors qu’en 1932, il obtient respectivement 46 et 63%. Le choix de s’entendre avec les personnalités autonomisantes de la ville, comme Gromer, porte donc ces fruits ; les partis autonomistes n’ont, dans la ville, aucune influence  sans l’aide de ce dernier et de Keppi.

Au total, grâce à sa meilleure implantation, l’UPR a réussi à contenir les assauts des catholiques nationaux. Cependant, il s’affirme de plus en plus comme un parti essentiellement rural. Dans les régions urbaines et industrielles autour de Mulhouse ou Strasbourg, l’UPR n’a qu’une influence très faible. Les bons résultats de l’UPR se rencontrent dans les régions rurales traditionnelles, où une population croyante suit le clergé, et dans les villes faiblement  industrialisées. L’APNA, quant à elle, n’a pas réussi à développer son influence. Les succès qu’elle remporte sont surtout « liés au poids personnel de ses candidats et à leur influence »[6]. Par ailleurs, à la lecture de ces résultats, on se rend compte que l’autonomisme est un phénomène essentiellement bas-rhinois. Dans ce département, les autonomistes font campagne à « visage découvert », et ils présentent cinq candidats sur les neuf circonscriptions: à Saverne (Dahlet), Sélestat (Hauss), Strasbourg-campagne (Roos), Strasbourg I (Schall) et Wissembourg (Heil). Et les résultats montrent qu’ils sont relativement bien implantés dans les arrondissements de Sélestat, Wissembourg et Strasbourg-campagne. Pour M. Dreyfus, l’autonomisme apparaît comme très lié à la pratique de la langue allemande, puisqu’il constate que c’est dans les régions où l’on parle le moins français que les autonomistes ont réalisé leurs meilleurs scores[7]. Mais il constate également que l’influence des autonomistes a été encore plus forte dans les cantons protestants, et ceci très certainement en raison du « poids culturel que représente l’allemand dans ces régions luthériennes ».

Ces élections nous montrent par ailleurs que les Alsaciens ne sont pas prêts, en 1932, à accepter le laïcisme : en effet, les partis anticléricaux ont été mis en échec un peu partout. De plus, en votant majoritairement pour l’UPR, l’Alsace a prouvé son attachement à son statut particulier sur les plans religieux, administratif et linguistique. Mais ce succès du parti catholique met également en lumière le désir de la population de rester dans le cadre de la France. L’autonomisme, le séparatisme, essuient des revers cinglants: le fait que ni Roos, ni Hauss ne soient arrivés à se faire élire marque l’échec de leur politique.


[1] Unterländer, n°223-246-253-271/ 1929

[2] Unterländer n° 223-264/ 1929.

[3] Idem n°68/1932

[4] Idem n° 96-101/ 1932

[5] Idem n°92-95/ 1932

[6] DREYFUS, op. cit., p. 186.

[7] Idem, p. 193.

Les élections législatives de 1932 en Alsace: entre confrontation et confusion

  1. Les résultats des élections

La campagne de l’UPR se fait essentiellement sur le thème de la défense des intérêts du peuple alsacien face à la crise économique et de la défense de la paix[1]. L’APNA, quant à elle, a beau jeu d’insister sur le danger du mouvement hitlérien et, rappelant les tensions qui ont lieu à l’Université par exemple, met en avant la nécessité de clarifier la situation politique en Alsace, en condamnant l’autonomisme et les alliances passées par l’UPR avec autonomistes et communistes[2].  Il convient à présent de revenir sur les résultats du 1er mai.

Ils sont donnés par le tableau suivant[3] :

Circonscription Votants Dém. APNA UPR Radic. SFIO PCF. Auton. PCal
Bas-Rhin
Erstein 16124 3663 7660 2067 1382 1352
Haguenau 16570 3246 7711 2253 2057 811
Molsheim 15351 1770 10861 (élu) 1390 1330
Saverne 21569 7500 679 991 8117 (Progr.) 554
Sélestat 14756 7564 (élu) 545 918 5109 620
Strasbourg I 18877 4296 1307 820 5876 1035 2784 2759
Strasbourg II 12525 1729 3942 710 5522
Strasbourg-Campagne 23110 8033 2652 2790 3540 5379
Wissembourg 11732 2919 4397 2091 224 1712
Haut-Rhin
Altkirch 12772 3970 7579 (élu) 1221
Colmar 21029 2518 8894 3069 3632 1850 750
Guebwiller 17249 3786 5417 4628 745
Mulhouse 23444 7037 4754 442 8159 2937
Mulhouse-campagne 21049 2487 9582 6045 2290
Ribeauvillé 15537 4680 2892 2501 2483 172
Thann 17255 1611 8622 (élu) 2932 1317

Soit les pourcentages suivants : (en % par rapport aux exprimés)

Bas-Rhin

1928              1932              Différence

Haut-Rhin

1928            1932             Différence

Démocrates 16.1 13.4 - 2.7 13.5 10.0 -3.5
APNA 11.8 +11.8 10.2 +10.2
UPR 25.0 21.6 -3.4 40.4 39.4 -1
Radicaux 3.9 1.7 -2.2 3.7 2.9 -0.8
SFIO 18.9 14.9 -4 18.9 24.1 +5.2
PCF 20.1 8.2 -11.9 13.3 7..8 -5.5
PCAL 8.3 +8.3 0.6 +0.6
Autonomistes 7.5 10.1 +2.6 7.5 -7.5
Progressistes 4.0 5.5 +1.5
Divers 4.5 4.4 +0.1 3.3 4.8 +1.5

Ainsi, au premier tour, il n’y a que quatre élus : Meck à Molsheim, Oberkirch qui bat facilement l’autonomiste Hauss à Sélestat, et dans le Haut-Rhin, les deux UPR autonomisants, Stürmel (Altkirch) et Brom à Thann. L’UPR maintient ses positions, malgré la scission de 1928, puisque le parti obtient 21.6% des suffrages exprimés dans le Bas-Rhin, et 39.4% dans le Haut-Rhin, soit une baisse très faible par rapport à 1928. Ce premier tour est toutefois un échec pour l’APNA, qui ne dépasse pas les 12 % dans le Bas-Rhin. On ne peut manquer de remarquer, toutefois, que la part des voix nationales (APNA, Démocrates, radicaux, SFIO) progresse dans les deux départements, plus sensiblement dans le Haut-Rhin (+ 11.1%). La gauche connaît ceci dit un recul sévère, tandis que les autonomistes maintiennent bien leurs positions.

La préparation du second tour s’engage sur ces éléments et des représentants de l’UPR, de l’APNA et des démocrates se rencontrent le 4 mai à Strasbourg, pour définir une politique commune dans le Bas-Rhin, dans le but de s’opposer au Cartel. Plusieurs décisions seront prises : à Strasbourg I, le candidat UPR est retiré au profit des démocrates, alors que l’autonomiste Schall est maintenu pour le second tour. De la même manière, on soutiendra Wolff contre Dahlet à Saverne et l’UPR soutiendra également Frey qui se présente contre Roos. On ne peut manquer de constater que les liens avec le Volksfront se relâche quelque peu. Cependant, à Saverne, malgré l’accord, l’UPR soutient Dahlet jusqu’à la veille du scrutin et ne transmet le mot d’ordre de voter pour le démocrate Wolff qu’au tout dernier moment ; à Haguenau, aussi, l’APNA maintient sa candidature contre Walter, nous y reviendrons. La situation reste donc relativement confuse. Dans le Haut-Rhin, enfin, on voit apparaître une candidature nouvelle à Ribeauvillé, fruit de l’alliance entre l’UPR et l’APNA, qui désirent contrecarrer la candidature de l’industriel Burrus.

Le second tour délivre les résultats suivants :

Circonscription Votants Dém. APNA UPR Radic. SFIO PCF. Auton. PCAL /Divers
Bas-Rhin
Erstein 12256 101 9249 575 1847 484
Haguenau 14040 1102 8959 299 3401 227
Saverne 20695 8815 307 11516 (progr.) 554
Strasbourg I 20589 6189 8382 1177 4839
Strasbourg II 13643 6192 494 6575
Strasbourg-Campagne 24425 11730 3958 6708 + divers 2029
Wissembourg 12386 116 6843 4243 99 1061
Haut-Rhin
Colmar 22093 11156 8869 1626
Guebwiller 14188 7505 6372 288
Mulhouse 24521 12367 10436 1717
Mulhouse-campagne 21464 11807 8131 1384
Ribeauvillé 11716 4032 Burrus, élu 7593.

Ce qui nous donne la répartition en sièges suivante :

Bas-Rhin

1928              1932              Différence

Haut-Rhin

1928            1932             Différence

Démocrates 1 1 = 0 1 +1
APNA 2 1 -1 1 0 -1
UPR 3 4 +1 5 5 =
SFIO 1 1 = 1 0 -1
PCAL 1 1 =
Progressistes 1 1 =
Indépendant 0 1 +1

En définitive sont élus dans le Bas-Rhin trois UPR, à Erstein (Seltz), Haguenau (Walter) et Wissembourg (Elsaesser qui bat l’APNA Weydmann), un socialiste à Strasbourg I (Georges Weill), un démocrate à Strasbourg campagne (Frey), un progressiste autonomisant à Saverne (Dahlet) et un communiste autonomiste à Strasbourg II (Mourer). Dans le Haut-Rhin, l’UPR conserve ses cinq sièges, alors que le candidat APNA Grumbach est défait à Mulhouse par le candidat démocrate Wallach. Le grand vainqueur de ces élections est l’UPR, qui confirme sa prédominance dans les deux départements : elle conserve ses cinq sièges dans le Haut-Rhin, et en gagne un dans le Bas-Rhin. L’APNA, dont la volonté était de promouvoir une politique catholique-nationale et de faire contrepoids à l’UPR, n’est pas arrivée à ses fins. Avec moins de 12 % des voix dans le Bas-Rhin, elle ne fait reculer l’UPR que de 3,4% des suffrages. Elle n’arrive pas à s’imposer contre les « poids lourds » de l’UPR ; au final, seul Oberkirch est élu. L’APNA peine à ainsi percer dans de nombreuses circonscriptions, l’exemple le plus intéressant pour notre étude étant celui de Haguenau.

Justement, dans le fief de l’aile autonomisante de l’UPR, ville de Gromer et Keppi, où se présente Walter, comment ces élections se sont elles déroulées ?


[1] E.K. du 29 avril 1932.

[2] E.B. du 30 avril 1932.

[3] Voir DREYFUS, op. cit., p. 181.

Volksfront (12) les préparatifs aux élections législatives

Les élections législatives

Malgré ces succès, l’abbé Gromer écrira le 4 janvier à Mgr Fahrner : « l’atmosphère est lourde et sombre. M. Walter et moi-même avons de plus en plus de mal à convaincre » du bien-fondé de la politique du Volksfront[1]. De fait, peu après les élections cantonales, plusieurs voix se font à nouveau entendre pour demander un rapprochement, voire une réunification de l’UPR et de l’APNA. De plus, rappelons que l’agitation autonomiste se développe à l’Université lors de la rentrée universitaire, par le biais de la Jungmannschaft, qui dans un tract déclare qu’ « il faut que l’allemand qui est notre langue […] reste notre langue»[2].

A la mi-novembre, Monseigneur Ruch lance un appel pressant à l’Union des catholiques[3]. De plus, dans les « Zeitfragen », Didio estime en novembre que des relations « supportables entre les deux partis doivent être instaurées ». L’obstacle majeur à ce rapprochement est bien entendu le Volksfront. C’est pour cette raison que certains vont être tenté de minimiser les accords passés avec les autonomistes, en insistant sur leur caractère local, et sur la volonté, toujours locale, de faire barrage à l’élection « d’anticléricaux ». De la même manière, Médart Brogly insiste sur le fait que s’il y a eu alliance, c’est qu’autonomistes et communistes ont été les seuls à accepter la constitution d’une liste à la proportionnelle, proposition pourtant faite à tous les partis[4].

D’autre part, lors du Congrès départemental des démocrates, l’UPR est à plusieurs reprises pris à parti en raison de ses liens avec certains milieux autonomistes. Le parti catholique réplique par le biais de l’Elsässer, le 15 décembre, en déclarant « qu’il n’y a pas de Volksfront, mais seulement une communauté de travail à la mairie de Strasbourg et au conseil général pour discuter de questions purement économiques ». Les partis autonomistes se sentent bien évidemment floués et critiquent vertement cette position en mettant ironiquement en avant que « la différenciation entre Volksfront et communauté de travail est quelque peu théorique »[5]. Il y a donc, c’est un fait nouveau, une certaine modération de la part de l’UPR, qui cherche à minimiser le rôle du Volksfront et ses liens avec la Landespartei et la Fortschrittspartei.  .

L’année 1932 s’ouvre néanmoins avec l’amnistie accordée aux Alsaciens accusés d’autonomisme. Cette amnistie, justifiée par l’acquittement des accusés de Colmar par la cour d’assises de Besançon, avait été réclamée en maintes occasions depuis 1927 par les milieux autonomistes et par l’UPR[6]. Une telle décision aurait pu apaiser les esprits et était sans doute faite en ce sens. Mais pour beaucoup, dont l’abbé Gromer, elle venait bien tard et de plus, l’Elsässer Kurier a tôt fait de souligner le caractère limitatif de l’amnistie, notamment à propos des fonctionnaires dont la réintégration dans l’administration n’était pas de plein droit. De même le journal insiste sur le fait que les fonctionnaires signataires du Heimatbund ne sont pas encore réintégrés[7]. Les milieux autonomistes restent donc bien réticents à tout tentative d’apaisement.

Cette réticence des autonomistes et d’une certaine partie de l’UPR ne facilite pas les discussions avec l’APNA qui refusent de reconsidérer ses positions tant que son adversaire n’aura pas abandonné le Volksfront. Le gérant de l’APNA du Bas-Rhin, Schmidt-le-Roi, déclare au congrès du 10 janvier 1932 « qu’il ne peut être question d’une collaboration entre l’APNA et l’UPR aussi longtemps que l’UPR n’abandonnera pas sa communauté de travail avec les communistes et les autonomistes et ne se placera pas, sans aucune équivoque, sur le terrain national »[8]. Ce congrès adopte également une résolution adressée à tous les prêtres d’Alsace, dans laquelle il rejette la responsabilité de la scission et déclare que le meilleur moyen pour assurer la paix entre les catholiques est que les curés laissent à leurs paroissiens toute liberté de choix entre les deux partis et qu’ils les laissent lire la presse de leur choix (Le Bote étant toujours fortement critiqué par nombre de curés). Les partisans du Volksfront répliquent rapidement. Michel Walter, qui rappelons-le se présente aux législatives et ne veut pas réitérer son erreur de 1929, se fait le porte-parole de l’aile gauche de l’UPR en affirmant au Conseil municipal de Strasbourg qu’il restera le partisan de la « communauté de travail », aussi longtemps que « les circonstances et la défense de la Heimat l’exigeront »[9], mais il s’attache toutefois à nuancer ses propos et déclare que pour lui il n’y a pas d’alliance entre partis, mais juste une « communauté de travail » de caractère purement local au Conseil municipal de Strasbourg et au Conseil Général du Bas-Rhin.

L’abbé Gromer, quant à lui, répètera que « le Volksfront est la seule solution pour préserver les droits de la Heimat » lors d’une réunion de janvier 1932 à la Halle aux houblons de Haguenau. Haegy fait, lui, valoir dans Die Heimat les avantages du Volksfront à Colmar et Strasbourg (il parle avant tout de certaines subventions accordées à des œuvres chrétiennes) et il estime que « sa destruction compromettrait au plus haut degré les intérêts du peuple alsacien et provoquerait l’exultation de la loge franc-maçonne »[10]. Finalement, dans un communiqué du 11 janvier 1932, le Comité directeur de l’UPR note que « la communauté de travail entre les représentants de l’UPR et représentants des autres partis, au Conseil municipal de Strasbourg et au Conseil général du Bas-Rhin, ne signifie pas qu’il y a alliance entre partis, ne restreint en rien notre liberté d’action, et n’a nullement porté atteinte aux principes fondamentaux du parti »[11]. Et même si cette résolution a donné lieu à de vifs échanges au sein du comité directeur, Meck et Brogly y étant par exemple hostiles, elle montre bien qu’il n’est pas question, pour l’instant, de modifier la ligne politique du parti. L’E.K. ira plus loin le lendemain en écrivant que le Volksfront « est indispensable pour lutter contre l’ennemi commun, c’est-à-dire les partis du Cartel des gauches » et qu’il a permis « de pratiquer une politique de tolérance religieuse et de progrès social, favorable aux intérêts de la population alsacienne ». .

Dès lors, puisqu’ aucun des deux partis ne veut de réunification, on cherche tout de même à trouver un terrain d’entente avec l’APNA et négociations vont s’engager par le biais du Comte d’Andlau, sénateur UPR et proche de l’APNA. Ces négociations ont pour but de répartir les candidatures entre l’UPR, l’APNA et les démocrates, afin de faire échec aux candidats du Cartel. Elles échouent dans le Haut-Rhin pour des questions de personnes, la section APNA du département étant par ailleurs notoirement hostile à tout rapprochement avec l’UPR, qui est rappelons-le dirigé par Rossé, très autonomisant, et préfère favoriser l’option d’alliance avec les autres partis nationaux (socialistes, radicaux et démocrates)[12]. Dans le Bas-Rhin, un accord est de prime abord trouvé, avant que l’Assemblée générale de l’APNA du Bas-Rhin ne le rejette, le 21 mars, entraînant ainsi le parti dans une petite crise[13].

Par cette décision, l’APNA marque son désir de ne pas renier ses principes fondamentaux[14]. De plus, on constate que les deux partis ne s’opposent pas que sur le problème national. Car l’UPR veut favoriser une politique chrétienne mais aussi sociale. Une alliance avec les radicaux ou les socialistes n’est pas possible car, sur le plan religieux, tout les sépare. Mais une alliance avec l’APNA et les démocrates est tout aussi difficile pour des raisons sociales et économiques. Par ailleurs, il y a également des questions de personnes : l’APNA souhaite le départ de Rossé, Gromer et Walter de la vie politique alsacienne, les jugeant trop lié à la politique du Volksfront, trop autonomisant. A parti du 21 mars 1932, les choses sont donc claires : UPR et APNA feront campagne séparément.

Lors de la réunion des Comités départementaux, l’UPR du Bas-Rhin va réélire Michel Walter à sa tête, montrant ainsi son approbation envers la politique du Volksfront. Il y eu quelques passes d’armes, notamment à propos de Strasbourg, où Walter et Gromer ont plaidé pour le soutien aux candidats du Volksfront et ce dès le premier tour, alors que Didio proposait le soutien au démocrate Frey à Strasbourg-campagne. Mais priorité est donnée à la lutte contre les socialistes et les radicaux. La résolution adoptée donne le ton, en déclarant qu’il faut chercher à battre « les anticléricaux, les réactionnaires dans le domaine social et les chauvins ». Elle souligne également que « le parti ne se compromet en rien s’il fait une partie du chemin avec des partis qui, même si c’est sous une forme différente et avec des priorités différentes, poursuivent les mêmes buts et sont partisans de la tolérance religieuse, du progrès social, de l’entente entre les peuples et de la défense énergique des droits et revendications du peuple alsacien »[15]. Pour l’Elsässer, la responsabilité de l’échec des négociations revient entièrement à l’APNA[16]. Le comité départemental du Haut-Rhin, quant à lui, prend la décision de ne présenter de candidats que dans les circonscriptions ou elle détient un mandat.


[1] 6504/5c

[2] DREYFUS, op. cit., p. 174.

[3] Die Heimat, décembre 1931, p. 356.

[4] E.B. du 2 décembre 1931.

[5] Neue Welt, 16 décembre 1931.

[6] De même lors de nombreuses sessions du Conseil général, ainsi celle d’octobre 1929 par exemple, qui émet le vœu de voir le gouvernement retirer les sanctions. L’abbé Gromer en est le rapporteur. cf annexes.

[7] E.K. du 31 décembre 1931.

[8] E.B. du 11 janvier 1932, p.1.

[9] Die Heimat de janvier 1932, p.2-3.

[10] Idem.

[11] Idem, p. 8-12.

[12] BAECHLER, op. cit., p. 453.

[13] E.B. du 22 mars 1932. Dans une résolution, « les délégués constatent avec regret : 1. que ces signatures ont été données sans consultation préalable des organes compétents du Parti ; 2. que les conditions exigées pour une conciliation avec l’UPR établies lors de l’assemblée des délégués au Baeckehiesel à Strasbourg ne sont pas réalisées ». A la suite de cette décision, Schmidt –le-Roi démissionne de la gérance et Oberkirch de la présidence de l’APNA : ils étaient à l’origine de l’accord.

[14] Voir le programme de l’APNA.

[15] Elsässer du 18 mars 1932.

[16] Elsässer du 29 mars 1932.

Le Volksfront (11) Décléricaliser l’Alsace?

Période du Volksfront

A partir de 1931, la situation économique commence à se dégrader sérieusement en Alsace ; l’industrie textile, dont la crise s’amorçait déjà en 1929, connaît de grandes difficultés. Selon M. Koch, la crise en Alsace s’explique « par la dispersion des petites entreprise et le manque de modernisme de leur exploitation[1] ». A Haguenau, par exemple, la crise se manifeste notamment dans les secteurs du bois et du houblon. De plus, la situation bancaire s’aggrave et on ne peut que constater que la production industrielle de la région a fortement diminué. L’économie alsacienne, grande exportatrice, est par ailleurs très sensible à l’évolution internationale, et l’Alsace se retrouve dès lors parmi les régions les plus durement touchées par la crise.

1) Les élections de 1931-1932

C’est dans ce contexte que vont se dérouler les élections cantonales, en octobre 1931. Elles devancent de peu les élections législatives, et font figure de test. Elles sont précédées par une nouvelle tentative de rapprochement entre l’UPR et l’APNA, due aux différents succès de l’APNA, dont le dernier en date est la victoire aux élections cantonales complémentaire de Wissembourg du Dr Schalck[2], qui battait le candidat UPR Braun dès le premier tour. De plus, plusieurs polémiques voient le jour : l’une part d’une réflexion nouvelle sur la nature de l’autonomisme ; l’autre sur la notion de cléricalisme.

Tractations et élections cantonales.

Le problème de l’autonomisme va une fois de plus se poser dans ce que l’on a appelé l’Affaire d’Ingwiller. En effet, en janvier 1931, la direction des cultes, comme le Concordat lui en donne le droit, refuse le transfert dans la petite ville d’Ingwiller du pasteur Charles-Edouard Berron[3], car les milieux nationaux le trouvent trop autonomiste. C’est l’occasion pour la presse nationale de se féliciter du fait qu’enfin le gouvernement montre plus de fermeté à l’égard des prêtres et des curés : « s’il continuait dans la voie dans laquelle il vient de s’engager [...] c’est-à-dire s’il était décidé à faire preuve de fermeté et à ne plus tolérer que le clergé s’écarte des devoirs du Concordat, la situation en Alsace pourrait bien s’améliorer[4] ». De fait, un certain nombre de pasteurs alsaciens avaient signé le Heimatbund, comme G. Ruch, Ernest Decker, A. Hirtzel… Mais la Dépêche de Strasbourg du 14 janvier va plus loin en déclarant que « d’autres pasteurs, précisément dans cette partie de l’Alsace où réside le pasteur Berron [...] n’admettent pas qu’on leur parle français, mais refusent même de parler l’alsacien et obligent leurs ouailles à converser avec eux en Allemand ». Elle confond cependant attitude antifrançaise et poids des traditions allemandes et luthériennes dans la vie du protestantisme, ce dernier restant très replié sur lui-même surtout en Alsace du Nord.

Les réactions des milieux autonomistes sont bien entendu virulentes, l’E.K. estimant que cette décision « fait partie du Kulturkampf dans lequel se trouve prise la population croyante d’Alsace et de Lorraine [...] Les intérêt religieux de notre pays sont menacés par la puissance secrète des loges »[5]. Haegy, déclarera quant à lui que « demander un patriotisme actif de tous les Alsaciens, ce serait leur demander quelque chose de mensonger, car l’histoire déchirée de leur pays a détruit un tel sentiment : l’Alsacien n’éprouve des sentiments véritablement forts que pour sa Heimat »[6].

Au mois de février, pourtant, dans le nouveau gouvernement Laval, une mesure est prise sur les conseils de Frey, devenu sous-secrétaire d’Etat au commerce, qui donne satisfaction à une grande partie des Alsaciens : autorisation était faite d’utiliser l’allemand dans les actes judiciaires. C’est à cette occasion que l’on peut à nouveau constater le fossé qui se creuse entre les autonomistes modérés, et les extrémistes / séparatistes. En effet, les premiers se réjouissent de cette action du gouvernement, regrettant seulement qu’elle arrive si tardivement, et le 16 février 1931, l’E.K. reconnaît qu’un pas important a été réalisé pour clore le problème des difficultés linguistiques. Pourtant, le journal de Jungmannschaft, organe des jeunes autonomistes extrémistes, déclare que « le français nous est aussi étranger que l’italien ou l’espagnol. Certains disent : le français doit nous être imposé parce que c’est la langue de l’Etat. Mais nous répétons que nous ne voulons appartenir qu’à un Etat alsacien-lorrain. Nous n’avons pas besoin d’apprendre une autre langue à côté de la langue allemande »[7]. Cette position tranchée conduit les autonomistes modérés à réagir. Camille Dahlet répondra le 12 juin dans une interview donnée à la Deutsche Allegemeine Zeitung : « Les Alsaciens ont trouvé dans l’Etat vers lequel les poussait une sympathie traditionnelle, la plus centralisatrice des constitutions et en même temps le plus étroit et le plus intolérant de tous les concepts de la patrie, qui ne se contente pas de la loyauté civique mais qui exige des alsaciens l’abandon de leur Volkstum et leur assimilation linguistique et culturelle… ». Mais il s’agit là de la seule critique qu’il porte contre la France, car pour lui, le seul but de l’autonomisme est de maintenir l’Alsace dans le cadre français, tout en lui faisant reconnaître, en raison de sa situation linguistique, un statut à part.

C’est dans cette atmosphère que vont s’engager de nouvelles négociations entre l’UPR et l’APNA, pour lesquelles Didio s’engage à accepter le rôle de médiateur sous couvert d’avoir des réponses claires à deux interrogations : « 1. L’APNA jouit-elle de la faveur gouvernementale pour renforcer la cause catholique en Alsace ? 2. Gardera-t-elle ses bailleurs de fonds si elle va avec nous ? » [8]. Une réunion publique est organisée à Bischeim début mars 1931[9], qui réunit Oberkirch et Struss pour l’APNA, Walter et Didio pour l’UPR. Si l’on s’accorde sur la priorité à donner aux questions religieuses, le bât blesse sur les questions relatives au Volksfront. En effet, Michel Walter déclare : « Nous sommes un parti national et nous voulons le rester. Nous nous plaçons sur le terrain de l’Alsace française [...] [Mais] nous sommes avec la même énergie un parti régionaliste [...] Pour nous l’amour de la Heimat vient en premier lieu et nous conduit à l’amour de la patrie »[10]. Il justifie ainsi la politique du Volksfront, et contente l’Abbé Gromer, peu satisfait de l’influence grandissante de Didio dans le parti[11]. En face, Oberkirch est hostile à l’autonomie régionale et préconise un régionalisme économique et administratif[12]. Cette discussion sur le rapprochement est un échec, tout comme les autres tentatives qui suivront, car une nouvelle polémique éclate : celle sur le « cléricalisme ».

En effet, lors d’une conférence à Roubaix, le 4 décembre 1930, le Comte de Leusse affirme qu’ « il faut décléricaliser l’Alsace ». La presse UPRniste s’empresse de reprendre ces propos, qu’elle juge scandaleux. Il s’agissait là en fait pour de Leusse de  critiquer le rôle du clergé en Alsace, et de l’amener à ne plus faire de politique active. L’Elsässer Bote, par exemple, va stigmatiser les prêtres qui « exploitent la religion au profit d’une politique purement terrestre », et qui « au nom de l’autorité divine imposent des conceptions purement humaines »[13]. Car il s’agit bien pour l’APNA de dénoncer le soutien du clergé catholique à l’UPR. Mgr Ruch se mêle bientôt de la polémique en déclarant que « tout catholique peut lire le Bote sans commettre aucune faute » et il critique l’Elsässer et l’Elsässer Kurier qui l’ont souvent attaqué[14]. Dans le Bulletin ecclésiastique du 1er mai 1931, il publie une « lettre de l’évêque de Strasbourg à plusieurs de ses diocésains », qui affirme que « l’autorité de l’Eglise ne doit pas être mise au service d’un parti, de la politique proprement dite ou d’une cause profane ». Alors que Didio reproche par la suite à l’évêque ses critiques injustes à l’égard de l’UPR, l’évêque lui adresse un blâme pour « oubli de la vérité et du respect dû  à la hiérarchie catholique ».

On le constate, l’ambiance est tendue, et cette polémique a le mérité de souligner qu’une large partie du clergé est resté favorable à l’UPR, et que c’est certainement grâce à cette fidélité que le recrutement de l’APNA est resté aussi limité. Pourtant dès cet instant on ne peut que constater que plusieurs tendances sont à l’action au sein de l’UPR, qui permettent au parti de jouer sur plusieurs tableaux à la fois : le chanoine Didio, malgré cette polémique avec l’évêque, se range dans le camp « national », tandis que Walter est régionalistes. Haegy et Rossé forment la dernière tendance, très proche de l’autonomisme. L’abbé Gromer reste toujours très proche de cette dernière frange du parti catholique, et collabore beaucoup avec Rossé.

La préparation des élections cantonales se déroule dans cette ambiance : dix-sept conseillers généraux sont soumis au renouvellement dans le Bas-Rhin, dont six APNA et deux UPR. Lors de la réunion du comité départemental du 20 septembre 1931[15], on cherche à déterminer une tactique, et l’absence du chanoine Didio renforce les positions de Gromer et Walter. Une déclaration, adoptée par l’UPR, montre que le parti décide de lutter contre tous les mouvements qui prônent l’anticléricalisme et le nationalisme : « En tant que parti chrétien, l’UPR est violemment hostile à tout parti dont les représentants placent l’anticléricalisme ou le nationalisme chauvin au-dessus de tout »[16]. Et, reprenant les vœux de Gromer, à savoir placer à la tête de toute institution des gens favorables à la politique de l’UPR et du Volksfront[17], la proclamation continue en affirmant « qu’il faut abattre la majorité du conseil général et la remplacer par des hommes courageux et pleins de conscience » car l’actuelle majorité du Conseil Général est responsable de l’échec des revendications régionalistes, linguistiques, et des demandes d’amnisties à l’égard des autonomistes formulées par l’UPR. Or l’essentiel de cette majorité est catholique tendance APNA…

L’UPR va alors présenter des candidats partout où cela lui est possible, et pour les cantons où elle est absente, elle invite à nouveau ses électeurs à voter « contre les candidats des partis anticléricaux ou chauvins »[18] et passe plusieurs accords avec les autonomistes ; on note par exemple l’absence de candidat UPR à Strasbourg-Est, dans le but de favoriser l’élection de l’autonomiste Roos. L’UPR reste donc toujours fidèle au Volksfront, par contre, dans tous les cantons où figure un candidat APNA sortant, l’UPR se présente, et inversement… L’appel électoral publié dans l’Elsässer du 10 octobre est sans ambiguïté : le journal présente l’élection comme une lutte décisive entre les deux partis : « le jour des comptes est arrivé. Donnez à ces traîtres au parti la leçon qu’ils méritent ».

Quels sont les résultats de ces élections ? Dans le Bas-Rhin, dès le premier tour, quatre candidats de l’APNA sont élus, mais le parti perd deux sièges, ceux d’Obernai et de Woerth. Dans ce dernier canton, c’est le maire de Haguenau Weiss, aidé par Gromer, qui l’emporte sur Weydmann, pourtant président de l’APNA depuis 1930 ! Les autres candidats du parti sont mis en ballottage, ou perdent de nombreuses voix par rapport au scrutin précédent. En définitive, sur les dix-sept sièges, neuf seulement sont acquis[19]. Au second tour, l’UPR Reibel se désiste en faveur du communiste alsacien Schreckler à Strasbourg-Ouest[20], qui remporte les élections ; Ross est également élu grâce à l’appui des communistes dissidents.                       Au total, dans le Bas-Rhin, les nationaux, souvent divisés, subissent une large défaite, puisque le camp autonomiste gagne quatre sièges, deux UPR, un communiste et un autonomiste, au détriment de l’APNA et des socialistes (moins deux sièges chacun). Dès lors, au Conseil général du Bas-Rhin, la majorité change de camp. L’Elsässer fête au lendemain de l’élection « la victoire de la Volkspolitik sur la politique des préfets »[21].

Dans le Haut-Rhin, les affrontement entre les deux partis sont beaucoup moins virulents. L’APNA ne présente pas de candidats contre les conseillers UPR sortants, et l’UPR fait de même dans deux cantons. Les positions des deux partis ne sont pas modifiées, l’UPR gardant onze mandats, l’APNA huit.

L’UPR renforce au final ses positions, mais la victoire n’est pas complète. Michel Walter est certes élu à la présidence du conseil général du Bas-Rhin, mais avec seulement une voix de majorité, et grâce au soutien des autonomistes et des communistes alsaciens. De plus, la commission départementale, présidée par Gromer, ne comporte aucun membre de la minorité : les partis « nationaux » ont en effet refusé le partage proportionnel qui leur était proposé[22]. Ces élections permettent de bien saisir les limites des forces de l’APNA, et de constater le poids du clergé dans les campagnes alsaciennes : le clergé a fait le choix de l’UPR, « qui lui sembl[e] un garant plus efficace des libertés religieuses et linguistiques »[23] et a été suivi très largement par la population rurale.


[1] KOCH (M.) « La crise économique en Alsace et Lorraine », dans Als. Fse du 20 septembre 1931.

[2] 6504/8 oo  Notes de Gromer sur le compte d’Ernest Schalck, cons. gal de Wissembourg. 1931.

[3] Né en 1898, se réfugiera en Allemagne à la fin de la guerre. Voir BOPP, op. cit, p. 54. Et KESSLER, Régime concordataire et droit public en Alsace-Lorraine, 1954. Voir également les archives de la paroisse d’Ingwiller.

[4] France de l’Est, du 12 janvier 1931.

[5] E.K. du 23 janvier 1931.

[6] Alsace Française, du 1er mars 1931.

[7] Jungmannschaft, 21 février 1931. le journal a des liens poussés avec le Parti national-socialiste.

[8] E.K. du 13 février 1931. M. Baechler développe ces questions.

[9] Elsässer du 3 mars 1931

[10] ELZ, 3 mars 1931.

[11] 6519/59  Correspondance politique entre Michel Walter et Gromer. 1926-1934 lettre de mars 1931.

[12] BAECHLER, op. cit., p. 448.

[13] E.B. du 24 février 193.

[14] E.B. du 28 avril 1931.

[15] Messager d’Alsace, 22 septembre 1931. M. Baechler donne une autre date, celle du 13 septembre, in B. op. cit., p. 450.

[16] Elsässer, du 21 septembre 1931.

[17] Cf. « Notre politique est claire : la préservation des droits inaliénable de notre peuple, son droit de régler lui-même sa manière de vivre. Nous nous devons d’avoir des représentants politiques qui vont garantir le respect sans réserve de cette volonté du peuple de conserver nos particularités ! »

[18] Elsässer, du 14 septembre 1931.

[19] Cf. tableaux en annexe.

[20] Deux candidats nationaux se présentent contre lui Koessler (S.F.I.O.) et Federlin, démocrate ; les démocrates refusant de retirer leur candidat au second tour.

[21] Elsässer du 26 octobre 1931.

[22] Die Heimat, novembre 1931, p. 524-525.

[23] DREYFUS, op. cit., p. 174.

Le Volksfront (10)

c) Une première tentative de rapprochement avec l’APNA.

C’est dans ce contexte que va se produire la première tentative de rapprochement avec l’APNA. De fait, les catholiques alsaciens sont, nous l’avons dit troublés : entre un évêque proche du nouveau parti, et des curés qui interdisent les journaux proches de celui-ci, la situation est, reconnaissons-le, confuse. Cependant, les négociations achoppent sur plusieurs points. En premier lieu, citons le poids des alliés politiques : en effet sans l’UPR, les autonomistes se retrouvent dans l’impasse n’ayant pas assez d’influence politique pour peser seuls dans les débats, et sans l’APNA, les démocrates sont voués à l’impuissance. Aussi, le curé Schaeffer propose dans le Volksfreund, hebdomadaire catholique, une solution de conciliation qui repose sur plusieurs conditions : ne plus discuter de la question de responsabilité quant à la scission, écarter les questions de personnes, éviter toute équivoque vis-à-vis de l’autonomisme et refuser toute alliance à gauche[1].

L’UPR va reprendre cette proposition mais y rajoutera certains éléments : « Notre parti a vivement regratté que la collaboration efficace des catholiques en un seul parti politique ait été détruite [...] Les catholiques de notre parti formulent tous le vœu pressant que l’on rende du moins possible, en dehors des partis politiques, une collaboration organisée pour la défense des intérêts religieux.

Notre parti [...] défendra en première ligne les intérêts religieux et de plus tous les autres droits politiques de notre population sur la base de son ancien programme. Son organisation et sa méthode d’action politique ont fait leurs preuves et n’ont pas à être abandonnées ni modifiées[2] ».

Il apparaît très clairement que l’UPR estime qu’elle n’a rien à modifier à son action antérieure, et qu’elle attend des gens de l’APNA qu’ils reconnaissent leur erreur et réintègre ses rangs sans tarder. Le Volksfreund réagira rapidement, estimant que la direction de l’UPR ne se contente que « de vœux pieux [3]». Il semblerait qu’en fait aucun des dirigeants deux partis ne songe réellement à une fusion : l’APNA, après ses dernières victoires, se sent le vent en poupe, tandis que l’UPR pense être dans son bon droit. Il semblerait que l’UPR ne se rende pas compte de sa grande part de responsabilité dans la scission, puisque, comme le remarque M. Oscar de Férenzy : « certains de ses dirigeants se sont laissé emporter à un moment donné par la vague autonomiste, se rendant solidaires d’un mouvement qui, recourant parfois aux méthodes et moyens les plus blâmables, poursuivait une utopie, et par là ils ont profondément heurté le sentiment national de ceux qui ont le cœur français[4] ».

C’est dans ce contexte que des élections municipales complémentaires ont lieu à Strasbourg et Colmar. Quatre sièges à Strasbourg et deux à Colmar étaient à pourvoir. A Strasbourg, l’UPR ne présente pas de candidats, préférant soutenir discrètement le candidat autonomiste[5]. L’APNA, les radicaux, les socialistes, les démocrates étaient également en lice. Les candidats du camp national arrivent nettement en tête au premier tour, mais faute d’accord un seul candidat de leur tendance sera élu[6], contre trois autonomistes. Les électeurs de l’UPR ont donc voté en grande partie pour les candidats autonomistes, tandis que le front commun décidé par le camp national, n’a pas tenu notamment à Strasbourg Ouest. A Colmar, le candidat autonomiste présenté est Rossé, une fois de plus candidat de l’UPR, qui se lance dans la campagne en compagnie d’un communiste, Oscar Dider. L’APNA aura beau jeu de critiquer à nouveau la collusion UPR/communistes, mais elle va se retirer au second tour, permettant à un socialiste et à un radical de se faire élire. On constate bien, sur ces deux cas particuliers, les difficultés que posent un rapprochement, et combien les liens entre l’UPR et les autonomistes, subsistent. Mais l’APNA se sent à nouveau en position de force, puisque Rossé est à présent mis à l’écart de la vie municipale de Colmar.


[1] Volksfreund du 2 mars 1930.

[2] Elsässer, 22 février 1930.

[3] Volksfreund du 9 mars 1930.

[4] FERENZY (O. de), La vérité à propos de l’Alsace, Paris, 1930,

[5] Nouveau Journal de Strasbourg, 2 octobre 1930.

[6] DREYFUS, op ; cit., voir tableau p. 164.

Le Volksfront (5) explication d’un phénomène…

L’UPR amorce ainsi une nouvelle ère : puisqu’il n’y a plus aucune opposition aux discours régionalistes en son sein, elle va s’orienter vers une politique plus active de « défense de la Heimat ». Elle amorce aussi une nouvelle tactique pour remporter les élections : attendu qu’ aucun accord n’est possible avec les démocrates et les socialistes (ne parlons pas des « traîtres de l’APNA »[1]), le parti va se rapprocher des partis autonomistes de la Landespartei, dont les principaux membres sont Hauss, Schall et Roos, et de la Fortschrittspartei de Dahlet, sans oublier les communistes dissidents (KPO) de Mourer, pour former lors des différentes élections un « front » de défense de la Heimat, que l’on a nommé Volksfront, ou encore Arbeitsgemeinschaft (communauté de travail). Il convient à présent de voir quelle a été l’influence de ce dernier, et d’en tirer les enseignements politiques. L’abbé Gromer tient bien évidemment un rôle prépondérant dans sa formation et son maintien, de 1929 à 1935.

a) « L’Alsace n’est pas la Russie ! » Vision sur l’horizon politique de l’Alsace par Gromer[2]

L’année 1929 n’est pourtant pas l’une des plus propices pour l’abbé Gromer. Il ressort de plusieurs campagnes électorales, et ne s’est pas ménagé. Avec la scission de l’UPR, il a été à plusieurs reprises pris à parti par ses adversaires, notamment de l’APNA (qui reconnaît en lui un de ses adversaires les plus sérieux). C’est pour cela qu’il n’hésite pas, dès cette année 1929, à proposer plusieurs alternatives, dont son départ, pour servir la cause alsacienne : « Si je ne vous parais pas comme étant le plus apte à poursuivre la lutte, mettez quelqu’un d’autre, je m’en accommoderai ; mais ceci à la seule condition que cette personne garantisse de tout faire pour faire triompher les vrais principes qui sont les nôtres. Autrement, je poursuivrai le combat. »[3] Mais de quel combat s’agit-il réellement ? Il convient de détailler un peu, à cet instant de notre travail, quelle volonté, quel projet politique, animent l’abbé Gromer.

Il y a tout d’abord un profond mépris pour les différents gouvernements français, qui n’ont pas su, pas voulu comprendre les particularismes alsaciens, et qui ont tenté une « politique périlleuse » en Alsace. L’affaire de Haguenau a joué le rôle de la goutte d’eau qui fait déborder le vase : très souvent attaqué dans les journaux nationaux, calomnié à maintes occasions, la France lui apparaîtra rapidement comme un « régime abject », et il prévoit, face à l’attitude incompréhensible pour lui du pays, que celui-ci « se prépare un avenir pénible en Alsace » et que si le gouvernement ne se méfie pas, « l’Alsace secouera le joug insupportable qu’on lui a rendu plus lourd de jours en jours »[4].

Que reproche-t-il exactement à la France ? La question de l’assimilation lui apparaît comme primordiale : « avec leur illusion d’assimilation obstinée, ils se font les fossoyeurs de l’avenir de la France en Alsace »[5]. Le respect des particularismes alsaciens restant, en 1929 comme en 1924, l’élément à atteindre, le jacobinisme de l’Etat se heurtant au « désir de liberté de l’Alsace ». A la fin de ce que l’on a appelé l’affaire de Haguenau, Gromer écrivait déjà à M. Pirro[6] « Une fois de plus Haguenau est devenue célèbre, grâce aux infamies d’une clique de délateurs, d’intrigants et de capitalistes ambitieux et aussi à la gaffe d’un gouvernement mal conseillé. Le peuple de Haguenau a rendu le verdict de cette fameuse affaire de Haguenau qui restera une page de déshonneur dans les annales de l’administration française. Je ne parlerai pas de nous autres qui avons été traînés dans la boue, menacés dans l’existence. Couvrons tout cela du voile de la charité, après que le peuple a parlé. Je suppose que malheureusement ce ne seront pas encore les dernières expériences que la France maçonnique aura faites en Alsace ».  Et il n’hésitera pas à dire lors d’une réunion à Marmoutier en décembre 1928 que s’il était « jusqu’à présent réservé à l’égard de l’autorité française », désormais il n’hésiterait pas à « aller s’il le faut dents contre dents jusqu’à couteaux contre couteaux » contre l’autorité française.

Il est ainsi plus que pessimiste quant au regard que porte l’exécutif français sur la région d’Alsace. Il reste pourtant profondément attaché à la France, et il ne remet pas une seule fois en cause le rattachement de l’Alsace ; il n’est pas « germanophile », comme Rossé ou plus en avant encore certains autonomistes du ELZ le sont. Il est simplement excédé par ce qu’il appelle les « provocations » de l’Etat. Un journaliste de l’Opinion, M. Louis Thomas, qui deviendra par après un des nombreux contacts et amis de l’abbé Gromer à Paris, fera d’août à octobre une “enquête” en Alsace, où il cherche à rencontrer tout ceux qui ont la réputation d’être  les « chefs du régionalisme ». Il rencontre en premier lieu l’abbé Gromer, et ressort très troublé de son entretien, car il n’a pas trouvé en cet homme, décrit comme « sectaire » par beaucoup, un curé de campagne, borné et germanophile, mais « un esprit cultivé, tout sauf sectaire [...], lucide et convaincant ». Lors de cette entrevue, l’abbé Gromer développe un propos dénué de toute ambiguïté sur les reproches qu’il fait au gouvernement, et il explique longuement pourquoi la crise s’est installée en Alsace. Il y  dégage plusieurs axes, et décrit quelles sont à sont sens les erreurs commises depuis 1918 par l’Etat français, et les solutions pour sortir de la crise.

Il constate qu’en 1918, la situation était pourtant favorable à la France, puisque les Alsaciens, excédés par l’Affaire de Saverne et les vexations de la guerre qui « ont répandu ce ressentiment parmi toute la population alsacienne, qui s’était sentie traitée en suspecte », « étai [en] t au comble de l’irritation contre les Allemands, lorsque les troupes françaises victorieuses sont arrivées, en 1918. ». Il eût alors suffi « d’un génie administratif tout à fait moyen, pourvu d’aucun excès ne fut commis, [...]pour que lentement, pas à pas, les esprits, en Alsace, fussent entrés dans l’ensemble de la communauté intellectuelle française. » Comme nous le savons, tel ne fut pas le cas, et il est intéressant ici de découvrir les explications de l’abbé Gromer quant à cet échec. Pour lui, de très grandes erreurs ont été commises par l’administration française, et c’est pourquoi il réclame d’ailleurs, comme préalable à tout apaisement, à toute nouvelle négociation, le départ des « fonctionnaires venus de l’intérieur qui se sont compromis par des batailles gratuites avec les Alsaciens et qui [...] persisteront dans leur attitude », car il faut ménager les Alsaciens et leur susceptibilité.

De fait, il est également scandalisé par l’incursion des différents préfets dans les élections, et il rappelle fort à propos les différentes conséquences de la dissolution du conseil municipal de Haguenau qui a montré « que le peuple alsacien ne se soumettait pas à des décisions brutales de ce genre » et qui n’avait été voulue que par « la sous-préfecture, le préfet de Strasbourg et les responsables qui se sont embusqués derrière eux » et qui a eu un résultat opposé à celui attendu. L’administration, dans ce cas là, a été « aveugle et folle ». Un lourd fossé s’est donc creusé entre la population et une administration mal conseillée ou qui a eu le tort « de ne se faire renseigner qu’avec les hommes d’une seule tendance » (SFIO et démocrates).

Pourtant, une période de « détente et d’apaisement » apparaît toujours possible. Elle passerait certes par le renvoi de certains fonctionnaires, mais plus encore par la discussion des thèses régionalistes, car « on a jamais consenti à discuter nos thèses [...], on s’est contenté de nous traiter par avance de crapulards, de traîtres de vendus à l’Allemagne ». Chercher l’apaisement par la discussion avec les régionalistes qui « montreront par [leur] ouverture d’esprit, le bien fondé [...] de la plupart de [leurs] demandes ». Il reconnaît toutefois des excès de la part des régionalistes, dus selon lui plus à l’exaspération qu’à autre chose, mais promet que des concessions pourront être faites. Enfin, il finit en rappelant les liens profonds qui unissent vie religieuse et vie politique en Alsace. Et s’il reconnaît que c’est une chose difficile à comprendre en France, il se demande pourquoi le gouvernement persiste « à s’insurger contre une réalité ? ». Il en appelle ainsi à plus de réalisme de la part du gouvernement, et à ne plus lutter contre les particularités alsaciennes[7].

Ce long entretien permet à Gromer de longuement critiquer le gouvernement et de détailler les griefs que les régionalistes ont envers ce dernier. Mais elle montre également que les régionalistes ne ferment aucune porte, et qu’une entente est toujours possible. Le programme politique de l’abbé n’est pourtant pas réellement abordé ici. Il convient d’y revenir à présent.

Dans une longue note, intitulée « Ma position dans le parti[8] », il détaille son programme un peu plus. Il commence par rappeler qu’il se tient à l’aile gauche de l’UPR, et que celle-ci désire mettre l’accent sur l’Alsace, sur ses « particularités et [son] droit de refuser le centralisme et cette stupide politique d’assimilation ». Il concède que son entourage peut apparaître contre très contestataire, mais défend ce principe, puisque « à chaque fois que quelqu’un pénètre en Alsace, il veut nous voler notre « double appartenance »et nous imposer son caractère »[9] rappelant que « ce fut le cas pour l’Allemagne, et nous avons protesté. C’est le cas avec la France et nous protestons toujours ! ». Dès lors leurs objectifs politiques apparaissent clairement : « préservation des droits inaliénables de notre peuple, son droit de régler lui-même sa manière de vivre ». Et la réussite de cette politique passe par l’élection de leurs membres aux différentes assemblées : « nous nous devons d’avoir des représentants politiques qui vont garantir le respect sans réserve de cette volonté du peuple de conserver nos particularités ». Et pour ce faire, il convient de rassembler toutes les personnes attachées à cette défense de la Heimat. Qu’elle soit de l’UPR ou des partis autonomistes. En 1929, l’abbé Gromer et ses proches ont réussi à imposer cette vision politique au sein de l’UPR, et dès lors, plus rien ne s’opposera à la mise en place du Volksfront.


[1] cf. Gromer 6504/d discours de janvier 1929

[2] Voir les 3 dossiers incomplets contenu par le fonds à la cote  6518/3 pp Des fragments des brouillons de discours de Gromer y sont disponibles, sans date précise. Mais avec une certaine logique on peut arriver à dater sans risque d’erreur. Ici, nous développons les propos que Gromer a tenus en 1929.

[3] 6518/pp « Um was geht es » que l’on peut dater de 1929.  (cf note 52)

[4]6504/ b lettre à Mgr Fahrner de janvier 1937 à juillet 1938.

[5] 6504/ b lettre à Mgr Fahrner juillet 1929

[6] 6510/50 lettre de Gromer à M. Pirro, date illisible, mais peu après les résultats du second tour des élections municipales de Haguenau (9 mars 1928).

[7] L’Opinion du 26 octobre 1929 p. 16 à 19

[8] 6518/pp

[9] « Zweiseitigkeit »

Le Volksfront (4) Elections cantonales de 1928

L’absence de l’aile droite à l’assemblée générale du 1er juillet 1928, puis son exclusion de la direction du parti en septembre, sont les signes avant-coureurs de la scission qui se concrétise lors des élections cantonales d’octobre. Monseigneur Ruch cherche pourtant à ce que le parti conserve son unité en affirmant la priorité des questions religieuses. Déjà en novembre 1926, il avait condamné la Zukunft et dénoncé « l’alliance contre nature des catholiques avec les  communistes et le parti du progrès ». Mais, le 2 septembre 1928, il va plus loin et fait lire dans toutes les paroisses une lettre pastorale sur « l’amour du prochain », dans laquelle il s’élève contre la tentatives des « sectaires » pour faire croire que les catholiques alsaciens n’aiment pas la France et rappelle aussi qu’aucun catholique ne peut donner sa voix aux ennemis de l’Eglise. Il rappelle également à l’ordre les prêtres, dont le devoir est de favoriser l’unité des catholiques et désavoue l’alliance entre l’autonomisme et la défense de l’Eglise qui « prive l’Alsace catholique d’alliances possibles et utiles » et risque de « coaliser contre elle le plus grand nombre des Français. »

Les élections cantonales sont les premières élections d’envergure après le procès de Colmar. Elles vont donner une cinglante réponse à l’appel de l’évêque et à la politique gouvernementale.

L’Unterländer insiste dès le lancement de la campagne sur l’importance politique de ces élections et déclare que c’est un acte de « patriotisme régional » que d’envoyer à Strasbourg des hommes qui défendront les Heimatrechte[1]. Le journal insiste de même sur le fait que vu l’importance du budget du Conseil général, il ne faut pas le remettre entre les mains de n’importe qui (entendons autres que celles de l’UPR).

Les autonomistes présentent ainsi 20 candidats sur les 32 mandats, et clament qu’il faut faire de ces élections des élections de protestation. La situation pour l’UPR est très confuse. Pour la première fois depuis 1919, elle part seule dans cette bataille électorale. De plus, l’aile gauche du parti soutient des candidats autonomistes dans plusieurs cantons : Gromer et Keppi soutiendront un candidat UPR dissident à Soultz au premier tour, puis un autonomiste au second tour, alors que la section locale avait apporté son soutien au candidat démocrate sortant.

Enfin, la confusion atteint son comble avec la désignation des candidats. Ainsi dans le Bas-Rhin, certains actes d’indiscipline présupposent déjà la scission future : à Bischwiller, on oppose à Michel Walter un catholique national sous l’étiquette démocrate, à Barr deux candidats membres de l’UPR s’opposent, et à Haguenau, Kleinclaus, membre du comité directeur du parti, s’oppose à l’abbé Gromer, lui-même également membre du comité…

Pourtant à Haguenau, c’est bien Gromer qui fut investit de la candidature, lors d’une réunion des délégués de canton de l’UPR[2]. Il mène, accompagné souvent de Michel Walter[3], une campagne assez calme qui consiste en des réunions de quartier ou de village, au cours desquelles il expose le travail qu’il a accompli pendant les neuf années de son mandat précédent[4] ; tout en prenant bien garde à ne pas trop aborder les sujets politiques. Il est d’ailleurs assez curieux qu’il n’aborde quasiment jamais la politique du Volksfront qui lui est si chère. En réalité, il semblerait qu’il ait tenté d’empêcher la candidature de Kleinclaus par ses discours peu virulents.

Cette candidature « surprise » d’un autre membre de l’UPR est tenue secrète pendant un certain temps : l’Unterländer par exemple n’en fera mention qu’à la veille du premier tour, et encore sans aucune mention de son appartenance politique. Le journal, bien tenu par des rédacteurs favorables à la politique prônée par l’abbé Gromer, a ainsi cherché à rendre cette candidature aussi secrète que possible. En retour, l’abbé Gromer aura droit à bien des invectives de la part de son adversaire, notamment lors des réunions que ce dernier organisa[5].

Les résultats seront sans appel[6] :

Inscrits Votes exprimés Votes valables Gromer Kleinklaus
Total 6923 4129 4030 3041 989

Gromer est ainsi élu avec plus de 75% des voix pour l’ensemble du canton et plus de 70% pour la ville de Haguenau (avec des pointes de plus de 80% à Marienthal, Hardhouse Wintershouse…). Il réalise ainsi le meilleur score de toute l’Alsace.

Faut il y voir un plébiscite en faveur de sa politique et de ses visées régionalistes ? Ou un hommage rendu à l’abbé pour son travail acharné pour le canton ? De fait, il jouissait d’une bien plus grande notoriété que Kleinclaus, et il est certain que sa position de candidat sortant a été un avantage. Mais cette candidature de Kleinclaus permet de constater toutefois que la population du canton de Haguenau a fait à cet instant le choix de renouveler sa confiance en un homme toujours très présent et qui n’a eu de cesse de promouvoir une politique régionaliste. Les catholiques ont ainsi voté en masse pour lui, alors même qu’un autre candidat de l’UPR se présentait, et prônait une ligne plus « nationale ». Haguenau reste ainsi bel et bien une ville marquée par les idées régionalistes.


[1] Unterländer n° 235-236/1928

[2] Unterländer n° 229/ 1928

[3] 6519/59  Correspondance politique entre Michel Walter et Gromer. 1926-1934

[4] Unterländer n° 234 / 1928

[5] 6520     Dossier de Gromer sur les élections à Haguenau : tracts, coupures de presse, notes personnelles… 1902-1953.

[6] Unterländern° 241/ 1928 voir également en Annexe

Le Volksfront (2) L’entre-deux-guerres en Alsace

Dans de nombreuses circonscriptions, on peut constater un net succès de l’autonomisme, tandis que l’UPR a des résultats très satisfaisants un peu partout en Alsace. A Haguenau, bien que Walter arrive en tête avec plus de 7000 voix, Hauss arrive second avec plus de 5800 voix, soit près de 31% des voix, ce qui fait craindre le pire au comité directeur de l’UPR, puisque Walter ne peut compter ni sur les voix du candidat communiste, ni sur celles du candidat socialiste. Il envoie deux membres de premier plan, l’abbé Haegy et l’abbé Muller afin qu’ils fassent le tour des curés (Walter dénonçait ainsi en avril 1928 la « trahison des curés »]), des hommes de confiance et des électeurs importants pour faire voter Walter et éviter toute tractation avec les autonomistes[2].

Car, en fait, Gromer a entrepris, avec M. Keppi, de se rapprocher de Hauss. Et ils vont bientôt subordonner le désistement de ce dernier à trois conditions, jugées inacceptables par ce comité : soutenir le candidat communiste Hueber à Strasbourg, désigner Rossé comme le candidat officiel de l’UPR à Colmar, et retirer Silbermann au profit de Ricklin[3] à Altkirch. Plusieurs tractations ont lieu, et différentes options sont envisagées pour répondre à de telles exigences.

Enfin, le 25, la décision de retirer la candidature de Hauss est prise, et ce après une réunion de plusieurs heures réunissant Gromer, Keppi, Walter, le chanoine Didio, Moschenross et Haegy ainsi qu’une trentaine de curés et de chefs de section UPR de l’arrondissement[4]. C’est sur les instances de Keppi et Moschenross que l’on a décidé du retrait de Hauss, et c’est Keppi lui-même qui s’est rendu à la prison de Colmar pour demander à Hauss de retirer sa candidature[5]. Cet évènement montre parfaitement à quel point les membres autonomisants de l’UPR ont su jouer avec les évènements et avec le succès de Hauss, attitude qui a permis au trio Keppi-Gromer-Moschenross de prendre l’ascendant sur l’aile nationale du parti, puisqu’ils ont réussi à rallier Walter.

Ce dernier, en effet, a dû prendre un certain nombre d’engagements : celui de désavouer publiquement l’arrestation des autonomistes et de protester contre les mesures policières. Ceci transparaît dans un manifeste du comité électoral de UPR de Haguenau qui paraît dans l’Unterländer le 28 avril 1928, qui déclare condamner « la politique d’arbitraire policier et de despotisme », et demande que « les prisonniers soient libéré, arrachés à leurs cellules [...] Nous attendons des jurés alsacien un acquittement [...], un acquittement que M. Walter attend avec nous. C’est certainement une des raisons qui ont fait que M. Hauss a retiré sa candidature pour le prochain tour. [...] Il montre ainsi qu’il a dans notre candidat, Michel Walter, une pleine confiance ».[6]

Hauss expliquera pour sa part un peu plus tard, lors d’une réunion à Haguenau, « qu’il s’était désisté au second tour en faveur de M.Walter, après mûre réflexion et sans aucun marchandage, sachant qu’il (Walter) était le seul homme capable de défendre le programme autonomiste à la Chambre »[7]. Mais il est bien évident que ces affirmations ne peuvent être prises au sérieux…

Ainsi, au second tour, seuls deux candidats sont en lice : Michel Walter d’une part, et Möhn, du parti communiste, d’autre part. Michel Walter va l’emporter avec plus de 58% des voix.

1° tour

2nd tour

Votants

17557

14156 (-3401)

Walter

7109

8248 (+ 1140)

Hauss

5853

Möhn (communiste)

2504

5908 (+3404)

Socialistes

2092

Plusieurs enseignements peuvent être tirés de ces résultats : en premier lieu, l’on remarque une plus faible mobilisation, qui peut s’expliquer par le fait que beaucoup d’électeurs de Hauss se sont abstenus. De fait, M. Walter n’obtient qu’une évolution positive de 1140 voix, tandis que le candidat communiste semble avoir convaincu une minorité d’autonomistes. La presse “nationale” aura beau critiquer M.Walter, il est clair que sa candidature n’a pas fait l’unanimité chez les autonomistes.

Les conséquences de ces élections sont multiples.

En premier lieu, l’UPR, avec le ralliement de Walter à l’aile gauche du parti, prend une nouvelle orientation. Puisque le nouveau député se rallie à la politique prônée par l’aile gauche, et surtout l’influence de Gromer sur son « Grand Michel » semble à son apogée ; et de fait ce dernier ne peut plus jouer le rôle médiateur qui était le sien entre les deux tendances “nationale” et “régionaliste”. Ce qui va, à court terme, provoquer la scission de l’UPR et la création de l’APNA en novembre 1928.

En second lieu, la circonscription d’Haguenau voit sa réputation d’autonomisme renforcée. Pourtant, on ne peut négliger qu’une partie des électeurs a voté pour Hauss pour des raisons plus personnelles, ou en souvenir de l’action de son père.

En dernier lieu, soulignons que la participation active de Gromer et Keppi aux transactions avec Hauss, leur volonté de “piéger” Walter, place à nouveau la section UPR de la ville très à gauche sur l’échiquier de l’UPR. Plus rien ne s’oppose à ce que l’UPR s’engage dans la politique du Volksfront, préfigurée lors des élections municipales de 1928. Cette politique d’alliance avec les partis autonomistes et communistes pour la défense des droits alsaciens va dès lors connaître un développement important.



[1] Paroles de Walter lors de la réunion du Comité directeur du 23.04.1928 ; au cours de cette même réunion, tous les présents diront leur surprise face à l’ampleur du succès des autonomistes.

[2] BAECHLER, op. cit. p. 402

[3] Candidat autonomiste

[4] ADBR AL 157, rapport Commissaire spécial de Haguenau du 26.04.1928 et du 28.04.1928

[5] Bickler raconte cet épisode dans Ein besonderes Land, p. 121-123.

[6] Unterländer n°100

[7] cf rapport du commissaire spécial, en annexe

Le Volksfront (1) L’entre-deux-guerres en Alsace

Après la crise municipale de Haguenau et la victoire de la ligne régionaliste prônée par l’abbé Gromer et Jean Keppi, les tensions au sein de l’UPR se trouvèrent exacerbées entre l’aile gauche et l’aile droite du parti. Mais c’est également, et à nouveau, l’attitude de l’Etat français qui mettra le feu aux poudres.

En effet, à la veille de Noël 1927, la police procéda à une centaine de perquisitions dans les milieux autonomistes, et à la fin du mois de décembre, plusieurs autonomistes furent arrêtés sous l’inculpation de complot contre la sûreté de l’Etat. En tout, pas moins de 22 personnalités furent inculpées, dont quinze détenues, parmi lesquels Ricklin, Hauss, Schall, Rossé… [1]

De plus, le 11 juillet 1927, une loi établit un nouveau mode de scrutin pour les élections législatives, à savoir un scrutin d’arrondissement uninominal à deux tours. Contrairement au scrutin de liste précédemment utilisé, ce système renforce l’importance des questions de personnes au détriment des considérations purement politiques et diminue sensiblement l’emprise des partis sur les candidatures.

Ces deux décisions, du gouvernement et du parlement, sont lourdes de conséquences. La première, en effet, loin d’entraîner un apaisement des esprits, contribue à maintenir l’agitation : peu de preuves venant corroborer l’accusation de traîtrise, ce qui donne l’impression d’assister à un procès injuste. Nous y reviendrons. La seconde permet aux autonomistes de se présenter aux élections sans avoir à collaborer avec quelque parti influent. Certains possèdent une forte influence dans leur milieu, et ils peuvent se prévaloir de solides chances aux élections.

Les élections législatives d’avril 1928 s’ouvrent dans ce contexte, et la crise d’Haguenau est toujours présente dans les esprits. Pour s’adapter au nouveau mode de scrutin, l’UPR va créer des comités d’arrondissement qui désignent les candidats, sous réserve d’un refus du comité directeur[1]. Michel Walter est désigné pour la circonscription de Haguenau. Mais sa candidature ne fait pas l’unanimité. Il convient de préciser pourquoi.

Né à Haguenau en 1884, Michel Walter fait de brillantes études de physique, de mathématiques et de philosophie à l’université de Strasbourg, et devient professeur en 1905 et, à partir de 1919, enseigne au lycée Kléber à Strasbourg. Son activité politique débute bien avant la guerre, d’abord comme orateur du Volksverein, puis lors des élections au Reichstag, il participe à la campagne de Wetterlé. En 1919, il participe à la création de l’UPR[2], et devient membre du Comité provisoire. Puis il est élu vice président de la section de Strasbourg, où il forme l’aile gauche avec Keppi. Candidat aux élections législatives de 1919 et 1924[3], il est toujours parmi les candidats les mieux placés de la liste d’Union nationale. Mais, comme le fait remarquer M. Baechler[4] si « l’action politique de Keppi s’inspire d’une idée directrice, celle de Walter semble puiser avant tout aux sources de l’opportuniste ». Et c’est ainsi que, bien qu’il se situe à l’aile gauche du parti à l’origine, sa ligne politique ne sera pas aussi claire que celle de Keppi. Il apparaît ainsi plus souvent comme un opportuniste notoire, voire une girouette pour ses détracteurs[5]. Mais à sa décharge, son rôle de député l’amenait à ne pas se prononcer pour des thèses trop radicales au risque de se marginaliser par rapport à ses collègues. Mais, plus important, son rôle de garant du parti, au sein duquel il essaye de maintenir un semblant de cohésion entre une aile droite “nationale” et une aile gauche autonomisante, l’oblige à faire preuve de souplesse et à développer le sens du compromis. Mais ses tergiversations ne vont pas tarder à agacer certains, qui les lui feront cher payer.

Il reste toutefois l’un des principaux artisans des deux projets de lois déposés à la Chambre en vue d’une réforme de l’Etat dans le sens du régionalisme[6]. Projets qui resteront cependant lettre morte, mais qui montrent quand même qu’il fait preuve d’une réelle activité à l’Assemblée.

En 1928, il projette de se faire élire à Haguenau. Mais son action dans la ville n’a pas été aussi importante que celle de Keppi et Gromer, car il n’est pas un membre actif de la section locale de l’UPR, et n’a aucune activité au sein de la municipalité. De plus, rappelons-le, Gromer lui reproche plusieurs choses : de ne pas se prononcer assez clairement pour la ligne autonomisante d’une part, et surtout, de n’avoir pas soutenu activement la liste UPR aux élections municipales de 1928[7]. Sa très maladroite volonté d’apaisement envers le gouvernement français lui vaut bien des inimitiés et les attaques contre lui se multiplient au sein même de la section UPR de Haguenau. Ce qui transparaît lors de cette élection.

La campagne électorale[8] se déroule dans une ambiance très tendue, suite aux arrestations et à la suspension d’un nouveau journal[9]. En fait, toutes les conditions sont réunies pour faire de ces élections « des élections de protestations »[10], comme le montrent déjà les candidatures de certains autonomistes, dont certains sont emprisonnés[11]. L’UPR mène campagne contre le Cartel, accusé de menacer de causer l’anarchie financière et le Kulturkampf scolaire, et plaide pour un « sain régionalisme » qui rejette toute séparation de l’Alsace et de la France[12]. Michel Walter reprend tout ces thèmes et les développe au cours de sa campagne, mais la candidature tardive de l’autonomiste René Hauss va bouleverser la donne. Ce dernier, en effet, inculpé dans le cadre des arrestations anti-autonomistes de Noël 1927, se trouve en prison au moment de la campagne. Ce qui lui permet, dans ses tracts électoraux[13] de se présenter comme un martyr de la répression gouvernementale. Le fait que son père, Charles Hauss, député au Reichstag de la circonscription de 1912 à 1918, ait été la personnalité la plus marquante du Centre alsacien-lorrain dans l’avant guerre, lui donne une forte assise dans la circonscription. Mais par-dessus tout, il présente le vote en sa faveur comme le seul moyen de protestation contre les agissements du gouvernement.

L’Unterländer défend vigoureusement la candidature de Walter, et parle de vengeance personnelle à l’égard de ce dernier, sans toutefois en développer les raisons ; mais surtout, le journal insiste sur le fait que Hauss est l’un des rédacteurs de la Zukunft, journal condamné par l’évêque, et surtout membre de la Landespartei[14]. Cette candidature de Hauss se révèle, selon M. Baechler, être une manœuvre de Keppi, Gromer et Moschenross. Ceux-ci ont en effet été très contrariés de voir que Walter n’avait pas soutenu la liste Weiss aux élections municipales, et qu’il avait tenté d’imposer une abstention de l’UPR lors de ces élections. Il a, en effet, contacté plusieurs membres de la section UPR de Haguenau, leur demandant de renoncer à présenter une liste cette année, proposant même de mener lui-même une liste aux élections municipales de 1929[15]. De fait, l’UPR et Walter, n’ont pratiquement pas soutenu la liste Weiss. C’est donc également une lutte d’influence au sein de l’UPR qui s’exacerbe ici : le “trio” juge la politique au sein du parti trop favorable à l’aile droite, et pas assez à l’écoute des revendications régionalistes de l’aile gauche.

Pour autant, l’abbé Gromer donne une autre version de cette affaire. Il soutient que si l’attitude de Walter l’a profondément contrarié, il n’a, à aucun moment, suscité la candidature de M. Hauss, avec qui il déclare entretenir des relations tendues[16] :

« Un certain côté, mal informé, m’a cru lié à M. Hauss avant son installation à Haguenau (il s’agit là de la venue de Hauss comme Kreisleiter à Haguenau) par des rapports personnels. C’est erroné. Voici l’exacte vérité des faits : en 1907, c’est moi qui ai ouvertement combattu la Reichstagkandidatur (sic) de Hauss père pour Haguenau[17]. C’est connu, car cela a fait l’objet d’une polémique dans la presse. M. Hauss fils, je l’ai à peine connu jusqu’après 1928. Je n’ai pas eu le moindre rapport avec la candidature de René Hauss opposée à M. Walter (députation) en 1928 dans l’arrondissement à Haguenau. Par contre, trois semaines avant le premier tour de scrutin, j’ai passé (sic) chez les maires de mon canton et leur ai donné le mot d’ordre : pour M. Walter. On m’a prié de poser ma propre candidature, j’ai refusé, car je n’ai jamais aimé la félonie. Lorsque le lendemain du 1er tour de scrutin le résultat pour M. Walter s’est montré défavorable, je me suis aussitôt acheminé vers Strasbourg ; j’ai déclaré à M. Walter qu’il passera au second tour, et à 14 heures une réunion de 4 hommes dirigeants de l’UPR a reçu cette assurance».

Cependant, si l’on peut regarder comme vraie cette assertion, il n’en reste pas moins que M. Gromer, par l’intermédiaire de Keppi a eu, après le premier tour de scrutin, des relations avec M. Hauss, dans le but d’accélérer son désistement. Mais analysons plutôt les résultats du premier tour.


[1] Cf. Christian Baechler, op. cit. p. 399

[2] Il est alors vice président du Cercle d’adultes de la Cathédrale

[3] Grâce notamment à l’aide de Keppi

[4] Baechler, op. cit. p. 599

[5] Voir les différentes caricatures dont il fait l’objet…

[6] cf Pierre Vonau, op. cit.

[7] Fonds Gromer 6504/5c Lettre à M. Fahrner, janvier 1928, « Walter s’est efforcé de semer la désunion parmi nos braves gens du conseil municipal pour qu’ils renoncent à présenter une liste [...] contre moi aussi il agit de différentes façons : car mon mandat lui plairait » Autre lettre à M. Fahrner, janvier 1928 : «  [...] Le Grand Michel qui sème encore et toujours la désunion, tourne toujours autour de moi ! »

[8] 6504/8 fff Tracts pour les élections législatives à Haguenau. 1928.

[9] Das neue Elsass cf Elsässer du 13.03.1928 qui critique particulièrement le fait qu’arrestations et suspensions se fassent en pleine campagne : « Nous ne nous laisserons pas intimider ! » proclame t-elle !

[10] Baechler, Christian op. cit. p. 401

[11] Celle de Hauss, de Schall, de Baumann par exemple

[12] Elsässer du 9.3.1928

[13] Fonds Gromer 6504/2b

[14] Unterländer n° 94/ 1928

[15] Fonds Gromer 6520/11 k Notes de Gromer sur le compte de Michel Walter.

[16] 6500/2 Mon attitude 1939-1945. Autojustification de 32 p. dact. ( en 4 exemplaires, avec annotations), accompagnée de nombreux brouillons et de pièces justificatives. Nous citons ici le paragraphe 3 de la partie n° IX.

[17] Il préférait une candidature de Spahn.


[1] Les autres sont : Fasshauer, Rossé, Heil, Eggeman femme Fasshauer et Stürmel. Les accusés déclarés « en fuite » sont Karl Roos, Ernst, Pinck, Ley et Hirtzel.